« La Guyane se situe dans une zone de trafic »
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« La Guyane se situe dans une zone de trafic »

Propos recueillis par FXG
Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la mission interministérielle pour la lutte contre les drogues et les conduites addictives (Midelca) (FXG)
Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la mission interministérielle pour la lutte contre les drogues et les conduites addictives (Midelca) (FXG)

Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la mission interministérielle pour la lutte contre les drogues et les conduites addictives, arrive ce matin en Guyane après une tournée aux Antilles. Chez nous, il sera question du trafic de drogue.

Vous n'êtes ni médecin, ni juge, à quel niveau agissez-vous dans la lutte contre les drogues et les addictions ?
Notre politique d'ensemble, c'est comment fait-on pour décourager l'entrée en consommation. La compétence de la Mildeca, c'est à la fois la réduction de la demande, la prévention, et la réduction de l'offre, la lutte contre le trafic et l'application de la loi.
Nous avons un rôle d'impulsion et de coordination. Il y a un plan gouvernemental et nous faisons travailler ensemble toutes les administrations, les associations, les chercheurs, tous ceux qui s'intéressent aux conduites addictives.
Quel est l'état des lieux dans les DFA ?
La cocaïne est moins consommée que dans l'Hexagone, mais son prix étant en baisse, ça devient un produit attractif. En matière d'alcool, le champagne est la consommation majeure aux Antilles. Les jeunes aussi consomment moins d'alcool, moins de cannabis que dans l'Hexagone, mais on a peu d'information sur les consommations des adultes. Le baromètre santé de l'INVS élargi à l'Outre-mer nous permettra d'affiner nos politiques publiques sur la réalité des consommations dès que nous aurons ses premiers résultats courant 2015.
Qu'en est-il du crack ?
Le profil du consommateur de crack est un adulte de 38 à 45 ans, sans une situation physique et morale, difficile et souvent à la rue.
Quelle est la priorité du plan gouvernemental ?
Les jeunes. Je vais voir sur place quels types d'action spécifique on peut monter avec eux, compte tenu de leurs loisirs, leurs centres d'activités, leur niveau d'études, mais aussi de ce que souhaitent localement toutes les autorités. Nous discutons par exemple des plans de contrôle sur l'interdiction de vente d'alcool et de tabac aux mineurs.
Nous travaillons le lien santé justice pour que le jeune consommateur soit orienté dans un circuit de soins. Nous étudions aussi avec le ministère de la Justice les conséquences de ces conduites addictives sur toutes les atteintes physiques (accidents de la route et violences intrafamiliales). Il s'agit de déboucher sur de la prévention et de l'accompagnement.
Quels sont les points forts de votre déplacement ?
Nous allons mettre en place un diplôme universitaire à Fort-de-France pour la formation en addictologie. En Guadeloupe, je me suis intéressée au phénomène des soirées festives et du carnaval pour étudier les actions de prévention qu'on pourrait davantage accompagner. En Guyane, nous regarderons de près la lutte contre le trafic, car elle est située dans une zone de trafic et de rebond des produits qui viennent de l'Amérique du Sud.
Propos recueillis par FXG, à Paris
« Ce n'est pas une addiction comme les autres »
Il y a très peu de chances que Danièle Jourdain-Menninger évoque le sujet du pemba lors de son passage en Guyane. Et Papa G, président de l'association Mama Bobi, qui oeuvre dans l'Ouest guyanais, le regrette amèrement. Le pemba, de l'argile, est fréquemment consommé pendant la grossesse, pour satisfaire des croyances ancestrales. Papa G parle d'une « envie récurrente, culturelle, pathologique » . Mais cette consommation provoque une anémie car le pemba empêche l'absorption du fer par l'organisme. Une anémie qui peut avoir des conséquences néfastes pour le bébé. Les études évoquent une carence dans le développement cérébral du nouveau-né. Depuis une dizaine d'années, l'association Mama Bobi, alertée par un médecin de Saint-Laurent, tente de briser cette spirale.
« Ce n'est pas une addiction comme les autres » , prévient le président de Mama Bobi. Au mois de mai dernier, l'association s'est appuyée sur la députée Chantal Berthelot qui a interpellé la ministre des Droits de la femme, Najat Vallaud-Belkacem, passée depuis à l'Éducation nationale. Elle s'était engagée à apporter des fonds à cette lutte. Mama Bobi attend toujours et espère que la visite de la présidente de la Mildeca permettra de trouver une solution. « L'alcool et le pemba sont les deux produits spécifiques à la Guyane » , indique Papa G.
L'alcool sera forcément évoqué avec Danièle Jourdain-Menninger. Claire Chinon, présidente l'association Action alcool addictions, voudrait lui faire un message en faveur de la jeunesse. Elle rappelle qu'en Guyane, il est interdit de vendre de l'alcool aux alentours des écoles. Bon nombre de commerces continuent à le faire et « même à vendre de l'alcool aux jeunes » . Claire Chinon plaide pour « la vigilance humaine » et l'application des lois. La présidente d'Action alcool addiction estime que si personne ne fait rien, « tous nous trinquerons » .
Kerwin ALCIDE

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