"Le CPG s'apparente de plus en plus à un mouroir" : l'alerte du Syndicat des avocats de France
Dimanche, un détenu a été retrouvé pendu au Centre pénitentiaire de Guyane. Il s'agirait du 9e décès de l'année dans l'établissement
Un détenu a été retrouvé mort le 19 octobre dans sa cellule du centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly, a annoncé Guyane 1ere. Il aurait été retrouvé pendu par des surveillants au cours d'une ronde matinale, ce qui laisse penser à un suicide, nous a affirmé le Service départemental d'incendie et de secours (Sdis).
Le détenu, qui était placé dans un quartier de haute surveillance après une précédente tentative de suicide, serait responsable d'une agression à l'eau bouillante contre un codétenu en août dernier. La victime avait perdu la vie quelques jours plus tard.
Il s'agirait du 9e décès de l'année au CPG (Centre pénitentiaire de Guyane) dont le 5e par suicide. La section guyanaise du Syndicat des avocats de France (SAF) a réagi : "Ces drames humains traduisent l'extrême dégradation des conditions de détention dans cet établissement [...] Le CPG s'apparente de plus en plus à un véritable mouroir." Selon les chiffres transmis, le taux de suroccupation y atteint des niveaux records : 228,5 % dans les quartiers hommes et 171 % dans le quartier femmes. Des détenus sont contraints de dormir sur des matelas posés au sol, dans des cellules surpeuplées où l'espace vital est réduit à 2,5 m² par personne. C'est en dessous de la norme minimale européenne de 4 m² en cellule collective et 6 m² en cellule individuelle.
"Prise en charge médicale plus que médiocre"
"À cette surpopulation insoutenable s'ajoutent des conditions matérielles indignes : locaux insalubres et vétustes, dysfonctionnements sanitaires, prolifération de nuisibles, manque de lumière et d'aération. La prise en charge médicale est plus que médiocre, constate Eve-Marie Moraga-Rojel présidente de la section guyanaise du SAF. Pour exemple, aucun dentiste n'est intervenu au centre pénitentiaire pendant plusieurs années. Les détenus font des demandes multiples qui n'aboutissent que rarement pour rencontrer un psychologue ou un psychiatre. L'absence d'activités éducatives ou professionnelles, notamment pour les adultes et les mineurs de plus de 16 ans, entretient un climat de désœuvrement. Dans ce contexte, les violences se sont presque multipliées par deux en deux ans."
Les surveillants pénitentiaires, parfois victimes d'agressions, alertent aussi sur ces problèmes. Manuella Dimanche, secrétaire locale à la CGT indiquait dans un précédent article : "l'effectif de prisonniers est à 1 083, pour 616 places. La cohabitation est très difficile. Dans les cellules prévues pour deux, si on passe à trois ou quatre, c'est presque impossible que ça se passe bien. Ils se marchent les uns sur les autres. Le moindre accrochage vient de là. La violence monte rapidement pour pas grand-chose et après ça part en bagarre."
Des mesures demandées
Le syndicat local des avocats demande enfin : la mise en place de mesures pour réduire la surpopulation carcérale, y compris par un recours accru aux aménagements de peine et aux alternatives à l'incarcération ; le respect des normes minimales d'espace vital et de dignité ; l'ouverture d'une enquête indépendante sur les décès en détention ; la communication à l'Ordre des avocats si un décès survient au CPG ; des moyens renforcés pour garantir un accès aux soins, à l'accompagnement psychologique et aux activités de réinsertion.
D'après une enquête parlementaire partagée sur le site de l'Assemblée nationale, le taux de suicide dans les établissements pénitentiaires en France est de 1,8 à 2 pour 1 000 détenus. La situation au CPG est donc particulièrement inquiétante.
Contacté, le directeur du CPG, Tété Mensah-Assiakoley, n'a pas souhaité s'exprimer sur la situation.

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