Visite du premier ministre néerlandais au Suriname
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CHEZ NOS VOISINS

Visite du premier ministre néerlandais au Suriname

Eric GERNEZ, à Paramaribo
Mark Rutte et Chan Santokhi au Palais présidentiel – image CDS Centre de Documentation du Suriname
Mark Rutte et Chan Santokhi au Palais présidentiel – image CDS Centre de Documentation du Suriname

Après de longues années d’absence volontaire les Pays-Bas reviennent au Suriname. Le premier ministre néerlandais est arrivé hier lundi pour une visite de deux jours. Enjeux et contentieux…

Relations ombilicales
Les Anglais échangèrent, en 1674, l’île de Manhattan contre le Suriname aux Hollandais. C’est ainsi qu’on roule toujours à gauche mais qu’on parle néerlandais dans ce pays d’Amérique du Sud.

Indépendant depuis 1975, le Suriname n’a jamais vraiment réussi à couper le cordon ombilical avec les Pays-Bas. L’attachement est linguistique, culturel et aussi économique avec la relation maritime de Vlissingen à Paramaribo en neuf jours de mer. Il est également familial alors qu’une population presque équivalente à celle du Suriname vit aux Pays-Bas. Dans leur tête, les Surinamais ont toujours une partie du moule hollandais qui forme leur raisonnement.
Visite de Mark Rutte
Depuis l’avènement du gouvernement Santokhi, les Hollandais ont prudemment avancé leurs pions pour préparer leur retour. Aide pendant la période Covid, reprise de l’assistance militaire et enfin, il y a juste un an, invitation du président du Suriname à une visite aux Pays-Bas où il fût reçu avec tous les honneurs. C’est aujourd’hui en quelque sorte une visite retour, elle est très symbolique et les Surinamais y attachent importance et espoir. Elle représente des enjeux mais rappelle aussi des contentieux.
Renégociation de l’accord avec le FMI
L’accord avec le Fond Monétaire International s’avère, comme toujours, léonin. Le Suriname a du mal à respecter les points de la négociation qui impose une politique dure de contrôle des prix. La population souffre de l’inflation et de l’érosion du SRD alors que les drastiques règles de ‘’bonne gouvernance’’ du FMI veulent supprimer les subventions aux besoins les plus primaires.

La tranche d’aide de 55 millions qui devait être versée à l’automne est suspendue pour non accomplissement du programme. C’est une impasse politique entre peuple mécontent et instances du FMI. Chan Santokhi demande aux Pays-Bas d’intercéder dans la négociation pour en assouplir les termes.
Accords commerciaux
Rutte ne vient pas seul, il est accompagné d’une délégation de ministres et d’entrepreneurs. Le vieux serpent de mer du développement des relations commerciales avec les Pays-Bas ressort la tête de l’eau ! Projets agricoles et technologiques sont foison sur le papier ; dans la réalité, en termes de commerce, le partenaire qui a quelque chose à offrir à l’autre c’est la Hollande. Côté Suriname, on peut proposer du tourisme et une aide démographique. L’idée de l’apport de la diaspora du Suriname pour contribuer financièrement au développement a fait flop, personne n’est vraiment intéressé à investir ici.
L’appui néerlandais à Santokhi
Au moment où toutes les chancelleries des pays partenaires du Suriname observent avec acuité l’évolution politique du pays au milieu de la crise, la visite de Mark Rutte à Santokhi est à comprendre avec la sensibilité du diplomate. Quand le Premier néerlandais déclare ‘’qu’il serrera la main du Vice-Président parce qu’il respecte le choix démocratique du peuple surinamais’’, on ne peut pas dire qu’il exprime une vive estime pour Ronnie Brunswijk. En agissant ainsi, il marque clairement la préférence de son gouvernement pour le camp VHP du président.
Gerbe de fleurs à Fort Zeelandia
Alors que le procès des meurtres de Décembre 82 est toujours ouvert, le premier ministre Rutte déposera aujourd’hui une gerbe à Fort Zeelandia en mémoire aux victimes de la dictature. D’aucuns rappelleront qu’en fermant ses archives pour 60 ans sur le sujet de la « Révolution », les Pays-Bas n’aident pas le Suriname à accomplir le devoir de mémoire qui manque à son égo. D’autres, font ressurgir les accusations portées contre les Pays-Bas au sujet de leur implication dans le coup d’Etat.

Si les Hollandais, image de la bonne morale, voulaient aider le Suriname, ils seraient bien inspirés d’ouvrir leurs archives.
Rendez les 19 millions !
Les liquidités du Suriname doivent voyager physiquement vers des banques internationales pour créditer les comptes commerciaux.

Ces transports de fonds étaient opérés par KLM via les Pays-Bas et vers la Chine. Sous le gouvernement précédent, un juge néerlandais a fait saisir la somme en transit de 19,5 millions d’euros au motif que l’origine en était douteuse. Il soupçonnait les fonds d’être issus d’activité de blanchiment. La conséquence pour le Suriname est un blocage technique de ses mouvements financiers, ce qui aggrave sa crise monétaire. En termes de coopération, on peut mieux faire.
La France sur la touche
Après la visite du chef d’Etat brésilien il y a un an, c’est le chef du gouvernement des Pays-Bas qui honore le Suriname de sa présence.

La France semble marquer peu d’intérêt pour son voisin alors qu’aucune visite d’un membre du gouvernement n’y a été faite depuis très longtemps. Lors de sa venue sur le Maroni, le président Macron avait soigneusement trouvé des biais pour éviter de rencontrer son homologue de l’époque et ne pas risquer d’être photographié en sa compagnie. Au moment où la France fore le sous sol du Suriname, il serait bon de se rappeler de son existence.