Ulrich Robeiri samedi, au Salon des sports et des loisirs (KS)
Cette année, le Salon du sport et des loisirs était parrainé par trois champions de renom. Malgré leurs journées bien remplies, tous se sont prêtés au jeu des questions. Rencontre avec Ulrich Robeiri, Laurygan Celin et Anthony Avella.
• Ulrich Robeiri
Ulrich Robeiri, 31 ans - champion du monde d'escrime à l'épée, par équipe et en individuel - dit vouloir apporter son soutien à l'escrime guyanaise. Il adresse un message à la jeunesse et parle de ses challenges futurs...
Comment se passe ce retour au pays ?
Je dois respecter un programme très chargé en un temps très court (trois jours) mais c'était important pour moi de revenir ici. Ma dernière visite remonte à 2008. Les années suivantes, il y avait toujours une contrainte sportive ou personnelle (Ulrich est papa d'une petite fille âgée de 22 mois, ndlr). Ça fait du bien d'être là, de voir comment ça a changé et de retrouver les proches que je n'avais pas vus depuis longtemps. Je me sens toujours chez moi, j'ai mes repères.
Pourquoi avoir accepté de parrainer ce salon ?
C'était logique que je revienne après mon titre et je trouve que la tenue de ce salon est idéale. Je suis heureux d'être là aussi pour soutenir la Ligue d'escrime de Guyane qui a rencontré pas mal de difficultés l'année dernière. Un maître d'armes est parti et c'est vraiment difficile d'en trouver d'autres. J'espère que ma présence sur le stand va inciter les jeunes à s'intéresser à ce sport. Si je peux apporter mon soutien à la Ligue, je le ferai. J'ai d'ailleurs déjà des projets ici.
Lesquels ?
J aimerais donner un nouveau souffle à l'escrime en Guyane. Je dois revenir en mars ou en avril, je ne suis plus sûr de mon calendrier (sourire), pour organiser un stage de quelques jours avec l'équipe de France. Ce sera un moyen d'initier les jeunes et pour les escrimeurs, une série d'entraînements de grande qualité. Ça permettra aussi d'échanger avec les éducateurs.
Ce sport n'est pas encore suffisamment médiatisé ?
L'escrime est présent dans les écoles mais nécessite du matériel et du personnel qualifié. Il faut mettre notre sport à disposition des enfants. Moi je l'ai découvert par hasard, grâce aux Eclaireurs de France. J'avais 7 ans. C'est cette passion que je veux transmettre.
Les jeunes Cuyanais ont-ils un potentiel particulier ?
Quand on voit l'équipe de France, on s'aperçoit qu'il y a beaucoup d'Antillais et aussi de nombreux Guyanais au sein des pôles. Il y a un vivier, c'est certain. Et je pense qu'il faudrait peu d'investissements pour faire beaucoup.
Un message à adresser à ces jeunes ?
Il faut travailler. Dans la vie, il n'y a pas 10 000 solutions. Bien sûr, on ne peut pas tous devenir champion du monde mais l'essentiel n'est pas là. Beaucoup de parents se focalisent sur les résultats de leurs enfants, c'est dommage. Et prématuré. Il faut garder la notion de plaisir. Si on doit percer, ça se fait naturellement.
Après un doublé aux championnats du monde, quel est votre prochain objectif ?
Ça peut sembler bizarre mais... me qualifier pour les prochains championnats du monde! La saison dernière, j'ai gagné ma place sur la dernière épreuve sélective, ça s'est joué de peu. Je dois regagner ma place dans l'équipe car il y a beaucoup de concurrence. Le plus grand enjeu pour moi désormais, c'est de rester fidèle à ce que je suis et à ce qui m'a fait gagner. En 2003, je finis troisième mais je rate complètement la saison suivante parce que j'ai voulu avoir une escrime à la hauteur de mon statut. Je n'étais plus moi-même.
• Laurygan Celin, 18 ans, championne de France de taekwondo (catégorie moins de 57 kilos) : «Je suis là pour la Guyane»
Émue d’être là ?
Oh oui ! Je vais sentir la claque en repartant. Dans l’avion, je cherchais des yeux la Guyane et quand je l’ai enfin vue, j’ai versé une petite larme. Je n’étais pas rentrée depuis avril 2011 et ça me manquait vraiment. Je suis arrivée vendredi, je repars lundi (aujourd’hui) alors j’essaie d’optimiser ce temps au maximum. Je rencontre ceux qui m’ont soutenue. J’ai quitté la Guyane quand j’avais 14 ans mais les gens se souviennent de moi. Ils me voyaient sur les plateaux télé, dans le journal. Aujourd’hui je reviens et c’est une autre dimension. Je suis plus mature.
Partir seule dans l’Hexagone à 14 ans, ça doit pourtant rendre mature très tôt ?
C’est vrai que mon caractère s’est forgé très vite ! Ça m’a d’ailleurs aidée dans le taekwondo. J’ai toujours été carrée, j’ai été élevée à la dure et j’ai continué à respecter l’éducation que m’avait transmis ma mère. Elle est très fière de moi pour ça. J’aurais pu mal tourner mais je suis restée exemplaire, y compris dans mes études (Laurygan est en deuxième année de Staps, ndlr).
Pourquoi avoir accepté d’être la marraine de ce salon ?
On me l’avait proposé l’année dernière mais j’avais dû refuser à cause de la compétition. Cette année, j’étais libre et mes entraîneurs ont accepté alors j’ai sauté sur l’occasion.
Que pensez-vous du potentiel des jeunes Guyanais ?
À vrai dire, j’en connais très peu qui pratiquent le taekwondo. Mais je dirais que la qualité de l’entraînement a progressé. Le système d’apprentissage en tous cas. Une section combat a été ouverte et les licenciés sortent plus. Quand j’étais là, ce n’était pas comme ça : on participait aux championnats Antilles-Guyane, c’est tout. Ma participation aux championnats de France, en 2010, a même été payée par l’un de mes entraîneurs, Papa Demba Diouf, à titre personnel. Certains entraîneurs sont très investis, c’est génial. Je suis en France mais j’ai envie d’aider les jeunes. Je suis là pour la Guyane.
Un message pour les jeunes ?
Le chemin est long. Quand on arrive en France, ce n’est que le début. C’est le travail qui paie, il n’y a pas de secret. Il faut avoir la rage de vaincre, c’est ce qui fait la différence.
Beaucoup vous voient déjà comme la future championne olympique. C’est une pression supplémentaire ou une source de motivation ?
Une motivation sans aucun doute. Ça me permet de savoir pourquoi je suis là. Parfois, on l’oublie, on entre dans une routine… Quand j’entends ça, je repars super déterminée à l’entraînement. J’ai galéré, ma mère a galéré, mais ça a payé.
(KS)
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• Anthony Avella, 30 ans, champion du monde de skate cross : «Les choses avancent enfin»
En 2009 et 2012, vous avez organisé deux stages de roller en Guyane. Une première pour vous dans les Dom. Pourquoi ?
J’ai rencontré Guillaume Roberrini (éducateur sportif au comité régional de roller skating de Guyane, ndlr) lors de l’assemblée générale de la fédération de roller sportif. Il m’a parlé de ses projets de développement ici et j’ai trouvé ça super intéressant. Alors je suis venu. Et j’y ai trouvé un vrai potentiel chez les jeunes. Il y a un concentré de petits champions ici qui n’ont pas froid aux yeux. J’espère qu’un jour, un jeune Guyanais sera à ma place et décrochera le titre de champion du monde. Tout ce qui manque en Guyane, ce sont les infrastructures. Il y a eu beaucoup de promesses non tenues et le mouvement a eu tendance à s’essouffler un peu.
Mais le président de Région, Rodolphe Alexandre, vous a invité à l’inauguration du skate-park régional en décembre à Cayenne ?
Oui, c’était prévu que je revienne à cette occasion mais je suis là plus tôt finalement (sourire). C’est bien que les choses avancent enfin. Le comité m’a d’ailleurs consulté par rapport à la réalisation de ce projet et je pense que ça va vraiment être un bel espace de glisse, un lieu qui va rassembler du monde. Le skate-park de Mirza doit également être entièrement refait. J’ai eu des contacts avec la mairie de Cayenne à ce sujet. Aujourd’hui, cet équipement a le mérite d’exister mais il n’est plus du tout conforme à l’utilisation qu’on veut en faire.
Vous qui n’êtes pas Guyanais, vous avez été surpris qu’on vous propose d’être l’un des parrains de ce salon ?
Non. Par rapport à ce qu’on a déjà fait ici avec Guillaume (Roberrini) et mon récent titre de champion du monde, ça m’a semblé logique. Mais c’est toujours un honneur d’être invité par une région.
Un petit message pour les jeunes ?
Il faut se faire plaisir, c’est ça le secret. Et toujours être déterminé. Il faut se donner les moyens d’atteindre ses objectifs et ne pas avoir peur de l’échec car ça fait aussi partie de la construction.
Vous êtes champion du monde, quel est votre prochain objectif ?
Le rester (rires) ! Je suis actuellement deuxième en circuit à 36 points de mon concurrent belge. Il reste deux étapes et la finale en novembre à Shanghai. Je suis un peu le même parcours que l’année dernière et forcément, j’aimerais que ça se termine de la même façon… Si j’arrive à être champion du monde trois années d’affilée, j’arrêterai ma carrière.
(KS)
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(Thomas Fetrot)
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