À Cuba, la débâcle n'a plus de limite
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À Cuba, la débâcle n'a plus de limite

Eric GERNEZ
Tristement banale photo des files d'attentes, en plein coeur de la capitale, La Havane, où l'inflation et la pénurie rendent la survie très compliquée.
Tristement banale photo des files d'attentes, en plein coeur de la capitale, La Havane, où l'inflation et la pénurie rendent la survie très compliquée. • DR

La communauté cubaine de Paramaribo espère en silence un changement de régime sur l'île

L'effondrement du pays est total. L'anniversaire des neuf ans de la mort de Fidel Castro, le 25 novembre, sonne à nouveau le glas d'un système. La crise est sans limites : financière, migratoire et sanitaire.

Alors qu'au Suriname, le 25 novembre est jour de célébration, la communauté cubaine de Paramaribo espère en silence un changement de régime sur l'île. 

Habitués à l'environnement de délation établi par le régime cubain, ceux qui vivent désormais au Suriname témoignent avec une grande prudence. " Ma famille manque de tout, il faut acheter au marché noir et c'est hors de prix. J'économise au maximum pour leur envoyer de l'argent et ça ne suffit jamais. "

Ces mots reviennent à chaque fois qu'un lien de confiance permet aux langues de se délier.

Les migrants cubains qui arrivent nombreux au Suriname partent en majorité vers le Brésil, pour tenter leur chance dans le cône Sud du continent. D'autres restent ici. Ils forment désormais une part importante de la main-d'œuvre dans les services. Certains créent leur entreprise. Sous la pression d'avoir à envoyer beaucoup d'argent, de nombreuses jeunes filles se prostituent.

L'insoutenable quotidien cubain

Cette fenêtre ouverte depuis le Suriname sur les réalités de Cuba rappelle l'insoutenable quotidien cubain. Le Venezuela, principal allié énergétique de La Havane, a drastiquement restreint ses envois de pétrole vers l'île. Par ailleurs, les centrales thermiques sont anciennes et rongées par des années d'utilisation d'un brut très soufré envoyé par Caracas.

Cuba vit désormais sous un régime de coupures d'électricité à répétition. Le peu d'industrie encore existante, ainsi que le secteur de l'hôtellerie, sont à l'agonie. Les devises ne rentrent plus, l'île est en arrêt technique. Alors qu'une douzaine d'œufs vaut 5 dollars US au marché noir, le salaire mensuel moyen est de 14 dollars. Et ce n'est qu'un exemple de la dérive économique.

Fleuron de Cuba autrefois, la production de sucre est passée de 10 millions de tonnes à 150 000 tonnes.

Conséquence directe de la crise, le taux de natalité a chuté à 1,59. L'émigration est massive, avec un quart des 11 millions de Cubains qui ont quitté l'île ces cinq dernières années. Ce sont les forces vives, jeunes ou professionnels qualifiés, qui partent. L'île ne tient que grâce aux envois d'argent des Cubains vivant à l'étranger.

Sous les effets combinés de la malnutrition, de l'insalubrité et de la faillite sanitaire, des épidémies viennent accabler la population. Dengue et fièvre oropouche se développent, alors que 30 % de la population est déjà victime du chikungunya.

À La Havane, un chauffeur de taxi témoignait pour nos confrères d'Infobae : " Ce système est si mauvais qu'il en est irréparable. La seule chose que tu puisses faire, c'est t'en débarrasser et repartir de zéro. "

En Mars 2024, dans la province orientale de Santiago, la crise poussait les émeutiers à braver les répressions brutales de la dictature.
En Mars 2024, dans la province orientale de Santiago, la crise poussait les émeutiers à braver les répressions brutales de la dictature. • DR

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