« Nous avons réussi à nous faire entendre »
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KOUROU

« Nous avons réussi à nous faire entendre »

Propos recueillis par Pierre-Yves CARLIER
Mardi soir, Jean-Étienne Antoinette a organisé une visite sur le thème de la sécurité, devant le collège Agarande et sur la place de l'Europe, avec le procureur, les gendarmes et le préfet (PYC)
Mardi soir, Jean-Étienne Antoinette a organisé une visite sur le thème de la sécurité, devant le collège Agarande et sur la place de l'Europe, avec le procureur, les gendarmes et le préfet (PYC)

Un an après les assises de la sécurité, le maire Jean-Étienne Antoinette en tire le bilan.

Quel bilan tirez-vous des assises de la sécurité, un an après ?
Les assises partaient d'une situation de ras-le-bol de la population, à l'époque. Les responsables administratifs, à notre initiative, se sont réunis pour comprendre la problématique et tenter d'apporter des réponses.
C'était la première fois, qu'en Guyane, on avait le courage politique de créer un espace de dialogue, alors qu'il y a d'autres communes où ces problèmes existent. C'était un acte fondateur de politique qui, depuis, se décline en actions.
Lesquelles ?
Kourou a été classé en zone de sécurité prioritaire (ZSP), avec une augmentation des moyens. Nous avons interpellé l'État pour dire que Kourou rencontre une situation de délinquance, comme Cayenne, Rémire-Montjoly et Matoury. Nous avons réussi à nous faire entendre. Nous ne sommes plus dans cette logique qui dit que, parce qu'il y a le spatial, on cacherait les choses.
Nous avons également pris les arrêtés contre l'alcool et celui sur les mineurs. S'il fallait reprendre cet arrêté, je le ferais. Il y a aussi le groupe local de traitement de la délinquance. C'est un partenariat autour de jeunes délinquants.
Vingt jeunes sont suivis. Est-ce suffisant ?
On cherche l'efficacité. Avec cent, l'action serait diluée.
Comment ont-ils été choisis ?
Ce sont des éléments croisés par l'Éducation nationale, les assistantes sociales, la Justice et la mairie. Après huit mois, ce suivi individualisé démontre que, sur vingt jeunes, un a commis un nouvel acte de délinquance.
Cela n'empêche pas la délinquance des mineurs d'augmenter...
On parle des faits commis par les jeunes, mais on oublie de rappeler que la part des jeunes dans la population augmente.
Les problèmes de la Guyane, ce sont l'échec scolaire et le chômage. Quand on a dix points de différence au bac, une immigration incontrôlée et des familles déstructurées, on a une situation beaucoup plus dure. Dans cette situation, la Guyane, je crois, ne s'en sort pas trop mal.
Êtes-vous satisfait des chiffres ?
Sur la ZSP, nous avions un objectif : les cambriolages à domicile et dans les commerces. Ils ont diminué de 13 et 17%. Dans la ZSP, les actes de délinquance baissent de 4% Mais un chiffre doit attirer notre attention : les atteintes aux personnes. Les résultats ne sont pas satisfaisants, même si on note un ralentissement de leur augmentation et une baisse de leur violence. Douze mois après les assises de la sécurité, nous avons une amélioration de la situation, mais c'est insuffisant par rapport à cette revendication légitime.
Mardi soir, des habitants de la place de l'Europe se sont plaint des problèmes d'éclairage public et de la délinquance qui s'y développe.
Nous allons travailler avec les gestionnaires. Nous avons modifié l'urbanisme, qui date d'une époque plus cool. Bien sûr, la Simko va intervenir.
Les caillassages, c'est nouveau ?
J'ai été élevé à Kourou : ça existait. Maintenant, le phénomène est plus dur. Le problème à Kourou, c'est que la notion de mixité sociale est une réalité. Avant, les gens vivaient dans un quartier et n'allaient pas ailleurs. Ça mène à la ghettoïsation. Si on enlève le village saramaca et Eldo, et qu'on crée des banlieues à Matiti, le problème sera-t-il réglé ? Dans certaines villes, il n'y a plus de commerces au pied des logements sociaux. Ici, il y a des magasins, des cabinets médicaux, des restaurants. S'il y a des nostalgiques des barbelés à l'entrée des Roches, qu'ils fassent campagne sur cette thématique.
Aux assises, des concierges dans les immeubles avaient été promis...
Il y avait une seconde orientation : la résidentialisation. Nous l'avons faite à Balata et Courbaril. On va le faire à Eldo. Sur les concierges, nous n'avons pas avancé. Je continue de relayer cette demande, notamment à Eldo et à l'Anse.
Y a-t-il un calendrier pour l'extension de la vidéosurveillance ?
Oui. Deux axes ont été privilégiés : De Gaulle de par l'activité et la proximité du village, et l'avenue des Roches car le village est une zone de repli (des délinquants). Lors de la prochaine réunion de ZSP, en décembre, nous lancerons les études. Kourou avait innové sur trois sites : Europe, Monnerville et Diamant. Dans ces quartiers, la délinquance a baissé.
« La baisse, je voudrais la voir »
Adversaires politiques et associations livrent leurs impressions sur ces assises de la sécurité.
FRANÇOIS RINGUET, possible candidat aux municipales.
Quand j'entends dire que les chiffres ont baissé, que c'est exceptionnel, j'aimerais le voir. Les problèmes d'insécurité existent toujours. En tant que conseiller général, je travaille dans les quartiers avec ce qu'on appelle les « grands frères » .
Si la délinquance baisse à Eldo, ce n'est pas un hasard. J'ai intégré des jeunes dans les chantiers aux Îles du Salut, un autre chez Endel. Ils ont des perspectives d'emploi.
La mairie, son programme, c'est de prendre des jeunes et de leur faire nettoyer des locaux. Ce n'est pas ça, il faut un travail d'accompagnement. Mais dans les réunions de ZSP, de CLSPD, je ne suis pas invité, alors qu'il faut travailler ensemble.
AIMÉ HILAIRE, la Voix kouroucienne.
Depuis un an, ça n'a pas évolué. Les choses ne sont pas faites avec fermeté. Le soir, les jeunes sortent à vélo, sans lumière, et jettent des cailloux sur les voitures. Le couvre-feu avait amélioré les choses, mais aujourd'hui, c'est fini. Cette vingtaine de jeunes qui font ça sont conscients des limites de la justice contre eux.
CHRISTELLE TONY ET MISSIANE BONNEGRACE, Comité Kourouciens Kourouciennes Réveillez-vous!
Du point de vue des moyens humains, c'est plutôt positif. Mais ils n'ont pas été associés à des outils. On met des gendarmes, des policiers municipaux, mais il n'y a pas de partenariat avec les bailleurs sociaux. On vit dans son coin, on se barricade, on prend des moyens de défense. Et le conseil général, le conseil régional ne sont pas associés au travail de terrain.
JEAN-LUC MAUBOUSSIN, CDHK.
Le problème, c'est que si l'on prend n'importe lequel de nos constats depuis treize ans, on pourrait faire le même aujourd'hui. Le Kouroucien n'a pas trop l'impression que ça bouge. Les réponses, les méthodes varient, mais le Kouroucien ne s'en rend pas trop compte.
Là où ça avait bougé, c'était fin 2006, où ça avait baissé de 45%, mais ça n'a pas duré. Dès qu'on ne maintient pas l'effort, ça dérive.
CLAIRE TALLONNEAU, présidente de l'union commerçante.
La délinquance a baissé pendant un temps et a réaugmenté. On atteint un nouveau pic.
Il y a une amélioration sur la place Monnerville, mais ça a été déplacé ailleurs. À Simarouba, les commerces se vident. L'interdiction de la vente d'alcool réfrigéré a poussé les jeunes vers des alcools forts qu'ils rafraîchissent avec des jus.
Il suffirait de faire respecter la loi, à savoir l'interdiction de la consommation sur la voie publique.

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