Alexandre veut-il acheter ATG ?
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TÉLÉVISION

Alexandre veut-il acheter ATG ?

A. S.-M.

Le président de Région promet une aide de 3 millions d'euros pour un projet de reprise de la chaîne locale privée.

600 000 euros par an sur cinq ans. Soit 3 millions d'euros au total pour les cinq prochaines années. Voilà ce que le conseil régional s'est engagé à verser à Ultramarine Communication en cas de reprise par cette société de la chaîne de télévision privée ATG. L'engagement de la Région apparaît dans un courrier du 28 mars signé par Rodolphe Alexandre, adressé à « Ultramarine communication SAS, monsieur Robert Moy » . Il rappelle que c'est Monsieur Moy qui avait sollicité le soutien de la collectivité, souhaitant « que ce soutien se traduise par la signature d'une convention d'objectifs et de moyens (COM) d'un montant de 600K (600 000) euros par an pendant 5 années » . La lettre se conclut par la proposition du président de Région « de faire valider cette COM en commission permanente dès que les autorités compétentes auront agréé votre plan » .
MOY CONFIRME LA DEMANDE, PAS L'ENGAGEMENT
Joint par téléphone, Robert Moy confirme avoir « sollicité l'aide publique » . Il s'en explique par le besoin « d'un appui public au démarrage pour une montée en puissance » . Mais il l'assure : « Nous n'avons aucun engagement de la collectivité régionale. » Surprenant dans la mesure où la lettre de la Région figure en annexe de son projet de reprise. Elle est d'ailleurs mentionnée plusieurs fois dans le descriptif du projet, lequel prévoit 1,3 million de recettes la première année, dont les 600 000 euros de la Région.
« LA TÉLÉ À SA BOTTE »
La Région fournirait donc près de 50% du budget de la chaîne. Ce qui fait manquer de s'étrangler Marc Monthieux. Le conseiller régional d'opposition (MDES) confirme avoir participé, le 25 février dernier, à une présentation en Région du projet de reprise d'ATG par Ultramarine communication. « Nous avons parlé du projet, des enjeux, mais la subvention n'a jamais été évoquée » , confie-t-il. « Ça me parait un montant très élevé et il y a des questions à se poser. Si Rodolphe Alexandre finance 50%, il a la télé à sa botte. » La surprise est la même chez Dominique Louvel du groupe Démocratie et Probité qui, lui aussi, avait participé à la réunion du 25 février. « Je m'étonne que la Région fasse une proposition de ce niveau sans que cela ait été rediscuté. » Surtout, le conseiller régional se dit surpris que cette aide ne soit pas dégressive. « On ne peut pas subventionner indéfiniment. C'est une sorte de mainmise sur un média et ce n'est pas le but de la collectivité. »
PLUS QU'UNE AIDE, UN PARTI PRIS
Cette aide est d'autant plus surprenante, qu'elle n'a été promise qu'à un seul des deux projets de reprise, comme si la Région avait fait son propre choix. Ce que confirme Marc Ho-A-Chuck, qui porte le projet délaissé par Alexandre : « Nous avons juste sollicité une lettre de soutien de la Région, mais nous n'avons même pas obtenu de réponse à ce jour. » Ce second projet regroupe notamment des actionnaires actuels d'ATG dont Carole Ostoréro, pourtant membre de la majorité régionale! Le projet de Robert Moy, lui, a les faveurs de... Jean-Paul Le Pelletier. Nous aurions aimé avoir l'avis du principal intéressé sur le sujet. Malheureusement, Rodolphe Alexandre est resté injoignable.
La décision rendue mercredi
Aujourd'hui doit se tenir la dernière assemblée générale d'ATG avant la décision concernant les projets de reprise. Le tribunal de commerce doit se prononcer mercredi sur le dossier. Il choisira alors entre deux projets. Le premier est présenté par Ultramarine communication (UMC), représentée par Robert Moy, un ancien de France Télévision qui, en 2009, avait présenté au CSA un projet concurrent à ATG. Le second est présenté par un groupement de quatre sociétés, principalement des actionnaires actuels de la chaîne représentés par Marc-Ho-A Chuck. Ces derniers sont en désaccord avec Jean-Paul Le Pelletier, président-fondateur d'ATG dont la gestion a été mise en cause. Rappelons que le tribunal de commerce a prononcé le redressement judiciaire de l'entreprise. Les deux projets s'engagent à « reprendre la convention signée entre le CSA et la chaîne » . C'est une obligation légale. La ligne éditoriale restera donc la même, les deux projets proposant un équilibre entre programmes de TF1 et M6 et productions locales. La grosse différence se trouve surtout dans le modèle économique choisi. Robert Moy envisage une mutualisation des moyens avec la chaîne guadeloupéenne Karukera TV et une aide publique substantielle. Le projet porté par Marc Ho-A-Chuck prévoit une mutualisation avec une radio locale généraliste en cours de construction.

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