Byen griyé : « Mo la, mo poko mouri »
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Byen griyé : « Mo la, mo poko mouri »

Claude INNOCENT
Gervaise Serval « Byen griyé »: Je remercie le Seigneur, je suis toujours en Guyane, le pays qui m'a adopté « .
Gervaise Serval « Byen griyé »: Je remercie le Seigneur, je suis toujours en Guyane, le pays qui m'a adopté « . • (PHOTO MONIQUE SERVAL)

Tout le monde la surnomme affectueusement « Byen griyé », en référence aux cacahuètes grillées qu'elle vendait lors du carnaval dans les rues de Cayenne. Que devient-elle ?

1ère son vrai nom Gervaise Serval, originaire du Prêcheur en Martinique, elle vit aujourd'hui paisiblement, à 87 ans, une retraite bien méritée à la cité Zéphir, à Cayenne. Arrivée en Guyane en 1990, cette dame au grand cœur s'est fait connaître en vendant des cacahuètes, des nougats et du pop-corn devant le cinéma Eldorado. Mais c'est surtout durant les défilés du carnaval que cette mère de sept enfants s'est fait apprécier du public grâce à ses cacahuètes grillées et son magnifique sourire. 

Impossible de la manquer avec ses grandes robes colorées, confectionnées par sa fille Viviane, son grand chapeau, son fameux petit chariot et surtout son cri emblématique : « Byen griyé !  », un refrain chantant qui, dès qu'on l'entendait, restait dans les esprits.

Elle nous confie : « J'étais vraiment fière de défiler dans les rues de Cayenne, la tête haute, et le public me le rendait bien. Parfois, je parvenais à vendre plus de mille cornets de cacahuètes rien que le dimanche ! »

Assise à ses côtés, l'une de ses filles, Monique, confirme : « Ma mère ne s'est jamais découragée dans cette activité depuis son arrivée en Guyane, même si certains rigolaient lors de ses défilés dans les rues de Cayenne. Grâce à cette activité, elle a pu joindre les deux bouts et subvenir aux besoins de ses enfants. Nous ne manquions de rien : elle a toujours été là pour nous. »

Surnommée « Boucané » en Martinique

Le sobriquet « Byen griyé » lui a été donné en Guyane en référence aux cacahuètes bien chaudes qu'elle vendait avec son chariot.

Dans ce pays qui l'a accueillie, elle a aussi appris à préparer du poulet boucané. Fière de cette recette, elle s'est ensuite rendue en Martinique afin de la faire découvrir à ses proches.

Elle a ainsi eu l'occasion d'approvisionner plusieurs entreprises et hôtels de l'île.

C'est d'ailleurs ce qui lui a valu le surnom de « Boucané » lorsqu'elle retourne en Martinique.

 

 

Un CD en hommage à la Guyane

En fin 2003, elle sort un CD afin d'immortaliser l'amour qu'elle porte à la Guyane, cette terre qui l'a adoptée. À son arrivée, personne ne la connaissait. Elle est ensuite devenue célèbre, grâce aux cacahuètes qu'elle vendait dans les rues, mais aussi grâce à son état d'esprit hors du commun qui faisait l'unanimité.

Ce CD de cinq titres, enregistré avec des musiciens de renom tels que Sylvestre Saul, Robert Dédé, Daniel Darnal, Sylvain Egalgi, Géro Hygin, Jean-Claude Valminos, Nadège Chauvet, Émile Cibrelus et Olivier Valérius, évoque son attachement à la Guyane et à ses ambiances populaires.

Une reconnaissance bien méritée

Arrivée en Guyane sans faire trop de bruit, Gervaise Serval est devenue au fil des années une figure de la mémoire collective cayennaise, marquant plusieurs générations par sa simplicité, sa joie de vivre, son sourire et son élégance.

Consciente de sa popularité et du fait qu'elle s'était faite plus discrète ces dernières années, « Byen griyé » envisage prochainement de se rendre au marché de Cayenne afin de remercier toutes les personnes qui l'ont côtoyée.

Ce projet est en cours de finalisation. La famille nous a indiqué qu'elle attend un fauteuil, actuellement en commande, avant d'annoncer officiellement cette initiative. 

Ce sera un grand moment pour « Byen griyé », qui se fait rare aujourd'hui, en raison de problèmes de santé, tout en demeurant très alerte.

« Je n'ai jamais mis deux fois la même robe lorsque je défilais dans les rues de Cayenne. »
« Je n'ai jamais mis deux fois la même robe lorsque je défilais dans les rues de Cayenne. » • DR
Gervaise Serval « Byen griyé »: Je remercie le Seigneur, je suis toujours en Guyane, le pays qui m'a adopté « .
Gervaise Serval « Byen griyé »: Je remercie le Seigneur, je suis toujours en Guyane, le pays qui m'a adopté « . • (photo Monique Serval)
« J'étais fière de défiler dans les rues, j'avais beaucoup d'élégance, les regards étaient portés sur moi » avoue Gervaise Serval.
« J'étais fière de défiler dans les rues, j'avais beaucoup d'élégance, les regards étaient portés sur moi » avoue Gervaise Serval. • DR
« Ma couturière c'est ma fille Viviane, elle a confectionné plus d'une centaine de robes que je garde encore précieusement dans mon armoire. »
« Ma couturière c'est ma fille Viviane, elle a confectionné plus d'une centaine de robes que je garde encore précieusement dans mon armoire. » • DR

Au Fort Cépérou, la fresque de « Byen Griyé » est devenue un mur blanc

Réalisée en octobre 2022 par l'artiste peintre « Bassa », connu dans le milieu culturel sous le nom de Marvin Yamb, la fresque en hommage à Gervaise Serval « Byen Griyé » a laissé place, il y a quelques mois, à un mur peint en blanc.

Des tags inappropriés sur le visage de « Byen Griyé » ont poussé les autorités à faire disparaître l'œuvre sous une couche de peinture blanche...

Installée au Fort Cépérou, à Cayenne, cette fresque occupait pourtant un lieu fréquenté et apprécié de la population comme des touristes. Au fil du temps, la fresque était devenue un point de repère. Beaucoup de personnes prenaient la pose devant le portrait de « Byen Griyé ».

Durant plus de trente-cinq ans, cette figure incontournable a marqué le carnaval guyanais. Pour beaucoup, voir cette fresque faisait ressurgir des souvenirs de jeunesse et rappelait une époque ancrée dans la mémoire collective.

Aujourd'hui âgée de 87 ans et sortant très peu, « Byen Griyé » ignorait encore récemment que la fresque avait disparu. Le réalisateur de l'œuvre Marvin Yamb confie avec philosophie :« Vous savez, les fresques ne sont pas faites pour durer éternellement. L'art, c'est quelque chose de vivant, toujours en mouvement. » Avant d'ajouter : «  J'ai eu la possibilité de faire celle-là. Elle est restée plus de trois ans. Maintenant, si quelqu'un d'autre voulait proposer quelque chose, ce serait bien. Pour ma part, j'ai fait ce qu'il fallait faire. »

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