Un souvenir difficile à entretenir
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Un souvenir difficile à entretenir

A.S.-M.
Eugène-Raphaël Pindard, qui figure parmi les trois noms gravés sur le monument aux morts de 14-18 du cimetière de Cayenne, est un des rares Guyanais à avoir été nommé adjudant (ASM)
Eugène-Raphaël Pindard, qui figure parmi les trois noms gravés sur le monument aux morts de 14-18 du cimetière de Cayenne, est un des rares Guyanais à avoir été nommé adjudant (ASM)

Après l'inhumation du soldat Borical ce matin, les historiens espèrent relancer l'intérêt des Guyanais pour leurs Poilus.

L'hommage rendu aujourd'hui au soldat Saint-Just Borical à Cayenne va-t-elle faire naître, dans la population guyanaise, un nouvel intérêt pour ses Poilus de 14-18 ? C'est en tout cas l'espoir que nourrissent les historiens, professionnels comme amateurs, depuis l'annonce de la découverte des restes du fantassin, en avril dernier près de Verdun. Chargée de mémoire à l'Office national des anciens combattants (Onac) de Guyane, Sybille Roullier compte bien « surfer » sur l'effet Borical pour relancer le concours des petits artistes de la mémoire qui s'adresse aux classes de CM1 et CM2. « Cela permet aux écoliers de découvrir une guerre qu'ils connaissent mal, explique-t-elle. En travaillant sur un projet artistique, ils retracent le parcours d'un Poilu sur le front. Ici, cela peut être un moyen d'entretenir le souvenir des Poilus de Guyane. » Un souvenir malheureusement estompé par la rareté des documents officiels mais surtout personnels. « On retrouve peu de photos ou de lettres, regrette Sybille Roullier. Cela s'explique en partie par le climat guyanais qui n'est pas propice à la conservation de ce genre de document. »
Un désintérêt qui date
Ces documents, Virginie Brunelot les « traque » . Résidant en Guyane entre 2001 et 2007, la jeune femme s'est vite éprise de l'histoire du pays et elle est notamment l'auteur d'un ouvrage sur Cayenne entre 1919 et 1939. Aujourd'hui à Rouen, elle continue ses recherches sur les Guyanais qui ont enfilé l'uniforme bleu horizon. Elle conteste, notamment, l'engagement volontaire de Borical et de la plupart des enfants de Guyane partis pour le front. « Il y a un mythe qui veut que les Guyanais se soient engagés massivement. C'est faux, ils ont été appelés, mais cela ne retire rien à leur mérite. » Pour Virginie Brunelot, le désintérêt des Guyanais pour leurs Poilus n'est pas récent. « En 1915, les journaux étaient plein de ces soldats qui partent au front, mais très vite, les gens s'en sont désintéressés.
À leur retour, les Poilus ont plutôt été ignorés. Aujourd'hui, je comprends que les Guyanais ne se sentent pas concernés, cela s'est passé loin de chez eux. Mais cela fait tout de même parti de leur histoire. » Une histoire rappelée par des noms de rue, comme celle du Lieutenant-Goinet, du Docteur-Barrat ou de l'Adjudant-Pindard. Selon Virginie Brunelot, les restes de ce dernier reposeraient d'ailleurs sous le monument aux morts du cimetière de Cayenne.

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