Fanm Media, partager la parole des femmes des Outre-mer
Avec ce média féministe, la Guyanaise Jadine Labbé Pachéco crée un espace pour mettre en lumière le vécu des femmes ultramarines.
Un média qui comble un manque. C'est la promesse de Fanm Media. Sur le site internet, les articles défilent. Culture, politique, sciences, les sujets sont variés mais ils ont tous un point commun : ils donnent la parole aux femmes. Et pas à toutes les femmes, mais à celles des « territoires dits d'Outre-mer ».
« Dans nos territoires, il n'y avait pas de média féministe, explique la fondatrice Jadine Labbé Pachéco. On avait besoin d'un espace par et pour nous. » Ce parti pris fonde toute la ligne éditoriale du média, du traitement des sujets au choix des interlocuteurs : toutes les personnes interviewées sont des femmes. « Il y a des expertes, des artistes, mais aussi des femmes du quotidien, détaille la Guyanaise. L'objectif, c'est de raconter nos expériences, nos histoires. »
« J'ai dû me battre pour assumer mes choix »
Jadine Labbé Pachéco porte ce projet depuis des années, dès sa sortie d'école de journalisme en 2017. Dans les différents médias pour lesquels elle travaille (Journal de l'île de La Réunion, France-Guyane, France Ô), Jadine « met toujours un point d'honneur à traiter des questions des femmes ». Un engagement qui n'est pas toujours apprécié : « J'ai déjà dû me battre pour assumer mes choix. »
C'est lors d'un séjour prolongé chez elle, en Guyane, que Jadine décide de concrétiser son projet. Après des échanges avec des proches, le nom du média s'impose de lui-même : Fanm. Le site internet prend vie en septembre 2025 et la newsletter en mai 2026. Sans oublier les réseaux sociaux, sur lesquels sont partagés les formats vidéo.
Pour mener à bien ce projet, Jadine est accompagnée par Moïra Berton qui traite des sujets depuis la Guyane. Jungle pride à Kourou, Queer Maroni club à Saint-Laurent ou encore Book club féministe à Maripasoula, Moïra apporte un ancrage local au média. « Je considère qu'on a aussi un rôle éducatif : transmettre l'information pour que les gens soient conscients des réalités que vivent les femmes, de leur quotidien », ajoute Moïra.
Combler un manque dans le paysage médiatique
Dans les territoires ultramarins, le mot « féministe » n'est pas toujours apprécié. « Il y a des personnes qui ont lu nos articles et qui m'ont dit qu'elles ne se sentaient pas féministes mais qu'elles étaient d'accord avec le propos. Elles peuvent avoir des positions féministes, mais le mot les gêne. » Basée à Paris, Jadine reçoit quant à elle de nombreux retours positifs de lectrices dans l'Hexagone mais aussi des territoires : « Beaucoup de personnes me disent qu'elles avaient besoin de cet espace pour se retrouver, où elles pouvaient se reconnaître. »
À l'avenir, la rédactrice en cheffe espère agrandir l'équipe pour avoir un réseau de journalistes dans toutes les régions et tous les départements d'Outre-mer. L'engagement féministe de la fondatrice ne s'arrête pas à la ligne éditoriale, il irrigue tous les pans du média : « Le journalisme est un milieu précaire, d'autant plus quand on est une femme et encore plus si on vient d'un territoire des Outre-mer. Ça me tient à cœur de pouvoir rémunérer correctement et décemment toutes les personnes qui se joindront au projet. »
Pour atteindre cet objectif, Jadine a intégré l'incubateur de médias Arty Farty. Elle dispose d'un accompagnement pendant un an pour répondre à ses besoins, en l'occurrence bâtir un modèle économique. La journaliste a ainsi développé de nouvelles compétences : être entrepreneure dans les médias. Un engagement sans faille pour que « la parole des femmes puisse être partagée partout ».

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