Au Jardin Jacques Martial, Paris honore la mémoire des victimes de l'esclavage colonial
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Au Jardin Jacques Martial, Paris honore la mémoire des victimes de l'esclavage colonial

Raphael Luce r.luce@agmedias.fr

Cérémonie du 23 mai à Paris. © Raphael Luce

Cérémonie du 23 mai à Paris. © Raphael Luce

Cérémonie du 23 mai à Paris. © Raphael Luce

Cérémonie du 23 mai à Paris. © Raphael Luce

Cérémonie du 23 mai à Paris. © Raphael Luce

Cérémonie du 23 mai à Paris. © Raphael Luce

Cérémonie du 23 mai à Paris. © Raphael Luce

Emmanuel Grégoire © Raphael Luce

Emmanuel Grégoire et Naima Moutchou. © Raphael Luce

Cérémonie du 23 mai à Paris. © Raphael Luce

Cérémonie du 23 mai à Paris. © Raphael Luce

Cérémonie du 23 mai à Paris. © Raphael Luce

Cérémonie du 23 mai à Paris. © Raphael Luce

Cérémonie du 23 mai à Paris. © Raphael Luce

Naima Moutchou © Raphael Luce

Emmanuel Grégoire et Audrey Pulvar. © Raphael Luce

Élus, associations mémorielles et descendants d'esclaves se sont réunis ce 23 mai au Jardin Jacques Martial, à Paris, pour rendre hommage aux victimes de l'esclavage colonial. Une cérémonie marquée par les 25 ans de la loi Taubira et l'annonce de nouvelles avancées autour du futur mémorial national.

Le Jardin Jacques Martial, au pied du Trocadéro, s'est transformé ce samedi 23 mai en un lieu de mémoire, de transmission et de recueillement. Plusieurs centaines de personnes ont assisté à cette cérémonie organisée dans le cadre de la Journée nationale en hommage aux victimes de l'esclavage colonial.

Élus, représentants associatifs, militants mémoriels, descendants d'esclaves et anonymes se sont retrouvés autour d'un même devoir : honorer les ancêtres réduits en esclavage et transmettre cette histoire aux générations futures.

Cette cérémonie revêtait une dimension particulière cette année, alors que la loi Taubira, reconnaissant l'esclavage comme crime contre l'humanité, célèbre ses 25 ans. Le lieu accueillera également en mars 2027 le futur mémorial national des victimes de l'esclavage, où figureront les noms de plus de 215 000 esclaves affranchis retrouvés dans les archives après plus de vingt ans de recherches.

Moment fort de la la matinée, un dépôt de plusieurs gerbes a été effectué par les représentants institutionnels et associatifs présents au Jardin Jacques Martial. Dans un silence recueilli, élus, membres du CM98 et personnalités officielles se sont avancés ensemble pour rendre hommage aux victimes de l'esclavage colonial.

Naïma Moutchou : " Un passage obligé "

Présente lors de la cérémonie, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a insisté sur la portée symbolique et politique de cette commémoration. " C'est un passage obligé. Nous le devons à toutes les victimes, à tous les descendants d'esclaves ", a-t-elle déclaré, évoquant " un moment de rassemblement pour faire face à ce qui a été hier et avancer ".

" Ici, au cœur de Paris, la République donnera une place visible à celles et ceux qui ont trop parlé à voix basse ", a poursuivi la ministre. Refusant toute logique de " culpabilité héréditaire ", elle a néanmoins rappelé " un devoir de responsabilité " envers les descendants d'esclaves.

Naïma Moutchou a également confirmé son engagement autour de la proposition de loi portée par le député Max Mathiasin visant à retirer le Code noir du corpus juridique français. " Savoir que ce Code noir existe toujours dans notre droit, c'est quelque chose d'insupportable ", a-t-elle affirmé, annonçant qu'elle défendrait le texte le 28 mai prochain à l'Assemblée nationale.

" Nous ne voulons pas effacer, mais écrire une nouvelle page pour les victimes, pour les descendants d'esclaves, pour parler de réparation et de cohésion nationale. "

Emmanuel Grégoire défend " une mémoire commune "

Le maire de Paris Emmanuel Grégoire a lui aussi pris la parole pour rappeler l'importance de ce travail mémoriel. " Il n'y a pas de concurrence de dates ", a-t-il affirmé, évoquant la nécessité d'honorer spécifiquement les victimes de l'esclavage colonial à travers cette journée du 23 mai.

L'élu parisien a salué le travail mené depuis des années par les associations mémorielles pour permettre aux descendants d'esclaves de retrouver leurs ancêtres et leur généalogie. " Paris veut perpétuer cette mémoire ", a-t-il déclaré, reconnaissant également " les parts d'ombre " de la capitale dans cette histoire.

Il a aussi adressé un message au gouvernement, saluant " le cap franchi " autour de la reconnaissance du crime de l'esclavage et de ses conséquences.

Dans l'assistance figuraient notamment le sénateur de Guadeloupe Victorin Lurel, l'ancienne ministre des Outre-mer George Pau-Langevin, ainsi que plusieurs personnalités institutionnelles et associatives engagées sur les questions mémorielles.

Le combat du CM98 pour retrouver les noms des ancêtres

Très ému, Emmanuel Gordien, président du Comité Marche du 23 mai 1998 (CM98), a rappelé le combat mené depuis près de trente ans pour redonner une identité aux esclaves affranchis après 1848.

" Les esclaves n'avaient pas de nom, seulement un prénom et un numéro de matricule ", a-t-il expliqué. " Après l'abolition, il a fallu leur donner des noms. "

Plus de 215 000 identités ont ainsi été retrouvées grâce à un immense travail dans les archives coloniales. Pour Emmanuel Gordien, cette quête dépasse largement le cadre historique. " Nous voulions comprendre ce qu'il s'était passé. Retrouver nos ancêtres et faire de notre petite histoire notre grande histoire ", a-t-il déclaré.

Le président du CM98 a également regretté l'absence de cérémonie officielle organisée par l'État ce 23 mai. " Le 23 mai est une date essentielle. Quand il y a un crime contre l'humanité commis par la France, ce sont d'abord les victimes qu'on doit honorer ", a-t-il insisté.

Pour lui, le futur mémorial représente " une étape vers cette reconnaissance ", mais aussi un moyen de " poser la question des réparations ", entendues dans un sens historique, moral et symbolique.

" Construire l'avenir "

Aux côtés des représentants associatifs, plusieurs élus ont insisté sur la nécessité de transmettre cette mémoire aux nouvelles générations. Laurent Sorel, adjoint à la mairie de Paris chargé des Outre-mer, a rappelé que " la mémoire est ce qui nous permet de construire du commun ".

" Il faut que les ultramarins et les descendants d'esclaves aient toute leur place dans l'histoire de France ", a-t-il déclaré, estimant que cette mémoire devait aussi se traduire " par des politiques concrètes répondant aux besoins des ultramarins ".Le maire du 16e arrondissement, Jérémy Redler, a lui appelé à " combattre cette souffrance " et à faire vivre " une identité pour le souvenir, une identité pour construire l'avenir ".

Des jeunes ont également lu un poème en hommage aux ancêtres réduits en esclavage, tandis que la chorale Gospel Voices de Max Zita a accompagné plusieurs temps de recueillement. Dans l'assistance, beaucoup évoquaient déjà le futur mémorial du Jardin Jacques Martial comme un lieu de rassemblement national et de transmission.

" Les honorer, c'est nous honorer nous-mêmes. Les aimer, c'est nous aimer nous-mêmes ", a résumé Emmanuel Gordien. Une phrase qui, ce 23 mai, semblait traverser toute la cérémonie.

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