Paraguay : le président Peña au bord de la destitution, la colère dans la rue après une crise bancaire
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Paraguay : le président Peña au bord de la destitution, la colère dans la rue après une crise bancaire

Des policiers montent la garde devant une agence de la banque Ueno, à Asuncion, le 3 novembre 2026 au Paraguay
Des policiers montent la garde devant une agence de la banque Ueno, à Asuncion, le 3 novembre 2026 au Paraguay • DANIEL DUARTE

Le président du Paraguay, Santiago Peña, se préparait à son procès en destitution vendredi, dans la foulée d'un scandale bancaire affectant des millions d'épargnants, et qui a mobilisé des milliers de manifestants à Asuncion.

Le pays de 6,5 millions d'habitants, allié proche des États-Unis, se trouvait jeudi soir dans les limbes institutionnelles. 

Santiago Peña a présenté sa démission à la mi-journée, mais restait techniquement à la tête de l'État, après que le Parlement, faute de quorum, n'a pu voter pour l'accepter ou la refuser. Une étape indispensable.

Dans la soirée, plusieurs milliers de personnes, dont une majorité de jeunes, étaient rassemblées aux abords du Parlement dans une ambiance plutôt festive, mais non dénuée de colère, a constaté l'AFP.

"Ma famille s'est retrouvée sans argent, nous n'avons pas de liquide. Santi (Peña) est un délinquant, il doit aller en prison !", a lancé à l'AFP dans la foule Andres Maldonado, étudiant de 21 ans.

"Voler est un délit seulement pour les pauvres", "Ce n'est pas que l'argent manque, c'est qu'il y a trop de voleurs", clamaient des pancartes, au milieu de slogans "Santi, ordure, on veut ta tête!".

A l'intérieur du bâtiment, au même moment, une nouvelle session extraordinaire, la troisième de la journée, mettait en place le procès en destitution. Il devrait débuter vendredi à 10H00 locales (13H00 GMT), mené par le Sénat.

Alors que circulaient dans les médias des rumeurs sur sa présence ou non dans le pays, Santiago Peña a affirmé en soirée dans un message sur X qu'il se "présentera" et "exercera son droit à la défense" lors de son procès en destitution.

A la mi-journée, le dirigeant conservateur de 47 ans, au pouvoir depuis 2023, avait annoncé dans une vidéo sur X sa démission "en pensant à la stabilité de notre pays, à la paix sociale et à la nécessité de préserver nos institutions démocratiques."

L'annonce intervenait 48 heures après l'éclatement d'une crise bancaire, qui a vu la Banque centrale du Paraguay (BCP) mettre sous tutelle Ueno Bank, entité financière revendiquant 2,94 millions de clients, dont les dépôts ont été gelés temporairement.

 

- Procès, ou démission - 

 

M. Peña avait jusqu'à l'an dernier des actions dans une holding détenant cette banque, à la croissance rapide ces dernières années.

La crise de Ueno a déclenché la colère de petits épargnants, qui mardi ont fait le siège d'agences de la banque dans la capitale. Puis ont de nouveau manifesté mercredi soir, puis jeudi aux abords du Parlement.

"Ueno avait approuvé un prêt pour notre première maison. Mais ils n'ont jamais versé l'argent, maintenant nous n'avons plus où vivre", se lamentait auprès de l'AFP Nadia Gonzalez, 26 ans, mère de trois enfants.

Au Parlement, la démission de M. Peña a fait l'objet d'un débat virulent. Si les parlementaires l'acceptaient, le chef de l'État conservait "son immunité en acquérant le statut de sénateur à vie", explique à l'AFP le constitutionnaliste Alcibiades Gonzalez Delvalle. Et s'évitait un procès en destitution, que beaucoup de députés réclamaient.

"Ce qui s'est monté, c'est un système criminel destiné à vider une banque, avec la protection d'institutions qu'il contrôlait en tant que président", a dénoncé dans son acte d'accusation le député de l'opposition Raul Benitez.

Outre la démission du président de la Banque centrale, la crise a vu huit dirigeants d'Ueno placés en détention provisoire, et des poursuites engagées contre une vingtaine d'autres personnes depuis mardi.

Mercredi, le Parlement a adopté une loi expresse prévoyant de premiers versements, à des épargnants lésés, d'avances qui pourront atteindre jusqu'à l'équivalent de "40 salaires mensuels minimum".

 

"Le voir en prison"

 

Pas de quoi apaiser la colère dans la rue. "Je suis là parce que je veux voir Peña en prison, parce qu'il nous a volés, il a volé le peuple, il a menti. J'espère que le procès politique l'enverra en prison, parce qu'à présent on souffre tous, tous les Paraguayens", estime Mariano Gimenez, un étudiant de 26 ans.

"Je veux demander pardon au peuple si, à un moment donné, j'ai failli. Je n'ai jamais eu l'intention de trahir la confiance que vous aviez placée en moi", s'est défendu le président Peña dans son message de démission.

S'il est effectivement destitué au terme de son procès devant le Sénat, la voie serait ouverte pour son vice-président Pedro Alliana, 52 ans, issu du même parti conservateur Colorado, pour assumer la fin du mandat, jusqu'en 2028.

M. Alliana était lui aussi visé par une demande de destitution à la suite du scandale Ueno, mais dans son cas les députés ont voté pour refuser cette procédure.

str-bur/pbl/esp/lpa

Des personnes font la queue devant une agence de la Banco Familiar, dans l'espoir de retirer leurs économies ou leurs fonds, au lendemain de l'intervention de la banque Ueno par la Banque centrale du Paraguay, à Asuncion, le 4 novembre 2026
Des personnes font la queue devant une agence de la Banco Familiar, dans l'espoir de retirer leurs économies ou leurs fonds, au lendemain de l'intervention de la banque Ueno par la Banque centrale du Paraguay, à Asuncion, le 4 novembre 2026 • DANIEL DUARTE
La Chambre des députés du Paraguay débat de la destitution du président Santiago Peña
La Chambre des députés du Paraguay débat de la destitution du président Santiago Peña • Nathalia AGUILAR
Cette photo publiée par la présidence paraguayenne montre le président Santiago Peña signant sa démission à la résidence présidentielle Mburuvicha Roga, à Asuncion, le 5 novembre 2026
Cette photo publiée par la présidence paraguayenne montre le président Santiago Peña signant sa démission à la résidence présidentielle Mburuvicha Roga, à Asuncion, le 5 novembre 2026 • HANDOUT
Des manifestants et des policiers paraguayens s'affrontent lors d'une mobilisation contre la crise bancaire et le président Santiago Peña, devant le Parlement à Asuncion, le 5 novembre 2026
Des manifestants et des policiers paraguayens s'affrontent lors d'une mobilisation contre la crise bancaire et le président Santiago Peña, devant le Parlement à Asuncion, le 5 novembre 2026 • JOSE BOGADO
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