« Les Amérindiens doivent être acteurs de la société »
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IRACOUBO

« Les Amérindiens doivent être acteurs de la société »

Thomas FETROT
Cornélie Sellali Bois-Blanc, nouveau maire d'Iracoubo. (TF)
Cornélie Sellali Bois-Blanc, nouveau maire d'Iracoubo. (TF)

Dimanche, Cornélie Sellali Bois-Blanc est devenue la première femme amérindienne élue maire en Guyane. Un symbole fort pour l'édile, qui estime que les Amérindiens « ne peuvent plus rester en arrière » .

Cornélie Sellali Bois-Blanc, 43 ans, première femme amérindienne a être élue maire d'une commune de Guyane. Inévitablement, la force du symbole s'impose dans les esprits. L'intéressée en est consciente et assume totalement ce statut. Avec fierté, mais sans se perdre dans un discours grandiloquent.
Pour Cornélie Sellali Bois-Blanc, élue dimanche avec 56,81% des suffrages exprimés, le plus important est d'ouvrir au plus vite les dossiers en cours au sein de la municipalité d'Iracoubo. Toutefois, elle espère que son succès incite les Amérindiens à s'investir davantage dans la bonne marche de la société.
« UNE FEMME GUYANAISE »
« Pour moi, c'est un symbole très fort » , explique l'élue au moment d'évoquer sa victoire face au maire sortant, Daniel Mangal (43,19% des voix). Si elle se déclare « très fière d'être Amérindienne » , elle précise immédiatement : « Je suis une femme guyanaise. C'est important de le dire. J'ai été élue par la population d'Iracoubo, pas par le village de Bellevue. Je serai donc le maire de toute la population. » Cependant, elle admet volontiers que son élection peut avoir une influence sur les plus jeunes.
Pour Cornélie Sellali Bois-Blanc, une évolution de l'investissement des Amérindiens dans la vie publique est nécessaire. « Les Amérindiens sont d'un caractère timide, assuré-t-elle. Mais nous aussi nous devons prendre des décisions. On ne peut plus rester derrière. Nous devons être acteurs de la société. » Comme elle. « Je suis une femme à fort caractère et, quels que soient les obstacles, je me bats toujours. »
DISCRÈTE MAIS TRÈS PRÉSENTE
« Cornélie, la surprise. » Tel est le titre qui barrait la « Une » de France-Guyane lundi matin. Pourtant, à bien y réfléchir, sa victoire dès le premier tour face au maire sortant n'a rien de surprenant. À tout le moins pour les habitants de la commune.
Certes, le nouvel édile ne s'est que rarement affiché lors des deux mandats de son prédécesseur. Discrète, Cornélie Sellali Bois-Blanc a néanmoins occupé le siège de premier adjoint de Daniel Mangal de 2001 à 2008, puis de deuxième adjoint jusqu'en 2013. Avec la responsabilité de détenir la délégation à l'urbanisme, à l'agriculture ainsi qu'aux cérémonies. « Je célébrais les mariages, j'étais présente lors des décès, j'ai toujours été disponible » , insiste-t-elle.
Toutefois, dès 2008, elle constate que ses rapports avec Daniel Mangal se dégradent. « Nous avons eu des problèmes, confesse-t-elle. Je n'ai pas démissionné car c'est la population qui m'avait mise là. Mais c'était lassant de ne pouvoir rien dire, de voir que le maire décidait de tout. »
CONVAINCRE LA FAMILLE
Poussée par une partie de la population qui, selon elle, « voulait changer de politique » , Cornélie Sellali Bois-Blanc se lance dans l'aventure. Non sans avoir à franchir quelques obstacles. En premier lieu, elle a dû convaincre sa famille, dont certains membres n'étaient guère enthousiastes.
« Après m'être investie treize ans pour la commune, on m'a dit que je devrais m'occuper de ma famille, raconte l'élue. Mais après une réunion familiale, tout le monde m'a apporté du soutien. C'est ça qui m'a motivé et donné de la force. » Aujourd'hui, tous sont fiers d'elle.
INVESTITURE DIMANCHE
Pour entamer son mandat, Cornélie Sellali Bois-Blanc entend demander un audit de la situation financière de la commune. « On doit savoir ce qu'il nous reste pour avancer » , explique le maire. Quant à la fonction, elle l'appréhende avec détermination. « À moi et mon équipe de montrer qu'on peut gérer la commune, lance-t-elle. Nous serons à l'écoute de la population. »
Par ailleurs, elle assure qu'elle ne briguera pas de siège à la Communauté de communes des Savanes. « Avec plusieurs casquettes, on ne peut pas bien travailler » , assure-t-elle.
L'investiture du nouveau conseil municipal aura lieu dimanche à 10 heures en mairie d'Iracoubo.
Maire et grand-mère
Cornélie Sellali Bois-Blanc est née le 9 décembre 1970 à Iracoubo. Elle est élevée avec six soeurs et un frère par leur père Marcel Sellali et leur défunte mère Agnès Tome. Elle va à l'école à Bellevue puis passe six ans à Sinnamary, « chez les soeurs » . Elle interrompt sa scolarité à la fin du collège après avoir rencontré son mari. Le couple s'installe à Kourou un premier enfant naît (aujourd'hui elle en a quatre, âgés de 26, 21, 17 et 13 ans). Cornélie Sellali Bois-Blanc désire retrouver sa terre natale. Le couple fait donc bâtir une maison à Iracoubo. Après avoir suivi des formations, elle devient enquêtrice pour l'Insee puis la Daf. Depuis trois mois, le premier magistrat d'Iracoubo est devenu la grand-mère d'une petite-fille.
T. F.

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