Un militaire prépare les « boudins » contenant la pâte explosive (SR)
Les militaires mènent une expérience : détruire les puits des mineurs clandestins à l'explosif. Si c'est concluant, le dispositif sera étendu.
Gros boum dans la forêt. Hier matin, sur le site de Bostok, à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Maripasoula, les militaires faisaient une démonstration de destruction d'un puits d'orpaillage clandestin. Huit trous ont été creusés autour du puits. Des explosifs y ont été introduits. La zone a été évacuée et les charges ont été déclenchées à bonne distance.
C'est la nouvelle stratégie que testent en ce moment les soldats et les gendarmes dans la lutte contre l'orpaillage clandestin. Si ça marche et que les garimpeiros ne reviennent pas, le dispositif sera étendu au département. Car jusqu'ici, les puits étaient comblés à la va-vite mais n'étaient peu ou pas détruits. Les orpailleurs rappliquaient dès que les soldats avaient tourné le dos. Mais maintenant, c'est terminé.
Les militaires souhaitent détruire les puits des garimpeiros avec des explosifs civils, les mêmes que ceux utilisés dans les carrières. Il faut en moyenne une quinzaine de kilos d'explosif pour neutraliser un puits. À Bostok, ce sont 500 kg qui ont donc été apportés par hélicoptère pour venir à bout des 29 puits recensés.
L'opération, qui a commencé véritablement le 10 avril, se terminera cette semaine. Des géologues et des ingénieurs de la Déal et du BRGM (1) évalueront le résultat. « On ne va pas mesurer les effets en un ou deux mois, prévient le lieutenant-colonel Guillaume Percie du Sert des forces armées de Guyane. On mesurera les effets de cette campagne de destruction dans un à deux ans. »
Ce n'est pas la première fois que les militaires tentent de détruire des puits avec des explosifs, comme le rappelle Guillaume Percie du Sert. « Il y a eu une expérimentation il y a plusieurs années mais avec des explosifs militaires. Il en fallait 80 kg pour un seul puits. » Le résultat n'avait pas été jugé probant. Les garimpeiros étaient parvenus à récupérer les sites détruits en surface mais pas en profondeur. Avec les explosifs civils, les dégâts sont tels que les mineurs ne pourront pas récupérer les puits ni même creuser plus loin, rassurent les militaires.
Reste que cette façon d'opérer, si elle est retenue, a un coût. Rien que pour les 29 puits de Bostok, l'armée et la préfecture ont déboursé conjointement 34 000 euros. Pour des effets mis en doute chez certains spécialistes qui pensent que cela va simplifier la tâche des garimpeiros : le minerai sera déjà concassé.
(1) Direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement et le Bureau de recherches géologiques et minières.
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