« L'enfant est plus en confiance quand il apprend dans sa langue »
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Classes bilingues

« L'enfant est plus en confiance quand il apprend dans sa langue »

Samuel Zralos
Liliane Appolinaire devant l'école Yamanalé d'Awala-Yalimapo où elle est devenue, depuis la rentrée, la professeur de la première classe bilingue kali'na/français (GG)
Liliane Appolinaire devant l'école Yamanalé d'Awala-Yalimapo où elle était en 2017 la professeur de la première classe bilingue kali'na/français  • GG

Après les premières classes enseignées en français et en Créole, les classes bilingues se sont multipliées et diversifiées depuis 2017. Une chance pour les enfants des divers peuples du territoire, explique Liliane Appolinaire, conseillère pédagogique départementale en charge de l'enseignement des langues amérindiennes, qui supervise l'école bilingue d'Awala.

  • France Guyane : Bonjour, pour commencer, pouvez vous expliquer ce qu'est une classe bilingue, en quoi elle se distingue d'une classe plus classique ?

Déjà la différence c'est que l'enseignement se fait en deux langues à parité horaires, à Awala les élèves font 12 heures en Kali'na et 12 heures en français. Les matières enseignées sont les mêmes, mais pas de la même façon. Par exemple en CP, on va apprendre à lire et écrire en francais et aussi en Kali'na. Les enfants avancent au même rythme et ça se passe très bien.

  • Comment se distinguent les classes dans les deux langues ?

Quand on est dans une classe bilingue on donne repères visuels, auditifs à l'enfant, afin que l'élève voie dans quelle classe il est. Par exemple dès que l'enfant rentre dans la classe, au son il sait quel langue c'est aujourd'hui, si c'est une classe Kali'na aujourd'hui, il va y avoir le son samboula et le lendemain, pour la classe en français, ça sera plus des comptines.

  • On sait que les classes bilingues sont un mouvement récent en Guyane, quelles classes sont concernées ?

Sur l'ensemble de la Guyane, il y a des classes qui concernent pratiquement tout le territoire. Il y en a en français-créole, français-nengue, français-Kali'na à Awala, nous avons vraiment tout le panel des classes bilingues. Sur Awala, on a commencé en 2017 par l'ouverture d'une petite section de maternelle et depuis on en ouvre une du niveau supérieur presque chaque année. Cette année on a ouvert un CE1 bilingue. L'année prochaine peut-être qu'on ouvrira un CE2, mais ça dépend des moyens humains. Nous n'avons pas assez d'enseignants titulaires qui parlent Kali'na.

  • Des études disent qu'il y a dix ans encore, ces classes avaient pour but primaire l'apprentissage du français, est-on aujourd'hui dans une véritable démarche bilingue ?

On en est vraiment à apprendre dans sa langue et aussi en français. L'objectif n'est pas de s'appuyer sur une langue pour mettre le français au premier plan. A présent, la parité horaire permet que l'accès aux deux langues soitvau même niveau. Nous faisons tout pour que les enfants aient les mêmes compétences dans le milieu scolaire.

Toutes les disciplines de l'école sont abordées dans les deux langues, mais pas de la même façon. L'apprentissage en kali'na se fait avec la façon de voir le monde des Kali'na. Par exemple en maternelle, en français on va apprendre les couleurs primaires françaises, le rouge, le jaune et le bleu. En Kali'na on va apprendre le rouge, le blanc, le noir et le bleu, les couleurs primaires Kali'na. Pareil pour l'apprentissage des formes graphiques, on va prendre des références culturelles, par exemple pour un rond on va prendre forme du sanpula. Les savoirs enseignes s'appuient vraiment sur culture des élèves.

  • Pour les élèves justement, en quoi une école bilingue est importante ?

Ça leur apporte de la fierté, les enfants se reconnaissent dans l'apprentissage de leur langue. Ça donne aussi confiance en soi, puisque les Kali'na parlent dans leur culture : l'enfant est plus en confiance quand il apprend dans sa langue. Son apprentissage se fait de façon très à l'aise, son esprit plus musclé, son cerveau a la capacité de parler, penser dans deux langues. Donc ça lui donne des compétences plus aiguisées, le rend plus capable de naviguer entre les deux langues, il n'est pas du tout perdu.

  • Ces classes sont réservées aux locuteurs maternels de la langue ? Par exemple à Awala, il peut y avoir des non Kali'na ?

A Awala on a une population encore très kali'naphone. Mais en 2017, en petite section, on a eu un élève brésilien dont les parents habitent sur place, il a appris le Kami'na avec les autres. Et les parents au contraire étaient très contents que leur enfant devienne presque trilingue.

  • Les mouvements autochtones dénoncent l'acculturation provoquée par la France, ces classes peuvent elles aussi être une réparation ?

Ça peut faire partie de ce plan, mais pour nous la langue est aussi une partie qu'on ne peut pas enlever d'un individu, comme son identité et sa culture. Quant à l'égalité d'enseignement, c'est déjà une forme de reconnaissance, de revendication aussi, puisque l'apprentissage de la culture passe aussi par le militantisme.

Néanmoins ça reste un enseignement très cadré, qui fait aussi partie de l'évaluation des élèves. En grande section ils ont une évaluation tous les trimestres, notamment en matière de phénologie, l'un des premiers stades pour entrer dans la lecture.
 

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