La Guyane, championne de la qualité de l'eau… ou pas
Le rapport d'information sur l'état des cours d'eau tire la sonnette d'alarme. Les seuils pris en compte pour la Guyane ne sont pas représentatifs et cachent une forte pollution s'inquiètent les députés
Avec 76 % de ses cours d'eau classés en bon état écologique, la Guyane apparait comme le meilleur élève de France, largement au-dessus de la moyenne nationale de 43% et des autres départements d'Outre-mer comme Mayotte (4%) ou La Réunion (8%).
Si la Guyane affiche, à première vue, d'excellents indicateurs, les députés Julie Ozenne (EcoS, Essonne) et Freddy Sertin (EPR, Calvados) alertent dans leur " rapport d'information de la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire " sur une dégradation continue des rivières guyanaises. Ils parlent désormais d'un "bon état en trompe-l'œil". Le constat intervient alors que la France peine déjà à atteindre les objectifs initialement fixés pour 2015 par la directive-cadre européenne adoptée en 2000. Ces visées ont été repoussées à 2027, dernière échéance prévue par le droit européen.
Un " bon état en trompe-l'œil "
D'une part, cet indicateur de qualité se réduit d'année en année. Entre 2013 et 2019, la proportion de cours d'eau guyanais classés en bon ou très bon état est passée de 83 % à 76 %. Une tendance qui pourrait encore s'accentuer lors du prochain état des lieux. D'autre part, les rapporteurs expliquent que les critères ne reflètent pas totalement la réalité amazonienne et occultent les pressions variées sur les cours d'eau.
Cette évolution est d'autant plus inquiétante que la Guyane constitue un réservoir exceptionnel de biodiversité. Avec près de 180 000 kilomètres de cours d'eau, soit un quart du réseau hydrographique français, elle abrite à elle seule près de la moitié de la biodiversité d'eau douce nationale, dont environ 500 espèces de poissons. Sans compter que selon l'Office français de la biodiversité (OFB), seuls 10 % des macro-invertébrés aquatiques auraient été recensés. La Guyane est aussi la 3e réserve d'eau douce par habitant au monde.
Les députés soulignent le cas du lac de Petit-Saut, plus grand lac artificiel de France. Créé en 1990, il est un refuge majeur pour la biodiversité, notamment pour les loutres géantes, dont près de 10 % de la population mondiale vivrait sur ce site. Mais l'exploitation du bois pétrifié autorisée depuis 2025 pourrait perturber leur habitat.
L'orpaillage : la quête de l'or a un prix environnemental et sanitaire
La principale cause de la dégradation, c'est l'orpaillage qui détruit chaque année près de 100 kilomètres de cours d'eau et en pollue entre 8 000 et 10 000 kilomètres. Depuis 2003, plus de 3 600 kilomètres de rivières auraient ainsi été détruits. Au total, près de 80 % des dégradations observées sur les masses d'eau sont directement liées à cette activité. Si l'orpaillage clandestin est responsable des impacts majeurs, le rapport précise que l'exploitation légale altère également les milieux aquatiques.
Les conséquences de l'extraction de l'or dépassent le cadre environnemental. En remuant les sols, le mercure naturellement présent dans le sous-sol guyanais est libéré, auquel s'ajoute celui encore utilisé par les orpailleurs clandestins. Ce métal s'accumule ensuite dans les poissons consommés. Dans certaines communautés autochtones du Haut-Maroni et du Haut-Oyapock, plus de 50 % des enfants dépassent le seuil de mercure fixé par l'OMS (Organisation mondiale de la Santé). Des effets tels que des troubles neurologiques, atteintes motrices ou augmentation de l'infertilité sont évoqués.
Enfin, un dernier paradoxe est soulevé : malgré l'abondance de ses ressources en eau douce, la Guyane ne garantit pas un accès équitable à l'eau potable. Environ 15 % de la population ne dispose toujours pas d'un accès satisfaisant et les infrastructures d'assainissement peinent à alimenter certaines communes.
Des propositions spécifiques à la Guyane pour inverser la tendance
Dans ce contexte, on s'interroge sur la capacité de la Guyane à atteindre les objectifs européens de bon état des eaux d'ici à 2027. Les objectifs du Schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) ont d'ailleurs déjà été revus à la baisse pour de nombreuses masses d'eau.
Pour tenter d'inverser la tendance, les députés formulent cinq recommandations spécifiques à la Guyane sur les 19 propositions faites à l'échelle nationale.
Ils proposent de cartographier le réseau hydrographique grâce au LiDAR (mesure de distance), de créer un syndicat unique de l'eau afin d'améliorer l'accès à l'eau potable et à l'assainissement, de renforcer la protection des cours d'eau dans le Schéma départemental d'orientation minière et d'augmenter les moyens de la police des mines et de la lutte contre l'orpaillage illégal.
Quelle qualité de l'eau ?
La qualité des cours d'eau est évaluée à partir de son état écologique, qui mesure le bon fonctionnement du milieu aquatique (biodiversité, débit, continuité du cours d'eau, température, oxygénation, salinité...), et son état chimique, qui prend en compte la présence de polluants. Pour qu'un cours d'eau soit considéré en " bon état ", ces deux critères doivent être satisfaits. Les États membres de l'Union européenne doivent également respecter le principe de non-dégradation : restaurer les masses d'eau dégradées et protéger celles en bon état.

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