Pourquoi un fret si limité sur Air Guyane ?
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ENCLAVEMENT

Pourquoi un fret si limité sur Air Guyane ?

Gaëtan TRINGHAM (g.tringham@agmedias.fr)
Lorsqu'ils embarquent avec Air Guyane, les voyageurs peinent à emporter avec eux tout ce qu'ils souhaitent. La faute au surplus d'essence.
Lorsqu'ils embarquent avec Air Guyane, les voyageurs peinent à emporter avec eux tout ce qu'ils souhaitent. La faute au surplus d'essence. • TWITTER LÉNAICK ADAM

Depuis la rentrée de septembre, les problèmes de transport aérien vers les communes de l’intérieur sont sur le devant de l’actualité. C’était l'un des points des mouvements sociaux d’octobre à Maripasoula. Pour des questions de sécurité, le poids de l’essence limite la cargaison par passager à bord. Les travaux sur l'aérodrome de la commune devraient permettre de contourner ce problème et augmenter la capacité autorisée. 

Bloqué pendant presque tout le mois d’octobre par les mouvements sociaux, l’aérodrome de Maripasoula est à nouveau fermé depuis le 4 novembre dernier. La faute à une sortie de piste d’un avion Air Guyane lors de son atterrissage sur la piste provisoire en latérite. 

À cause de cette nouvelle suspension des dessertes aériennes, de nombreux enseignants de Papaichton et Maripasoula n’ont pu rejoindre les communes du Haut-Maroni et assurer la rentrée d’après Toussaint. Ce qui a fait réagir le syndicat Steg-UTG : « Il est inadmissible qu’un avion ne puisse accueillir que 16 personnes par vol avec 10 kg en soute. Quand on sait que les hôpitaux, les spécialistes et certaines infrastructures scolaires, administratives, alimentaires ou de divertissement se trouvent soit à une journée de pirogue, soit à 45 minutes de vol. »

Le personnel éducatif se retrouve ainsi « obligé d’anticiper des mois à l’avance leurs réservations, contraints de voyager des heures en pirogue ou encore se résigner à rester dans la commune. Ces difficultés à se déplacer sur un seul et même territoire engendrent des absences ou encore des frustrations pour ceux qui n’ont pas pu avoir de vol. » Lorsque les avions ne sont plus disponibles, le transport via le fleuve devient l’unique option, ce qui peut entrainer des situations chaotiques.

Dernier exemple en date, le 5 novembre dernier, un incident de pirogue qui transportait notamment le principal du collège de Papaïchton. L'embarcation s'est échouée sur des rochers au niveau du Saut Man Kaba, puis s'est remplie d'eau. Les effets personnels et les bagages des passagers ont été emportés par le fleuve. Le syndicat comprend ainsi la réticence des enseignants à regagner les communes de l’intérieur avec toutes leurs courses et famille, « cette traversée n’est pas sans risque […] tout cela montre que notre territoire doit être désenclavé urgemment ».

« Faire évoluer cet aérodrome et les conditions dans lesquelles on reçoit les passagers »

La limite de 16 personnes par vol avec 10 kg en soute lorsque les rotations aériennes fonctionnent est très contraignante. C'est aussi pourquoi la piste en latérite de Maripasoula est actuellement utilisée : afin de permettre la remise aux normes de celle en béton.

Aujourd'hui, pour des raisons de sécurité, les avions d’Air Guyane doivent toujours transporter du carburant supplémentaire en cas de difficulté. Si un problème survenait, les avions de la compagnie doivent toujours avoir assez de carburant pour rejoindre l’aéroport de Paramaribo, qui fait office de « piste de dégagement. » Plus de carburant signifie plus de poids et donc moins de place pour le fret et les bagages des passagers...

Pour Zadkiel Saint-Orice, délégué aux infrastructures routières et aérodromes à la CTG : « Une fois que l’aérodrome de Maripasoula sera aux normes, il deviendra la piste de dégagement retenue. Donc moins de carburant nécessaire et plus de fret possible. Il faudra aussi le mettre aux normes au niveau de la chaine du froid, pour qu’elle ne soit plus rompue. Maripasoula devra donc être équipé d’une chambre froide. »

Les travaux sur l’aérodrome doivent également permettre, à terme, d’accueillir l’ATR 42 (avion de transport pouvant transporter 42 passagers, ndlr). « Il faut faire évoluer cet aérodrome et les conditions dans lesquelles on reçoit les passagers qui, aujourd’hui, ne sont pas acceptables. Les infrastructures sont obsolètes », juge encore Zadkiel Saint-Orice.

Pour rappel, lors du protocole de fin de conflit du 2 novembre dernier, le collectif des habitants de Maripasoula obtenait le passage de 21 à 28 rotations aériennes hebdomadaires entre l'île de Cayenne et la plus grande commune de France. Un surcoût financier pris entièrement à la charge de la Collectivité territoriale de Guyane (CTG). Dans l'accord, un troisième avion de type Twin-Otter a également été promis. Sa mise en service était jusqu'à présent prévue pour mi-novembre…

Enfin, comme solution temporaire, le Steg-UTG s’interroge : « Pourquoi les aéronefs d’État ne sont pas mis à disposition des fonctionnaires d’État au lieu de laisser des centaines d’élèves sans enseignants ? » Autant de questions et de remises aux normes à adresser rapidement.