Asou débò Loyapòk : le créole en partage !
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Asou débò Loyapòk : le créole en partage !

J.M. MONTOUTE

Plus d’une centaine de personnes, dont une délégation guyanaise, étaient réunies les 28 et 29 octobre à Oiapoque, à l’initiative de l’Association Konvwé Alfred Parépou (AKAP Guyane), qui organisait la deuxième édition du FONDÒK LANNG KRÉYÒL-A dans le cadre de la Journée internationale des langues et cultures créoles

Une rencontre inédite avec les communautés autochtones créolophones de l’État d’Amapá, au Brésil s'est déroulée fin octobre chez nos voisins.

Une langue en partage depuis deux siècles

Il y a plus de deux siècles, le créole était la langue de communication sur les deux rives de l’Oyapock. Dès la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, le créole guyanais s’était propagé dans le « territoire contesté franco-brésilien » de l’Amapá. Même après la décision d’arbitrage rendue le 1er décembre 1900 par la Suisse, en faveur du Brésil, la ruée vers l’or, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, qui a attiré des milliers de chercheurs d’or de Guyane et des Antilles, n’a fait qu’accentuer la place du créole en tant que langue véhiculaire.

Depuis, deux « povos indígenas » (peuples autochtones) brésiliens ont adopté le créole comme langue maternelle : les Karipuna, sur la rivière Kuripi, et les Galibi-Marworno, sur la rivière Wasa, dans la réserve indigène de Uaça, au nord d’Oiapoque. Un créole proche de celui parlé au XIXe siècle en Guyane, comme en témoigne le livre Atipa, d’Athénodore Météran, alias Alfred Parépou, premier roman créole édité en 1885.

La Journée du créole au Brésil

L’année passée, l’Akap avait invité une délégation de ces deux communautés, Karipuna et Galibi-Marworno, à la première édition du FONDÒK LANNG KRÉYÒL-A, à Sinnamary. À la suite du succès de cette opération, l’Akap a souhaité poursuivre les travaux initiés et marquer le coup en impliquant ces communautés dans cet événement international, aux côtés des créolophones du monde entier.

Lancement symbolique : appel au tambour dès le mardi 27 octobre, au musée des Peuples autochtones de l’Amapá, réunissant les groupes Katrépis (musiques traditionnelles créoles de Saint-Georges) et Ikaluwana (groupe traditionnel kali'na d’Organabo) devant le musée Kuahi. La Yopoto du village Awalakana (Organabo), Shawoty Alberte Anton, qui avait reçu les deux peuples brésiliens en 2025, a tenu à faire le voyage au Brésil avec l’AKAP pour présenter les traditions kali'na, en compagnie du groupe Ikaluwana, dirigé par Patricia Appolinaire.

C’est à l’Ifap (Institut fédéral de l’Amapá), en plein centre d’Oiapoque, que se sont déroulés les conférences et les ateliers tout au long de la journée du 28 octobre, autour des langues créoles et du kheuól karipuna et galibi-marworno.

Une centaine de personnes ont pris part activement aux différents échanges : délégation guyanaise, mèt et métrès-lékòl de Manga (village karipuna), de Kumarumã (village galibi-marworno), universitaires de l’UNIFAP (Université de l’Amapá), de l’IFAP et associations de Saint-Georges. « Jodla nou ka analizé kréyòl Karipuna, kréyòl Galibi-Marworno ké kréyòl Lagwiyann pou nou pouvé gen oun konpétans. Sa konpétans-a a di li ké palé nenpòrt ki kréyòl, a pou sa nou fè li Brézil, a oun lanng ki entèrnasyonal. Yé ka fété kréyòl tout koté », précise Ernestine Bocage, présidente de l’AKAP.

Aujourd’hui, on dénombre 13 à 15 millions de locuteurs du créole à base lexicale française dans le monde. « a menm lang, menm fonoloji, fonétikmã nou ka swiv juktan nou ékri, nou ka ékri diféran. I fasil pou konprann kréyòl Lagwiyann ké kheuol karipuna », explique Estacio Dos Santos, mèt lékòl et coordinateur de l’enseignement du kheuól. Il existe aussi d’autres créoles à base lexicale anglaise (comme le businenge tongo), portugaise, espagnole, néerlandaise ou issus de langues africaines et asiatiques.

Immersion au village Manga

La matinée du jeudi 29 octobre s’est déroulée au village Manga, village karipuna situé à une demi-heure d’Oiapoque. La délégation guyanaise a pu être immergée dans les classes de l’école Jorge Iaparra, où les enseignants karipuna donnent des cours de créole à des élèves dont la majorité parle plus souvent portugais à la maison.

Reconnu comme l’une des 270 langues indigènes du Brésil, le kheuól des Karipuna et des Galibi-Marworno est enseigné depuis plusieurs années dans les écoles des villages, comme à Manga, dans le cadre de projets de revitalisation linguistique. Cette reconnaissance officielle et la transmission intergénérationnelle sont essentielles à sa survie, car il est en concurrence avec le portugais brésilien, langue dominante dans le pays.

« Lajounen kréyòl 28 òktòb ka enskri annan kalandryé povos indigenas di Léta Amapa si yé lé obyensi yé paré »…

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