À l'Élysée, les 25 ans de la loi Taubira ravivent le débat sur les réparations
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À l'Élysée, les 25 ans de la loi Taubira ravivent le débat sur les réparations

Raphael Luce r.luce@agmedias.fr

Christiane Taubira à l'Élysée. © RL

Cérémonie pour célébrer les 25 ans de la loi Taubira à l'Élysée. © RL

Emmanuel Macron à l'Élysée. © RL

Le groupe Delgrès à l'Élysée. © RL

Emmanuel Macron a présidé ce jeudi 21 mai à l'Élysée une cérémonie marquant les 25 ans de la loi Taubira. Aux côtés de Christiane Taubira et du directeur général de l'Unesco Khaled El-Enany, le chef de l'État a promis qu'" aucun tabou " ne devait entourer cette mémoire encore vive.

Près de 400 personnes avaient pris place ce jeudi soir dans les salons du palais de l'Élysée pour une cérémonie chargée d'histoire et d'émotion. Vingt-cinq ans après la promulgation de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l'esclavage comme crimes contre l'humanité, Emmanuel Macron a souhaité inscrire cette commémoration dans une dimension à la fois mémorielle, politique et internationale.

Dans l'assistance figuraient plusieurs représentants ultramarins, des diplomates, des chefs d'États africains, des responsables associatifs et des personnalités du monde culturel. Le groupe de blues créole Delgrès a ouvert la soirée avec son titre Mo Jodi, avant que Christiane Taubira n'apparaisse à la tribune, très émue.

" Cette loi ne vient pas de nulle part "

L'ancienne garde des Sceaux a immédiatement replacé le combat mémoriel dans une histoire longue et douloureuse. " D'où vient-elle ? ", a-t-elle interrogé au sujet de cette loi devenue historique. " Cette loi qui reconnaît la traite et l'esclavage comme un crime contre l'humanité ne vient pas de nulle part. "

Dans un discours dense et habité, Christiane Taubira a retracé la violence du système esclavagiste : " La capture en terre d'Afrique, l'entassement dans les cales de navires négriers, les révoltes, les insurrections, les suicides, les marchés aux esclaves dans les Amériques, les Caraïbes, les îles de l'océan Indien, le fouet sur les plantations. "

La Guyanaise a également tenu à rappeler les résistances des peuples réduits en esclavage : " Nos ancêtres ne furent pas que des victimes ", a-t-elle insisté, saluant " la première personne qui s'est levée contre ce destin de captifs ".

Le Code noir au cœur des échanges

Le président de la République a lui aussi reconnu la portée fondatrice du texte adopté en 2001. " Cette loi venait de loin et elle était nécessaire ", a déclaré Emmanuel Macron, avant d'évoquer la question du Code noir.

" Il subsiste un texte qui n'aurait jamais dû survivre à l'abolition de l'esclavage ", a affirmé le chef de l'État, faisant référence à cet ensemble de textes juridiques encadrant l'esclavage dans les colonies françaises.

Une proposition de loi portée par le député guadeloupéen Max Mathiasin visant à abroger officiellement le Code noir doit être examinée le 28 mai prochain à l'Assemblée nationale. " Le silence, voire l'indifférence que nous maintenons depuis près de deux siècles à l'égard de ce Code noir n'est pas un oubli, mais est devenu une forme d'offense ", a poursuivi Emmanuel Macron.

Christiane Taubira a néanmoins prévenu : " Il ne faudra donc pas que ce soit une abrogation juste symbolique. "

Les réparations toujours en suspens

Sujet central et sensible de cette soirée : la question des réparations. Sans annoncer de mesures concrètes, Emmanuel Macron a assuré qu'il n'existait " aucun tabou " sur le sujet. " Il faut poursuivre le parcours ", a-t-il estimé, évoquant l'éducation comme " pilier essentiel pour commencer à réparer ".

Le président de la République a également annoncé que la France travaillerait avec le Ghana afin de lancer " un travail scientifique international " chargé d'établir des recommandations sur les conséquences de l'esclavage et de la traite négrière.

Une réponse indirecte aux critiques formulées quelques minutes plus tôt par Christiane Taubira. L'ancienne ministre a regretté l'abstention de la France lors d'une résolution de l'ONU reconnaissant l'esclavage comme l'un des crimes les plus graves contre l'humanité. " Ils décrivent simplement l'histoire et la réalité ", a-t-elle insisté, refusant toute hiérarchisation entre les crimes contre l'humanité.

Emmanuel Macron lui a répondu en conclusion de son discours : " Nous devons avoir l'honnêteté de nous dire que nous ne pourrons jamais réparer ces crimes. Nous aurons toujours une réparation imparfaite parce que cette histoire est intranquille. "

Une phrase forte qui résume, à elle seule, la portée mémorielle et politique de cette soirée anniversaire à l'Élysée.

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