« On digère » : le Touloulou recalé par l'Unesco pour la deuxième fois
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« Patrimoine culturel immatériel de l'humanité »

« On digère » : le Touloulou recalé par l'Unesco pour la deuxième fois

Sabrina Guillot-Alonso
Le Touloulou devra encore patienter avant de faire son entrée au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
Le Touloulou devra encore patienter avant de faire son entrée au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. • G.T.

"Le manque de lobbying politique" et un manque d'unanimité apparaissent comme des raisons du refus

"On digère" : c'est par ces mots que Monique Blérald, présidente de l'Observatoire régional du carnaval guyanais (ORCG) résume l'état d'esprit des porteurs du dossier après ce nouveau refus.

La candidature rejetée une première fois en 2024 a été retravaillée par les partenaires du projet (l'ORCG, l'Office Carnaval Péyi Guyane et la CTG, et les associations carnavalesques Kouman et Scorpions) avant une audition devant le ministère de la Culture en janvier dernier.

Le second comité de candidature a mis l'accent sur plusieurs points jugés essentiels par l'Unesco : la diversité des acteurs du carnaval, la cohésion sociale, la transmission entre les générations, les actions éducatives et le respect des critères de développement durable.

Les porteurs du dossier ont aussi cherché à montrer que le carnaval guyanais dépasse le seul espace cayennais et a le soutien de toutes les composantes du territoire.

Pourtant, le ministère de la Culture n'a pas retenu le dossier pour une inscription à l'Unesco.

Un arbitrage politique

"Nous avons retravaillé le dossier de candidature en lien avec les acteurs, les associations, les institutions et le ministère de la Culture. Il nous semblait satisfaisant", assure Mylène Danglades, référente du dossier Unesco au sein de l'ORCG. "Lors de l’audition au ministère de la Culture à Paris en janvier 2026, les experts du Comité National du PCI ont évoqué un dossier plaisant, agréable à lire. D’après les premiers retours, notre dossier paraissait être dans le trio de tête et devait être appuyé par fort un lobbying politique. Nous avons obtenu l’appui des instances institutionnelles. Mais dans tous les cas de figure, tous à notre niveau, nous aurions pu certainement mieux faire."

Le groupe de Touloulou, "Les mystèrieuses" à la parade de Macouria, vétues de jaune et noir
Le groupe de Touloulou, "Les mystèrieuses" à la parade de Macouria, vétues de jaune et noir • Koday

La Convention de 2003 de l'Unesco exige l'adhésion de l'ensemble des communautés, y compris des responsables publics. Malgré des démarches engagées auprès de plusieurs ministères et le soutien affiché du président de l'Association des maires ainsi que du sénateur Georges Patient, les porteurs du projet estiment que l'appui des institutions locales n'a pas été assez visible, dans un contexte de forte concurrence entre candidatures.

En mai 2025, l'ORCG dénonçait des "rapports conflictuels" avec la CTG et contestait les critiques portant sur sa gestion financière. Pour Monique Blérald, ces divisions ont pu donner une image de désunion, peu compatible avec l'esprit de la Convention de 2003.

Un manque d'unanimité 

Principal mis en cause dans cette opposition, le vice-président de la Collectivité chargé de la culture, Emmanuel Prince, appelle à prendre du recul. "Ça ne sert à rien de déposer le Touloulou à l'Unesco tous les ans, il faut respirer un peu", affirme-t-il, en plaidant pour un bilan approfondi et une méthode plus structurée. "C'est l'argent du contribuable qui subventionne le travail de l'Observatoire. C'est ma responsabilité de demander un bilan", ajoute-t-il.

Le responsable politique introduit un autre débat : celui d'un manque d'unanimité culturelle. Il pose la question de savoir si le Touloulou est perçu par toutes les communautés de Guyane, comme un symbole assez fédérateur pour porter à lui seul une candidature mondiale. Selon lui, le travail de l'Observatoire sur ces prochaines années pourrait conduire à une adhésion plus large. 

Un travail de transmission reconnu

Le rejet de l'inscription n'efface pas le travail de l'Observatoire. L'Unesco a validé la proposition française de valoriser l'expérience de sauvegarde et de transmission menée par l'ORCG sur une future plateforme internationale, consacrée au partage des bonnes pratiques de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

Pour Mylène Danglades, "c'est une très bonne nouvelle, une manière de reconnaitre le travail d'une dizaine d'années des bénévoles". Elle y voit un levier de visibilité internationale. Si la forme que prendra cette reconnaissance reste floue, une première réunion de travail le 17 août se tiendra avec pour objectif la mise en œuvre de la plateforme en décembre 2026.

"Il faut un temps de concertation"

L'heure n'est donc pas à une nouvelle candidature immédiate. "On est très nombreux dans l'équipe, il faut un temps de concertation et de réflexion avant tout", explique Monique Blérald. "Si nous continuons, ce sera pour 2030. Il va falloir reprendre du courage."

Interrogée sur un éventuel abandon du projet, Mylène Danglades a lancé : "Est-ce qu'on abandonne ?", provoquant dans la salle plusieurs réponses spontanées : "Non, non !"

Dans cette perspective, Mylène Danglades a demandé un rendez-vous au président de la CTG. L'objectif affiché n'est plus seulement de parler d'Unesco, mais de définir les actions à mener pour la transmission, la valorisation et l'avenir du patrimoine carnavalesque guyanais.

Denis Duprat, membre du groupe carnavalesque Kouman, insiste sur la nécessité de protéger le nom "Touloulou" en raison de sa forte valeur patrimoniale, même si le terme existe dans d'autres espaces culturels. Pour lui, l'évolution du carnaval et des pratiques renforce la nécessité de préserver ce patrimoine vivant. Les porteurs du dossier souhaitent garantir un cadre juridique de reconnaissance et de transmission pour les générations futures.

"Le patrimoine existe, même s'il n'est pas reconnu par la liste de l'Unesco", souligne Mylène Danglades. Elle appelant à construire une stratégie commune pour les années à venir.

Comment entre-t-on au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco ?

Le processus se déroule en plusieurs étapes :

•    Les acteurs locaux (associations, chercheurs, collectivités, porteurs de tradition) préparent un dossier de candidature.

•    Le dossier est transmis au ministère français de la Culture, qui effectue une sélection nationale : la France ne peut présenter qu'un nombre limité de candidatures.

•    Si le dossier est retenu, il devient la candidature officielle de la France auprès de l'Unesco.

•    Des experts internationaux évaluent alors la qualité du dossier, la participation des communautés et les mesures de sauvegarde prévues.

•    La décision finale revient au Comité intergouvernemental de l'Unesco, composé de 24 États membres, qui vote l'inscription ou non de l'élément.

L'histoire de la candidature du Touloulou à l'Unesco

• 2014 : création de l'Observatoire régional du carnaval guyanais (ORCG).

• 2017 : le Touloulou et le carnaval de Guyane entrent au patrimoine culturel immatériel national. 

• 2024 : première candidature à la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité ; elle n'est pas retenue. 

• Mai 2025 : l'ORCG annonce transmettre l'intégralité du dossier à la CTG dans un contexte de fortes tensions institutionnelles

• Janvier 2026 : le dossier est relancé avec une nouvelle délégation élargie et un accent renforcé sur les mesures de sauvegarde et la transmission. La candidature est défendue pendant vingt minutes devant 25 experts du ministère de la Culture.

• Août 2026 : la candidature n'est pas retenue pour représenter la France à l'Unesco, mais l'expérience de sauvegarde de l'ORCG est sélectionnée pour la future plateforme internationale des bonnes pratiques

 

 

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