Didier Destouches sur l'arrestation de Maduro : « Fermer les yeux serait une erreur historique »
INTERVIEW. Didier Destouches, politologue et essayiste, analyse l'arrestation du président vénézuélien, Nicolás Maduro par les États-Unis comme un point de rupture historique, marquant l'effondrement du droit international et la brutalisation assumée des relations internationales. Il alerte également sur la dérive de la démocratie américaine, l'alignement européen et les conséquences directes de ces bouleversements pour la Caraïbe et les Antilles françaises.
L'arrestation spectaculaire du président vénézuélien, Nicolás Maduro, par les États-Unis a surpris l'opinion publique. Quelle a été votre première réaction en apprenant cette information ?
J'ai eu deux réactions. La première a été celle que beaucoup ont ressentie : une forme de sidération. L'opération a été rapide, brutale, menée en une nuit, avec une efficacité redoutable. Pour une opinion publique déjà habituée, depuis la guerre en Ukraine, à une brutalisation des relations internationales, il y a tout de même eu un choc. On a vu une démocratie agir d'une manière totalement inhabituelle : enlèvement d'un chef d'État en exercice, violation manifeste de la souveraineté nationale, mépris absolu du droit international. Mais très vite, cette surprise s'est dissipée. En réalité, ce n'est pas un acte soudain. C'est l'aboutissement logique de plusieurs années de politique américaine, entamée bien avant Donald Trump, depuis Obama même, visant à reprendre le contrôle de l'Amérique latine et à mettre fin aux régimes qui résistent à l'hégémonie américaine.
Vous parlez d'un tournant historique. Pourquoi cet événement marque-t-il une rupture aussi profonde ?
Parce qu'il clarifie définitivement la nature de l'ordre international actuel. Depuis la Seconde Guerre mondiale, l'ordre mondial reposait sur des institutions...

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