Patrick Lecante : "La migration que nous voulons"
Un journal, c'est aussi un espace de liberté et d'expression libre. Envoyez-nous vos tribunes, vos prises de position, vos avis à l'adresse france.guyane@agmedias.fr. Ici, une tribune signée Patrick Lecante, maire de Montsinéry-Tonnégrande, 4e Vice-Président de la CACL.
" La migration que nous vivons, et que nous subissons, doit nous permettre de repenser notre société.
Depuis que l’Homme s’est mis à marcher, il n’a pas arrêté sa course. Nous le savons particulièrement en Guyane, où l’année des premiers peuplements est sans cesse repoussée à une époque plus lointaine. Ces hommes, nos ancêtres, avaient traversé au cours des âges les fleuves, les mers, les montagnes, les déserts, la forêt.
L’immigration, car c’est bien de cela qu’il s’agit, est aussi un facteur de rencontres. Souvent brutal, parfois heureux. Comme l’écrivait Montaigne, il faut voyager « pour frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui ».
L’immigration que l’actualité a mise en valeur ces dernières semaines est moins romantique que cette image. Elle est une immigration de misère, de désolation, de maladie, de fuite de familles entières depuis des pays en guerre ou en proie aux gangs et à des États défaillants. Dieu seul sait les souffrances, les rackets des mafias et les agressions qu’elles ont subies pour arriver ici. Mais notre immigration actuelle est aussi une immigration d’opportunité et de pillage social, soyons clairs là-dessus : bénéficier de droits et d’avantages sociaux gratuits, en faisant payer les autres et en asphyxiant nos collectivités locales, n’est pas acceptable. Il faut y mettre fin immédiatement.
L’accroissement démographique mondial et le changement climatique, conjugués, ont et auront des conséquences majeures, déjà visibles chez nous. Dans un monde peuplé de plus 8 milliards d’êtres humains, les déplacements forcés correspondent à plus de 82 millions de personnes. Une partie arrive en Guyane : c’est une situation nouvelle et difficile à accepter. Mais le plus incroyable serait de croire qu’elles prendront fin demain, ou de faire croire que nous allons tous être protégés par des vendeurs de murs et de barbelés.
Cette déstabilisation qu’entrainent ces migrations ne s’arrêtera pas demain, y compris pour nous en Guyane. La migration est inexorable, car le propre de tout être humain est d’aborder la vie comme une quête, la recherche du bonheur, et cette recherche passe souvent par des éléments matériels. Pour beaucoup d’hommes et de femmes, il est tentant de se rendre ailleurs pour trouver une meilleure vie. La mondialisation, en abaissant les frontières, y a aidé.
Mais gardons en tête qu’on ne quitte jamais son pays, sa famille, ses racines, de gaieté de cœur. Nous le savons tous, nous Guyanais, qui avons souvent étudié ou travaillé dans l’Hexagone. Le mal du pays est souvent présent.
Alors, face à la crise migratoire qui menace de nous submerger, je suggère trois pistes d’actions :
Premièrement, l’État doit assurer la sécurité de tous. Je suis abasourdi de voir qu’on laisse se propager des situations de misère qui empêchent nos concitoyens, qui n’ont rien demandé, de vivre leur vie. L’immigration ne doit pas déranger la vie quotidienne des Guyanais : il faut interdire et réprimer immédiatement tout trouble et toute attaque (vol, squat, occupation sans droit, agressions). Ne pas agir maintenant, c'est en payer chèrement les conséquences demain.
Deuxièmement, nous devons modifier plusieurs lois pour interdire la possibilité à tout demandeur d’asile de le faire depuis un territoire dans lequel il est entré clandestinement, pour interdire le soin gratuit, le logement et l’éducation tant que l’immigré ne dispose d’aucun statut légal. Comme, finalement, l’ensemble des pays au monde. Je ne crois pas que nous devions nous enfermer à tout prix, mais nous devons interdire l’entrée illégale.
Troisièmement, il faut tous nous interroger sur la société que nous voulons. Regardons autour de nous : nous manquons de bras, nous manquons de cerveaux, nous manquons de services. J’ose le dire : nous avons besoin d’immigrés, et possiblement en grand nombre, mais dans un cadre choisi, progressivement, et dans une politique concertée, et décidée par les Guyanais sous la forme d’un référendum local.
De manière très concrète, je propose par exemple :
- Immigration zéro pendant 5 ans, pour donner un espace de respiration à nos collectivités territoriales, sauf cas exceptionnels ;
- Dans 5 ans, ouverture à des catégories de travailleurs pour une durée de cinq ans, renouvelable une fois, mais interdiction aux familles de venir. Au bout de dix ans, si le travailleur peut justifier d’un emploi stable pendant au moins neuf ans, il pourra obtenir une résidence permanente. Et aura la possibilité d’accueillir son conjoint/conjointe et ses enfants ;
- Renvoi par décision administrative à la première infraction.
Notre législateur doit être en mesure de différencier la Guyane. Notre territoire étant plus poreux à l’immigration, il doit être plus ferme sur les mesures à prendre. Ne croyons pas que des barbelés soient une solution réaliste : elle n’a jamais fonctionné. La solution passe par le droit et la loi. Notre faiblesse est législative. Elle est aussi dans la pudeur de nos réponses administratives et la carence des moyens dédiés. Il faut changer cela.
En parallèle, nous devons être en mesure de proposer un plan de développement et d’accueil digne de ceux qui peuvent rester ici. C’est notre devoir d’élus, de responsables publics ou associatifs, sans doute aussi notre devoir d’Homme.
Accueillir moins, accueillir mieux ceux qui souffrent, accueillir plus ceux qui vont aider le développement de la Guyane. « Il n’y a de richesse que d’homme » écrivait au 16ᵉ siècle Jean Bodin. Oui, accueillons les Hommes, mais uniquement ceux qui s’intègreront dans notre modèle de société, le ”Tout-Monde” si cher au philosophe Édouard Glissant, si particulier que nous devons le préserver."

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