La controverse mennonite au Suriname
L'installation possible des Mennonites sur 24 000 hectares suscite des questions au Suriname
La communauté mennonite est reconnue pour sa maîtrise de l'agriculture. Leur migration depuis l'Europe les a conduits au Paraguay, en Bolivie et au Belize. Si leurs succès agricoles sont reconnus, les populations autochtones regrettent parfois leurs méthodes productivistes, en contraste avec la préservation de la biodiversité.
À plusieurs reprises, l'actualité de ces dernières années a annoncé l'arrivée de la communauté mennonite au Suriname. Leur projet consiste à s'installer chez nos voisins pour y établir de grandes communautés agricoles dans une zone densément boisée. Des coupes à blanc devraient être réalisées et les Mennonites ont indiqué qu'ils y produiraient du soja, du maïs, des céréales, de la viande, du poulet et du lait. Ils prévoient d'acquérir environ 24 000 hectares dans le district de Para. Les familles qui sont candidates à l'immigration au Suriname sont établies au Belize. Leur développement les pousse à chercher d'autres terres à planter.
Grenier de la Caricom ?
C'est ainsi qu'ils ont choisi le Suriname pour ses conditions de production qu'ils jugent satisfaisantes. Les terres convoitées comprennent des zones de forêts secondaires, mais également primaires, avec une biodiversité exceptionnelle. La zone choisie est en bordure de la réserve naturelle centrale du Suriname. Elle est dans la zone tribale des Kwinti, peuple marron de la vallée de la Coppename, qui revendique son droit à s'exprimer sur cette implantation. « Chaque activité des Mennonites au Suriname m'inquiète », a déclaré Ben D'Leon, de l'ONG Amazon Conservation Team, à notre confrère Mongabay. « Où que les Mennonites aient été actifs, je ne vois pas de tendances positives pour la nature et les communautés autochtones et tribales. »
À plusieurs reprises, le rôle du Suriname comme potentiel grenier agricole de la région a été évoqué lors des conférences régionales. Les paroles sont maintenant confrontées à la réalité. Il s'agit pour le Suriname d'augmenter la production alimentaire nationale, sans affecter l'un des taux de couverture forestière les plus élevés au monde.
De nombreuses organisations de protection de la nature au Suriname préconisent le développement agricole sur les terres dégradées. Celles-ci ne sont cependant pas suffisamment rentables. Les Mennonites du Belize réfutent les critiques portées, affirmant qu'ils gèrent l'érosion des sols et la biodiversité avec soin, et qu'ils préservent des zones forestières pour leur valeur hydrologique.
Protection forestière ou autonomie alimentaire
Le Suriname importe une grande partie de son alimentation. Le moment vient où il faut faire un choix, qui s'inscrit dans une position d'autonomie alimentaire assumée du pays. Après cinquante ans d'indépendance, l'agriculture du Suriname n'a pas su démontrer sa capacité à nourrir le pays. Les Mennonites maîtrisent les moyens de cet objectif. C'est le moment de faire un choix.
L'aube nouvelle promise par la présidente Simons n'est pas seulement tournée vers la mer et ses zones pétrolières. Elle se lèvera aussi, peut-être, sur les énormes potentiels agricoles du pays.

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