Jean-Victor Castor au gouvernement : "C'est le nouveau chlordécone qui vous pend au nez"
Une intervention lors des questions au gouvernement de mardi
Après Davy Rimane, la semaine dernière, c'est au tour de Jean-Victor Castor de réveiller le palais Bourbon lors d'une question au gouvernement, ce mardi au sujet de l'orpaillage illégal et de la déclaration de guerre des chefs Wayana à l'orpaillage illégal, paru sur notre site cette semaine.
C'est un "ultimatum à l'État" indique le député en direction du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. "Pourquoi, malgré des décennies marquées par des constats et des rapports accablants, l'État se contente-t-il d'essayer de contenir l'orpaillage illégal sans y parvenir, plutôt que de revenir à la doctrine suivant laquelle il convient de l'éradiquer ?", questionne le parlementaire qui amène au plus près de l'État les doléances des habitants du fleuve.
Après des décennies d'échec...
"Après des décennies d'échec, les autorités coutumières vous demandent de choisir : vous devez déclarer enfin une véritable guerre à l'orpaillage illégal et aux organisations criminelles qui l'alimentent, ou assumer devant les populations du Haut-Maroni et tous les Guyanais la faillite de la stratégie adoptée par l'État. Ma question est simple : que répondez-vous à cet ultimatum ?" lance Jean-Victor Castor.
Le constat s'est aggravé ces dernières semaines avec 189 sites d'orpaillage recensés dans le parc amazonien "au cœur même de l'espace naturel que l'État prétend protéger, et que ces activités polluantes et toxiques ont lieu sur le littoral, dans les stations de captage d'eau potable des grandes agglomérations", insiste le membre du MDES.
Le tribunal administratif de Cayenne a rejeté la plainte de trois associations de la Litani contre l'inaction de l'État au sujet de la lutte contre l'orpaillage illégal. Dernièrement, la préfecture et les forces de l'ordre ont parlé de concert d'un "plafond de verre" dans cette lutte qui ne permet que "d'endiguer" le mal mais "pas de l'éradiquer."
La gendarmerie est revenue sur ces propos en affirmant qu'elle voulait dire que les forces françaises avaient atteint le nombre maximal de forces à déployer sur le terrain. Celui-ci est de 300 au quotidien et il était pendant quelques semaines de 700.
"Nous avons bien l'intention de l'éradiquer pour de bon"
"La réponse à cet ultimatum est, elle aussi, très simple : nous allons continuer le combat contre l'orpaillage illégal. Nous avons bien l'intention de l'éradiquer pour de bon", répond Laurent Nuñez, le ministre.
"Antoine Poussier s'est rendu durant une semaine à Camopi et il a installé le barrage demandé. Celui-ci a permis d'interpeller un certain nombre d'orpailleurs. Je ne peux pas vous laisser dire que notre action est inefficace : en 2025, suivant les chiffres dont je dispose, 285 gardes à vue, 186 déferrements et 157 placements sous écrou d'orpailleurs ont eu lieu – contre respectivement 167, 53 et 38 en 2024 – et 150 millions d'euros ont été saisis", énumère le tenancier de la place Beauvau.
Face à ces chiffres, Jean-Victor Castor a réagi : "Voilà plus de trente ans que l'orpaillage illégal prospère et que le mercure intoxique toute la population guyanaise ! Vous êtes responsable de cette situation : c'est le nouveau chlordécone qui vous pend au nez."
Une comparaison qui intervient le lendemain de la décision la cour d'appel de Paris de confirmer le non-lieu décidé en 2023 par deux juges d'instruction, fermant la porte à une réouverture de l'enquête pénale dans le scandale sanitaire de ce pesticide utilisé aux Antilles en dépit des alertes sur sa nocivité.

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