Moins de sexe à deux, plus de plaisir solo : la nouvelle donne des jeunes femmes françaises
La « récession sexuelle » n’est pas un mythe. Selon une enquête Ifop réalisée pour espace plaisir auprès de 1 011 femmes âgées de 15 à 29 ans, la sexualité partagée a nettement reculé en trente ans. Moins de rapports, une initiation plus tardive, une hausse des inactives sexuelles… Pourtant, les jeunes femmes ne sont pas moins satisfaites.
En 1990, 62 % des jeunes femmes de 15 à 24 ans considéraient la sexualité comme « très importante » dans leur vie. Aujourd’hui, elles ne sont plus que 38 %. La proportion de celles pour qui le sexe est « indispensable » est tombée de 14 % à 9 %. Un décrochage spectaculaire qui touche surtout les plus jeunes et les célibataires. Conséquence logique : l’idée qu’un couple puisse exister sans relations sexuelles progresse de 14 points en vingt-cinq ans. Désormais, 56 % des 18-24 ans estiment qu’elles pourraient vivre en couple sans faire l’amour. Ce chiffre atteint 64 % chez les femmes bisexuelles et 61 % chez les femmes très conservatrices. Le clivage n’oppose donc pas tant progressistes et traditionalistes que femmes investies dans la sexualité partagée et celles qui en sont, par choix ou par circonstance, éloignées.
Le recul de l’activité sexuelle se lit à trois échelles. Sur une vie d’abord : 19 % des 18-29 ans déclarent n’avoir jamais eu de rapport sexuel, un taux qui a doublé chez les 25-29 ans (10 % contre 5 % en 1992). Sur l’année ensuite : parmi les jeunes femmes initiées, 15 % n’ont pas eu de rapport depuis plus d’un an, un chiffre qui atteint 17 % chez les 25-29 ans (contre 11 % en 1992). Sur le mois enfin : une femme sur trois âgée de 20 à 29 ans (33 %) n’a eu aucun rapport au cours des trente derniers jours, soit presque deux fois plus qu’en 1998 (19 %). Cette « sex recession » touche avant tout les célibataires (68 % d’inactives dans le mois) et les plus jeunes. Mais elle se lit aussi comme un retrait par conviction chez les femmes les plus conservatrices (53 % d’abstinentes). Preuve que le phénomène articule deux réalités distinctes : un retrait par défaut (célibat prolongé) et un retrait par choix (conservatisme moral ou religieux).
Moins de rapports, mais pas moins de satisfaction
Malgré cette chute de la fréquence des rapports, près de trois jeunes femmes sur quatre (74 %) se déclarent satisfaites de leur vie sexuelle, un score quasi identique à 2014 (73 %). La satisfaction culmine chez les femmes les plus actives (94 % chez celles ayant plus de 8 rapports par mois), mais aussi chez les utilisatrices fréquentes de sextoys (85 %) et chez les croyantes pratiquantes (86 %). Le bien-être sexuel se construit aujourd’hui sur des bases plus diverses que le seul libéralisme des mœurs.
Cette résilience de la satisfaction sexuelle traduit l’émergence d’un nouveau régime du plaisir féminin, moins indexé sur la fréquence des rapports et davantage fondé sur la qualité ressentie de chaque expérience. La masturbation et le sextoy ne sont plus le pis-aller du célibat, mais un mode d’épanouissement assumé.
Masturbation et sextoys : la révolution silencieuse du plaisir solo
La masturbation est devenue une pratique majoritaire dans la Gen Z féminine : 71 % des jeunes femmes s’y sont déjà adonnées, dont 20 % « souvent ». L’usage du sextoy en solo concerne 39 % des jeunes femmes, et 46 % l’ont utilisé en couple. Surtout, l’intensification d’usage récente est spectaculaire : chez les 18-24 ans, la part d’utilisatrices de sextoys en solo au cours du dernier mois est passée de 9 % en 2017 à 22 % en 2026. Lors de leur dernière séance de masturbation, 27 % des jeunes femmes ont atteint l’orgasme grâce à un sextoy, contre 49 % sans en utiliser. À l’inverse, lors du dernier rapport avec un partenaire, seules 9 % ont eu un orgasme grâce au sextoy, révélant un usage à deux qui peine encore à s’imposer comme un outil efficace.
Pourtant, cette révolution du plaisir solo reste largement dissimulée. 55 % des jeunes femmes ont déjà caché à leurs amies qu’elles se masturbaient (dont 38 % le cachent encore aujourd’hui). 52 % ont caché l’usage d’un sextoy en solo, et 46 % l’usage d’un sextoy avec leur partenaire. La libération discursive féministe peine donc à descendre jusqu’aux conversations entre copines.
Ce tabou est plus fort chez les très jeunes (15-17 ans), chez les musulmanes, les habitantes de banlieues modestes et les religieuses pratiquantes. À l’inverse, les femmes très féministes et celles ayant eu plus de 10 partenaires sont les moins enclines à la dissimulation. Les discussions entre copines sur la masturbation constituent un marqueur générationnel et social : on en parle plus librement dans certains cercles éduqués et militants, mais le sujet reste largement opaque dans la majorité des sociabilités féminines ordinaires.

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