Christiane Taubira à la sortie de l'Elysée, le 26 mars 2014 • ALAIN JOCARD (AFP)
La ministre de la Justice fait toujours partie du gouvernement, à la surprise quasi générale. Mais cette fois, elle sera sous les ordres de Manuel Valls, son meilleur ennemi à gauche.
.Elle-même n'y croyait sans doute plus. Après deux ans d'actions et de réformes critiquées jusqu'à la droite de la gauche, Christiane Taubira était donnée partante de la place Vendôme. Finalement, François Hollande l'a décidé, elle travaillera sous l'autorité de Manuel Valls. Et ce dernier devra faire avec elle.
Le ministre de l'Intérieur avait été virulent en août 2013 contre son projet de réforme pénale. Il avait même adressé une lettre à François Hollande qui avait choisi de faire un texte de compromis.
Malgré les messages de réconciliation adressés aux médias et les affichages pour les photographes, tous savent que les lignes politiques de ces deux personnalités socialistes sont fondamentalement opposées.
Au-delà de ces divergences, les tergiversations de Christiane Taubira lors de la récente affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy semblaient sceller son sort.
Finalement, François Hollande aura tenu bon au nom d'une certaine image de la gauche. Celle qui avait permis à Taubira de compter presque 80% de bonnes opinions auprès de l'électoral de gauche après la séquence du mariage pour tous.
Christiane Taubira devrait pouvoir mettre en oeuvre sa réforme pénale. À moins que le calendrier de l'assemblée ne soit reporté. Les syndicats de magistrats craignent l'ajournement d'un texte auquel ils tiennent.
UNE CENTAINE DE MANIFESTANTS CONTRE SON MAINTIEN
Les réactions indignées des ultra-conservateurs catholiques n'ont pas tardé. Une centaine d'entre eux, furieux de la voir reconduite au poste de garde des Sceaux, se sont réunis hier soir près du ministère de la Justice, à l'appel de la Manif pour Tous. Cinq personnes ont été interpellées. « La manifestation était non déclarée » et ils « empêchaient l'entrée et la sortie de la place Vendôme » , a précisé un porte-parole de la préfecture.
Parmi eux, l'ancienne ministre Christine Boutin, fervente opposante au mariage homosexuel. « Nous voulons montrer que le maintien de Christiane Taubira au ministère de la Justice est une véritable provocation. Nous souhaitons que la loi sur le mariage gay soit abrogée » parce que les Français ont « répondu de façon très claire dimanche dans les urnes » . Les manifestants ont hué et entravé le passage de véhicules officiels, scandant « Casse-toi, Taubira » . Des tensions ont surgi lorsque les CRS et gendarmes mobiles ont délogé les manifestants. Ceux-ci se sont dispersés peu après. Sur les réseaux sociaux, certains se sont déchaînés, écrivant des propos insultants et diffamatoires à l'égard de la ministre guyanaise.
Les prochaines semaines seront encore mouvementées pour Christiane Taubira.
ANALYSE. Taubira, la caution de gauche
Eh ben Taubira est encore là! Et toujours à la Justice en plus. Valls et Hollande ont pris tous les observateurs politiques à contre-pied. Ceux qui prédisaient que la Guyanaise serait la première à prendre la porte après Ayraut. Au mieux, elle hériterait d'un ministère de consolation, le Logement ou la Culture. Loin du portefeuille régalien qu'elle gérait jusque-là. Mais beaucoup, y compris une majorité de journalistes, pensaient qu'elle quitterait à jamais un gouvernement de la France.
Finalement, non seulement cette fanm djoka passé l'obstacle remaniement, mais elle a été confortée au poste de garde des Sceaux Elle y restera au moins jusqu'aux européennes de mai. Et peut-être plus longtemps.
Sa crédibilité, ChristianeTaubira la doit d'abord à sa forte personnalité. À sa connaissance pointue des dossiers. Et à la dignité avec laquelle elle a traversé les nombreuses épreuves de ces vingt-deux derniers mois. Sans oublier ses qualités oratoires et la très riche culture dont elle fait preuve, notamment à l'Assemblée nationale.
Dès le début, elle a été la cible prioritaire de la droite « décomplexée » . Puis celle des ultra-conservateurs lors de la polémique autour du mariage pour tous. Jusqu'aux injures racistes d'extrémistes devenus trop nombreux, dont celle relayée par cette petite fille (la guenon et la banane). Sa réforme pénale a été fortement critiquée par... Manuel Valls. Enfin, elle a été une nouvelle fois l'une des cibles de la droite copéiste lors de l'affaire des écoutes de Sarkozy. Mais elle a tenu bon. Même si on l'a sentie atteinte à ce moment-là. Maintenant, ne soyons pas naïfs. Si Christiane Taubira est encore au gouvernement, c'est parce qu'elle est désormais l'icône d'une gauche humaniste, courageuse, debout derrière ses valeurs. Beaucoup de militants socialistes et au-delà la considèrent comme le symbole de la vraie gauche. Une intouchable en quelque sorte. Loin des courants de Valls, Montebourg ou Hamon. Loin des éléphants du PS Fabius, Aubry ou Emmanuelli.
C'est pour cela qu'elle est aujourd'hui la vraie caution de gauche de François Hollande. Quia choisi de l'imposer à Manuel Valls. On verra combien de temps le président tiendra.
Jean-Marc KROMWEL
ILS ONT DIT
Marie-José Lalsie secrétaire générale du PSG : Une reconnaissance du travail accompli
J'ai accueilli cette annonce avec plaisir. Je considère qu'elle a été une bonne ministre, très pugnace, elle méritait de rester. Elle a monté qu'elle était apte à appliquer les réformes promises par le président. C'est une reconnaissance du travail accompli. C'est aussi une manière de montrer que la France ne se laisse pas abattre par les différentes formes de racisme qui se sont fait jour ces derniers mois. En tant que Guyanais, on ne peut qu'être fiers.
Rémi-Louis Budoc conseiller régional UMP : Sa personnalité lui a permis de se maintenir
J'ai trouvé qu'elle était très solide dans la mesure où les passes d'armes des dernières semaines auraient pu mal se Mr. Son départ du gouvernement aurait créé un déséquilibre. Elle a porté un certain nombre de projets du gouvernement, il aurait été compliqué de ne pas la reconduire. Je pense que c'est aussi sa personnalité qui lui a permis de se maintenir à son poste. J'etais convaincu qu'elle resterait au gouvernement. Je m'attendais à ce qu'elle reste garde des Sceaux ou qu'elle ait une promotion à un autre poste.
Fabien Canavy secrétaire général adjoint du MDES : Un non-événement pour la Guyane
Le remaniement n aura aucune incidence sur le quotidien des Guyanais. On s'était félicites de la nomination de Taubira à la Justice, soulignant que ce n'était pas un cadeau. La suite nous a donné raison. Sa reconduction à ce ministère est un non-événement pour la Guyane. Notre population continuera à subir de plein fouet les conséquences de la politique trouble de François Hollande.
Joël Pied secrétaire général de Walwari : Le triomphe d'une ligne sociétale
Je ne suis pas plus surpris que cela. C'est la reconnaissance du travail accompli par Madame Taubira, de son efficacité, de sa rigueur et de la justesse de la ligne politique qu'elle a choisi. Il est essentiel que le travail qu'elle a commencé se poursuive, la manière d'introduire la justice, de la rendre, le respect des droits et des libertés. C'est tout à son honneur. Bien sûr, nous en sommes fiers car c'est l'une des nôtres, le leader de notre mouvement. C'est un pas de plus dans sa carrière. Mais ce qui me parai aussi essentiel, c'est le triomphe d'une ligne sociétale. On connaît aujourd'hui en France une montée de l'obscurantisme, de l'intolérance et du FN. La confirmer dans son poste, c'est aussi la confirmation d'un choix sociétal. Bien plus qu'une satisfaction personnelle, c'est un signe essentiel que le président a voulu donnera la société, à la population.
Rodolphe Alexandre président de Guyane 73 : Je n'ai pas à juger des choix du gouvernement
J'ai appris cette décision avec satisfaction et avec intérêt pour la Guyane. Je n'ai pas à juger des choix du gouvernement. Il y a des choix, des stratégies, je prends acte.
Chantal Berthelot Ageg/Parti socialiste : Manuel Valls est suffisamment intelligent
Je n'étais pas dans les supputations de savoir si elle allait rester ou pas. Elle a enclenché une réforme de la justice et c'est bien qu'elle puisse la mènera son terme.
C'est vrai qu avec Manuel Valls, ils ont eu des échanges, ils n'ont pas toujours été d'accord, mais ils ont bien dit : « Il n'y a rien entre nous. » Ce n'était pas un désaccord personnel. Et si le désaccord avait été profond, elle n'aurait peut-être pas eu envie de travailler avec lui. La fonction de Premier ministre n'est pas celle du ministre de l'intérieur et Manuel Valls est suffisamment intelligent pour reconnaît les qualités de Madame Taubira. Un Premier ministre sait reconnaître et faire valoir les forces de son équipe.
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