À Ti Maniok, les affaires des enfants ont droit à une seconde vie
Vêtements, jouets, livres ou matériel de puériculture : tout est revendu à petits prix
Sur les portants de la ressourcerie Ti Maniok, route de Montabo à Cayenne, les vêtements sont classés par taille. Dans les rayons, jouets, livres et matériel de puériculture attendent de nouveaux propriétaires. Une adresse où les enfants occupent une place centrale.
Ici, les prix restent loin de ceux du neuf : les vêtements sont vendus entre 50 centimes et 5 euros, les autres articles jusqu'à 8 euros et les poussettes entre 15 et 50 euros. « Ce sont vraiment des prix solidaires », résume Loraine Rodriguez, présidente de l'association Ti Maniok.
De jeunes parents viennent s'équiper, pour des raisons économiques ou par choix de la seconde main. Certains recherchent un jouet sans acheter de vêtements d'occasion. D'autres viennent seulement donner.
Donner, trier et remettre en circulation
Avant d'arriver en rayon, chaque objet passe entre les mains de la dizaine de bénévoles de l'association. Une ressourcerie est « collecteur de données », explique Loraine Rodriguez. Tout ce qui entre est pesé et tout ce qui sort est enregistré afin de suivre les volumes collectés et leur destination.
À Ti Maniok, les dons sont triés selon leur état. Les vêtements qui ne nécessitent aucune intervention sont remis en circulation. Ceux qui ont besoin d'un nettoyage, d'une couture ou d'une petite réparation sont traités avant la vente. Une autre partie, encore utilisable mais invendable, est donnée à des associations. Ce qui ne peut plus être valorisé est orienté vers les éco-organismes.
« On ne peut pas tout garder », rappelle la présidente. Pour certains textiles, Ti Maniok pratique aussi le détournement d'usage. Les vieux tee-shirts publicitaires peuvent, par exemple, être découpés pour devenir des chiffons destinés aux garagistes.
Une filière encore en construction
Cette organisation se heurte à une limite : la Guyane ne dispose pas de filière de transformation du textile. Les matières qui ne peuvent plus être réutilisées sur place sont récupérées par les éco-organismes et envoyées vers d'autres territoires. « La filière REP (Responsabilité Élargie du Producteur) est très en retard ici », estime Loraine Rodriguez.
L'association collecte autour d'une tonne de textile par trimestre. À la déchetterie de Kourou, où Ti Maniok intervient une fois par mois, environ 300 kilos supplémentaires sont récupérés. Les éco-organismes participent au financement de la collecte selon les tonnages, mais « cette aide ne suffit pas à couvrir le travail de tri et de valorisation ».
Formée à l'architecture intérieure, Loraine Rodriguez a d'abord travaillé dans le luxe. Devenue mère, elle se tourne vers la couture avant de découvrir la seconde main dans un dépôt-vente pour enfants. Elle crée Ti Maniok sous forme associative en 2019, puis ouvre la boutique en 2023, avec le soutien de l'Ademe (Agence de la transition écologique) et de la Collectivité territoriale de Guyane. Se tourner vers l'enfance était pour elle une évidence.
Réutiliser les déchets
Aujourd'hui, la présidente réfléchit à un local plus grand pour ajouter un espace dédié aux adultes, au linge de maison ou bien encore aux tissus. « Le modèle économique peut se démultiplier », estime-t-elle.
L'objectif est aussi de faire évoluer les habitudes. Les particuliers donnent souvent des vêtements en très bon état, mais hésitent encore à apporter ceux qui sont tachés ou abîmés. Pourtant, ils peuvent eux aussi être triés et orientés vers les bonnes filières. À Ti Maniok, la seconde main ne consiste donc pas seulement à vendre moins cher, mais à éviter que des objets encore utilisables ne deviennent des déchets.
Qu'est ce qu'un éco-organisme ?
Agréé par l'État, un éco-organisme prend en charge, pour le compte des fabricants, une partie de la gestion des déchets issus de leurs produits. Les producteurs versent une contribution qui finance la collecte, le tri, le réemploi et le recyclage. Chaque filière dispose de règles spécifiques.

La radio 100% Caraïbes

- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters