Après l'Élysée, les élus ultramarins entre émotion et attente
À la sortie de la cérémonie des 25 ans de la loi Taubira célébrés à l'Élysée, plusieurs élus ultramarins saluent un moment historique, tout en appelant Emmanuel Macron à aller plus loin sur les réparations et les conséquences contemporaines de l'esclavage.
Entre émotion autour de Christiane Taubira et attentes politiques fortes, les réactions, des élus, recueillies après le discours d'Emmanuel Macron traduisent une même idée : le travail mémoriel est encore loin d'être achevé.
Audrey Pulvar : " La France a dignement rendu hommage "
Très émue à l'issue de la cérémonie, Audrey Pulvar, adjointe à la maire de Paris chargée des relations internationales, a surtout retenu " la profondeur " du discours de Christiane Taubira.
" Elle arrive à avoir à la fois la profondeur de pensée et la hauteur de vue ", confie la Martiniquaise, encore marquée par " la référence à peine masquée " faite par l'ancienne ministre à l'abstention de la France lors du vote d'une résolution portée à l'ONU par le Ghana sur l'esclavage.
L'ancienne journaliste dit également avoir été touchée par l'hommage rendu à Christiane Taubira au plus haut sommet de l'État : " Voir Delgrès jouer à l'Élysée devant Christiane Taubira, voir une classe d'élèves du Lorrain en Martinique recevoir un prix devant Emmanuel Macron… tout ça fait beaucoup d'émotion. "
Pour Audrey Pulvar, " la présidence de la République et donc la France ont dignement rendu hommage à Christiane Taubira " et ont " dignement marqué l'événement ".
Max Mathiasin : " Ce n'est pas une réparation, c'est le sens de l'histoire "
Au cœur des discussions depuis plusieurs jours, le député guadeloupéen Max Mathiasin, auteur de la proposition de loi visant à abroger officiellement le Code noir, voit dans le soutien affiché par Emmanuel Macron un signal important.
" Le Code noir, c'est quand même 178 ans après l'abolition ", rappelle-t-il. " Beaucoup pensaient qu'il avait été abrogé de fait, mais aucun texte ne l'a formellement supprimé. "
Le parlementaire insiste sur l'origine même de cette initiative : " Cette proposition de loi ne vient pas de moi. Elle vient des Guadeloupéens, notamment des jeunes qui ont fait des recherches et qui nous ont alertés. "
Pour lui, l'abrogation du Code noir dépasse largement le symbole juridique. " Être né dans la matrice d'un crime, c'est quelque chose de vertigineux ", explique-t-il, évoquant les conséquences encore visibles de l'histoire esclavagiste dans les sociétés ultramarines.
S'il se félicite de l'ouverture du débat sur les réparations, il estime néanmoins qu'Emmanuel Macron " ne va pas très loin ". " Ce n'est pas à lui seul de dire ce qu'il faut faire. Il faut qu'on se réunisse pour voir quelle forme peut prendre la réparation ", insiste-t-il.
Victorin Lurel : " La question des réparations se pose "
Même prudence du côté de Victorin Lurel. L'ancien ministre des Outre-mer estime que le débat ne peut plus être évité.
" Oui, la question des réparations se pose ", affirme-t-il, appelant à la création d'" une commission de réparation " inspirée de ce que réclament déjà l'ONU, certains États africains et la CARICOM.
Le sénateur guadeloupéen refuse toutefois toute logique de " repentance " : " Il ne s'agit pas de faire honte à la France ", précise-t-il, mais de reconnaître une histoire et d'engager " une justice réparatrice ".
Pour Victorin Lurel, l'abrogation du Code noir constitue un premier pas, mais " cela doit aller au-delà du symbolique ".
Gabriel Serville : " Le strict minimum "
Le président de la Collectivité territoriale de Guyane, Gabriel Serville, s'est montré plus critique encore à l'égard du chef de l'État.
S'il salue " un très beau discours empreint d'émotion " de Christiane Taubira, il considère que les annonces présidentielles restent insuffisantes. " Le président a dit un certain nombre de choses, mais ça ne va pas suffisamment loin ", tranche-t-il.
Selon lui, les réparations ne doivent pas être réduites à une logique financière individuelle. " La réparation, c'est permettre à ces territoires qui ont connu l'esclavage de mieux prospérer et d'assurer un meilleur développement ", explique-t-il, citant notamment la situation économique de la Guyane.
Concernant l'abrogation du Code noir, Gabriel Serville parle d'" une chose naturelle " mais aussi du " strict minimum du minimum ".
Une séquence mémorielle appelée à se poursuivre
Entre émotion, reconnaissance et impatience, cette cérémonie anniversaire aura surtout montré que, 25 ans après la loi Taubira, les attentes demeurent immenses dans les territoires ultramarins.
L'examen de la proposition de loi portant abrogation du Code noir, prévu le 28 mai à l'Assemblée nationale, sera désormais observé de près. Car derrière le symbole historique, élus et associations attendent désormais des actes.

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