La Guyane attend son développement !(1/2)
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La Guyane attend son développement !(1/2)

Nestor RADjOU, Mathématicien et économiste
Nestor Radjou, mathématicien et économiste guyanais.
Nestor Radjou, mathématicien et économiste guyanais. • ARCHIVES

La France ne se réduit pas à l'Hexagone, elle se prolonge bien au-delà de l'Europe, et notamment en Amérique du Sud avec la Guyane. Cette terre d'Amérique équatoriale, aussi vaste que le Portugal, française depuis cinq siècles, bien avant la Corse, est à la fois une région, au même titre que celles de la France hexagonale. Elle a, d'ailleurs, contribué à façonner la France et a payé son tribut à la nation. On ne peut ignorer ses morts pour la patrie. Félix Éboué a creusé les premières fondations de la libération de la France, en apportant le soutien de l'Afrique équatoriale française au Général de Gaulle ; que Gaston Monnerville a exercé les plus hautes fonctions de l'État (Président du Conseil de la République, Présidence du Sénat durant plus de vingt ans) et que le Centre spatial de Kourou est une pièce maîtresse du succès de la politique spatiale européenne.

Située au bord de l'océan Atlantique, dans une zone très poissonneuse, et sur le vaste bouclier granitique des Guyanes, la Guyane recèle de riches gisements miniers (or, pierres précieuses, bauxite). Elle élargit le territoire maritime européen devenu un des enjeux géopolitiques, nourrit une des dernières forêts primaires du monde, objet d'étude pour la préservation de la planète, détient de nombreuses ressources minières, maritimes. Bien plus que la Corse ! 

Quel Guyanais souhaite vraiment renoncer à la démocratie ?

Par son organisation administrative et le fonctionnement de ses institutions, les mêmes que celles de la métropole, les Guyanais jouissent de la citoyenneté française, de la démocratie et de la protection sociale, avec, en prime, des avantages fiscaux et, surtout pour les fonctionnaires et les professionnels, des revenus moyens plus élevés que dans l'Hexagone. Aussi, mis à part une poignée d'individus qui cultivent la rancœur coloniale et qui réclament l'indépendance, quel Guyanais souhaite vraiment renoncer à la démocratie, à la liberté et à la protection sociale que lui offre la citoyenneté dont il jouit ? Combien de Guyanais sont-ils prêts à vivre à Haïti, au Suriname, au Guyana ? Les Haïtiens, les Brésiliens, les Surinamais, les Guyaniens ne viennent-ils pas chercher cette liberté et cette protection sociale ?

Le drame, c'est que la Guyane ne se développe toujours pas.  53 % de la population vivent en dessous du seuil national de pauvreté. Si la Guyane est française par son statut, elle est aussi américaine par sa géographie et appartient au tiers-monde par son histoire coloniale, sa diversité ethnique et ses retards de développement. Négligée, voire méprisée et abandonnée à elle-même, durant des siècles, cette singularité territoriale française est toujours à la recherche de ses racines et, plus que jamais, est confrontée à la résolution de son trinôme : intégration, coopération régionale et industrialisation.

Réclame désespérément son industrialisation 

Après l'égalité juridique et sociale, la Guyane, dont l'intérêt européen ne semble se réduire qu'au spatial qui, à chaque tir, la plonge dans l'actualité mondiale, réclame, aujourd'hui, désespérément, son industrialisation et son développement. Elle réclame que la Nation ne se contente pas de lui accorder des aides financières, mais prenne aussi à bras-le-corps la résolution des obstacles à son développement.

Elle lui demande, à l'instar du spatial, que l'on traite, en fonction de ses particularités, ses vrais problèmes avec rigueur et réalisme. La réussite du Centre spatial n'est pas le fruit d'un simple effort financier, mais, surtout, d'une volonté affichée, d'une organisation efficace et d'une grande mobilisation de matière grise.

Jusqu'ici, faute d'un véritable projet, de méthodes appropriées, d'une gestion politique adéquate et de visions réalistes de ses déséquilibres, son histoire économique et sociale a été une succession d'échecs. Aujourd'hui, malgré ses richesses naturelles et son magnifique cadre de vie, la société guyanaise est devenue instable, déséquilibrée et son économie est moribonde.

Un fossé grandissant se creuse entre la réussite du spatial et l'échec de la gestion politique et sociale de cette région. La société guyanaise, soumise à une immigration irraisonnée (37 % de la population est étrangère), à une cohésion sociale plus virtuelle que réelle, à une gouvernance défaillante, à une réglementation inappropriée et à la banalisation de ses dérives, se désagrège progressivement et fait craindre une implosion sociale.

Vision archaïque  du développement

Les causes des déséquilibres de ce département, pourtant bien identifiées, sont erronées. Par exemple, comme l'atteste l'Islande (102 800 km2 ; environ 360 000 habitants), un des pays les plus développés au monde, ce n'est pas la faible population de la Guyane (environ 85 000 km2 ; environ 301 000 habitants), qui est en cause, mais sa grande dispersion dans 22 communes surdimensionnées d'un vaste territoire. De même, ce n'est pas véritablement l'article 73 de la Constitution qui constitue un handicap au développement de la Guyane, mais les politiques ultralibérales mises en œuvre ; le libre-échange étant inopérant face au déficit d'infrastructures, aux coûts élevés de production, à la faible productivité, à l'absence de rentabilité...

Toutefois, il suffirait de peu pour que les pouvoirs publics (État et collectivités locales) assainissent la société guyanaise et initient une dynamique économique d'écodéveloppement durable et équilibrée. Pour cela, il faudrait de la volonté, du courage politique et le renoncement à une vision archaïque du développement.

Compte tenu de la position géographique de la Guyane et de la nature de son environnement, la France et l'Union européenne doivent comprendre que leur rayonnement en Amérique du Sud et dans les Caraïbes passe par l'existence d'une Guyane moderne, prospère, moderne et solidaire. En faisant de la Guyane un modèle d'écodéveloppement, un « port » européen de démocratie locale, de modernité industrielle, de tolérance et d'échange, le prestige de la France et de l'Union européenne serait considérable. Dans cette perspective, ces dernières devraient œuvrer pour que la Guyane devienne le centre attracteur et de régulation des activités de son environnement.

Actuellement, du fait de leur rigidité institutionnelle, elles favorisent les pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) et du Caricom au détriment de la Guyane, sans véritablement en tirer profit.

Face à ses voisins, la Guyane n'est pas compétitive, ses coûts de production sont bien plus élevés que ceux de ses concurrents ; des pays dont la démocratie, la liberté, la protection sociale sont encore à l'état de gestation. Défavorisée par la politique européenne d'aide aux pays en développement, elle doit de plus accepter le dumping social et commercial de ses voisins. La Guyane aurait-elle tort d'être française ?

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