[TRIBUNE] Cayenne : 18 ans après, la ville n’a plus le droit d’attendre
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OPINION

[TRIBUNE] Cayenne : 18 ans après, la ville n’a plus le droit d’attendre

Par Alain CHAUMET

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"En 2008, j’ai été candidat à la mairie de Cayenne.
Pas pour “faire de la politique”, mais parce que j’aimais cette ville, et que je pensais — naïvement peut-être — qu’une capitale régionale pouvait être gouvernée avec méthode, exigence et dignité.
J’avais alors publié un petit livret de campagne.
On y trouvait six chantiers prioritaires, simples, lisibles, concrets : urbanisme, sécurité, cadre de vie, économie, culture, proximité municipale. Rien d’exotique. Rien d’irréaliste. Juste… du bon sens.
Nous sommes en 2026.
Et le plus troublant, ce n’est pas que ces six chantiers soient encore d’actualité : c’est qu’ils le sont davantage qu’hier.
Autrement dit : en dix-huit ans, Cayenne a surtout progressé dans un domaine… celui de l’urgence permanente.

Urbanisme : Cayenne donne trop souvent le sentiment d’une ville “sans cap”
Une capitale ne peut pas se contenter de survivre.
Elle doit être pensée, organisée, structurée.
Or Cayenne donne parfois l’impression d’être devenue un empilement de décisions partielles, de travaux inachevés, de rues dégradées, de circulation difficile et d’aménagements incohérents.
Le problème n’est pas seulement financier.
Le problème, c’est l’absence de ligne directrice durable.

Sécurité : une capitale ne peut pas s’habituer à la peur
On peut faire tous les discours qu’on veut : une ville qui fait peur est une ville qui se vide.
Et aujourd’hui, il faut avoir le courage de regarder la réalité en face : la drogue est devenue un phénomène massif, visible, et destructeur.
Le cœur de Cayenne — l’avenue du Général de Gaulle — ne devrait jamais être un espace où l’insécurité et la dégradation du climat social finissent par étouffer la vie économique.
Plus de trente commerces ont fermé.
Et quand une artère principale se vide, ce n’est pas seulement l’économie qui recule : c’est la vie qui se retire.
À 20 heures, Cayenne ressemble trop souvent à une ville éteinte.
Une capitale régionale. En 2026.
Il faudrait presque en sourire… si ce n’était pas aussi préoccupant.

Immigration : un sujet qu’on ne peut pas contourner
Il existe aussi un sujet que l’on ne peut pas contourner à Cayenne sans perdre en crédibilité : l’immigration.
Depuis des années, des arrivées importantes se font par l’Ouest, notamment via le Surinam, et se traduisent par des situations de présence durable dans la ville, parfois à proximité d’établissements scolaires, sans hébergement stable, sans suivi, sans solution.
Qu’on le veuille ou non, cela produit un enchevêtrement de difficultés : humanitaires, sanitaires, sociales, scolaires et sécuritaires.
Le plus inquiétant n’est pas l’existence du phénomène — l’histoire de la Guyane est aussi une histoire de migrations — mais l’impression persistante d’une impuissance générale, d’un abandon, et d’un État qui semble parfois absent.
Quand une maire en vient à faire une grève de la faim pour se faire entendre sur un sujet aussi grave, ce n’est pas un “épisode politique”.
C’est le signe d’un dysfonctionnement majeur.

Cadre de vie : Cayenne pourrait être magnifique
Une ville au bord de la mer, au cœur de l’Amazonie, avec une identité unique, un patrimoine, une histoire… et pourtant trop souvent une ville qui donne le sentiment d’être laissée à elle-même.
On ne demande pas Cayenne “version carte postale”.
On demande une Cayenne propre, respirable, aménagée, entretenue, respectée.
Une ville où l’on puisse marcher.
Une ville où l’on puisse respirer.
Une ville où l’on puisse vivre.

Économie : une capitale doit être un moteur
Une capitale régionale doit attirer, dynamiser, donner envie.
Elle doit être un point de départ, pas un point d’arrêt.
Or, trop souvent, l’impression est inverse : des initiatives qui s’épuisent, des projets qui s’enlisent, des entrepreneurs qui renoncent.
Et pendant que la ville s’éteint, on entend parfois que tout va bien…
C’est vrai : tout va bien… dans les discours.

Culture : une capitale sans culture est une capitale sans souffle
La culture n’est pas un supplément.
C’est ce qui fait qu’un peuple se respecte.
Une capitale régionale doit rayonner.
Elle doit être fière de ce qu’elle est, et capable de le montrer.

Proximité municipale : la mairie doit redevenir un outil du quotidien
Une mairie n’est pas un décor.
C’est une machine du quotidien.
Une ville se gère au millimètre : éclairage, propreté, voirie, marchés, sécurité, espaces publics, gestion des quartiers.
Ce n’est pas “moins noble” que les grands discours.
C’est même exactement l’inverse : c’est la noblesse du réel.

Ce que je veux dire aux Cayennais
Je ne suis candidat à rien.
Je ne suis en campagne pour personne.
Je suis un enfant de Cayenne.
Ma famille y est enracinée depuis cinq générations.
Et avec mon parcours, je n’ai rien à prouver : seulement quelque chose à dire.
À l’approche des élections municipales, j’aimerais qu’on se pose enfin la seule question qui compte :
Qui a un cap clair pour Cayenne ?
Pas un slogan.
Pas une photo.
Pas une opération de communication.
Un cap.
Une méthode.
Une équipe.
Du courage.
Car Cayenne ne manque pas de potentiel.
Cayenne manque de volonté.
Et quand une capitale manque de volonté, ce n’est pas seulement la ville qui recule :
c’est tout un territoire qui se dévalorise.
Cayenne mérite mieux.
Et surtout : Cayenne n’a plus le droit d’attendre."

 

Par Alain Chaumet 
Fondateur de La Semaine Guyanaise (37 ans)
Ancien éditorialiste (2002–2015)

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