« Musikothérapy », le dernier album d' Aymerick Lubin, alias Warren, est sorti fin mai. Le public au péyi a déjà bien en tête son titre promotionnel « Chacun son tour » et « Naomie » mené en collaboration avec Jacob Desvarieux. L'icône locale du zouk R'N'B au masculin y expie les déceptions et les joies qui l'ont agité depuis « E-Zouk » et ont alimenté l'actualité et les rumeurs.
Avec « Musikothérapy », Warren tire donc un trait sur le passé, à savoir notamment, les ruptures professionnelles avec le label Section Zouk, sentimentale avec Lylah, l'ex-Déesse du zouk, sa réputation d'artiste à la grosse tête, les conséquences de ses déclarations publiques, les excès… Des déboires qu'il attribue principalement à l'inexpérience d'un milieu artistique à la face cachée redoutable. Le chanteur qui a abandonné « son côté bling bling » et ses lunettes en interview, nous parle de ses rencontres sur cet opus du changement et, surtout, de sa sérénité retrouvée.
Quel message voulez-vous faire passer avec cet album sur lequel vous reconnaissez « avoir fait des conneries » ?
Sur cet album, je parle de ce qui m'est arrivé ces trois dernières années. On y sent quand même un grand message d'espoir et aussi un changement de direction artistique. Je fais du zouk R'N'B donc c'était un grand rêve de travailler avec Jacob Desvarieux, créateur pour moi de la musique zouk. Il fallait absolument sa présence à mes côtés sur ce projet et de l'autre côté, celle de K-Reen qui est, pour moi, la chanteuse pionnière du R'N'B français. Il me fallait ce juste milieu-là. Sans oublier, la présence de Fanny J, mon alter ego qui a participé à l'ensemble de la réalisation de l'album (ndlr : « Du lourd » a pu déclarer la chanteuse).
Lorsque vous avez approché Jacob Desvarieux, comment a-t-il réagi ?
Ça a commencé par un rapprochement humain. Jacob m’a parlé de sa carrière, donné des conseils, etc. Et, on s’est revu, il y a un an, en tournée en Angola où Fanny J et moi, faisions la première partie du concert de Kassav. On a passé une semaine ensemble, on a vraiment appris à se connaître. De là est née chez moi l’envie de travailler avec lui. Je lui en ai parlé, il m’a dit oui, tout de suite. Sur le moment, je me suis dit : « Il dit ça, comme ça… » Une fois rentré à Paris, j’ai avancé sur mon projet et je l’ai rappelé. Les choses se sont faites de façon très spontanée.
Qu'est-ce, qui selon vous, a convaincu Jacob Desvarieux de travailler avec vous ?
De ce que j'ai ressenti, il l'a fait plus comme une sorte de passage à témoin. D'ailleurs, au début, je me suis dit : « J'ai la chance de bosser avec Jacob Desvarieux, je vais louer un grand studio pour le mettre bien ». Je lui en ai parlé et il m'a dit : « Non, non ! Je te fais confiance, je viendrai chez toi. » Comme quelqu'un qui avait envie de me donner une force humaine plus qu'une collaboration artistique, en fait. D'ailleurs, il a apporté sa pierre à l'édifice tout entier puisqu'il a écouté un peu l'album et dit ce qu'il en pensait, là où il fallait faire des changements et je l'ai quand même écouté sur certains titres. (Il rit)
Et K-Reen, comment vous êtes-vous rencontrés sur ce projet ?
Déjà quand j'étais petit, j'étais fan d'elle. On s'est croisé tout plein de fois. Il y a un an, je suis allé à la présentation de son dernier album « Himalaya ». Je n'avais jamais osé lui parler d'une quelconque collaboration, ni même lui dire que j'étais fan et que j'appréciais son univers. Ça a toujours été très courtois entre nous. Je suis quand même quelqu'un d'assez introverti. Je n'ose pas forcément demander des collaborations aux amis ou collègues que je peux avoir dans la musique. L'an dernier, on se retrouve ici (ndlr : au péyi) pour la cérémonie des Lindor. Au petit-déjeuner à l'hôtel, avec son manager et elle, on discute et elle me sort : « J'ai vu ton dernier clip, « Game Over », c'est une tuerie ! » Quelques mois après, on était en studio ensemble. C'est une très grande artiste. J'apprécie la couleur qu'elle a apportée à « Musikothérapy ». On partage un featuring mais elle a aussi orienté certains titres.
Votre mère a écrit le titre « Yana » sur cet album. C’est la première fois que vous l’invitez…
À écrire, oui. C’est un titre où l’on fait une personnification. Au début de la chanson, on a l’impression que je m’adresse à une femme. Je dis, en français : « depuis que je suis tout petit, je te regarde, j’essaie de te faire passer des messages que tu ne comprends pas ou interprètes mal et je pense qu’à l’époque, j’étais vraiment trop petit pour que tu puisses m’entendre mais aujourd’hui, on a l’occasion d’arranger les choses… » C’est seulement dans la deuxième partie de la chanson qu’on voit que cette personne, est en fait la Guyane. J’aurais très bien pu appeler ce titre « Ôde à la Guyane » ou « À Yana ». J’invite le public à l’écouter, la méditer, peut-être. Cet album a vraiment été comme une arche de Noé, une grande maison ouverte où chacun a apporté (ndlr : « Yana » a été orchestré par Thierry Fanfan et composé par Ali Angel). Il dégage énormément d’amour.
Warren tient donc compte de l'avis des autres ?
Oui, je tiens compte des remarques des autres et j'essaie de faire en sorte qu'à l'avenir, il n'y ait plus de quiproquo, malentendu qui pourrait nuire à mon image que j'essaie aujourd'hui de contrôler un peu plus.
C’est une forme d’humilité que vous semblez exprimer dans le travail. Elle tranche avec l’image qu’une partie du public peut se faire de vous, à savoir, celle d’un homme froid et hermétique, hors la scène…
J’ai toujours eu ce problème d’incompréhension parce que les gens s’arrêtent souvent à une image. Or, il y a l’artiste et l’homme derrière. Je ne pense pas que cette image faussée de moi vienne de mots sortants de ma bouche ou d’actes mais plutôt d’attitudes qui sont très vite sorties de leur contexte, de choses qui ont été mal gérées par mon ancien staff et par moi-même. C’est un peu l’histoire de ma vie. J’ai appris à vivre avec. À l’écoute de cet album, j’invite justement à améliorer les choses.
Que le public s’approprie la vie des artistes, cela fait partie du jeu, non ?
La difficulté pour moi, toutes ces années, a été de rester dans le silence, sans chercher à me justifier. Maintenant, je pense que c’est sur le long terme que les gens apprendront à voir l’homme que je suis. Il faut que je reste crédible, le temps fera la raison, tout simplement. C’est chiant de se retrouver souvent dans l’intimité avec des gens qui vous disent : « Je ne te voyais pas comme cela ! » Je l’entends tous les jours. Après, je ne peux pas crier : « Eh, venez me parler, je suis quelqu’un d’ouvert. »
C'est une réponse à ceux qui disent que vous avez la grosse tête… Y voyez-vous une forme de jalousie ?
Je ne sais pas. En toute humilité, cet album est une grosse introspection où je m’ouvre vraiment et je pense qu’il invitera les gens à faire ce que j’ai fait moi-même, me remettre en question, de temps en temps se regarder dans un miroir et voir qu’il est peut-être facile de juger les choses.
Dans un teasing promotionnel publié sur internet vous évoquez « des erreurs commises par naïveté ». Aujourd'hui, considérez-vous que vous êtes mûr sur le plan professionnel ?
Il n'y a pas une seule chose que je regrette. C'est l'ensemble de ces choses positives et négatives qui font l'homme que je suis. Oui, j'ai grandi, mûri. 33 ans, je n'ai pas le choix !
« Musicothérapy » serait donc l'album de la maturité ?
Je dirai plus l'album de la sérénité. Aujourd'hui, je reviens avec une autre vision de la vie, du business, une autre philosophie. Je n'ai plus les mêmes attentes et les mêmes craintes.
« Le nouveau Warren », ce serait un bon titre ?
Sincèrement, je n'aime pas qu'on utilise le terme de « nouveau » parce que je pense qu'on ne change pas profondément, on se révèle par nos expériences.
Alors votre titre « Prêt à changer » sur votre précédent album, est à ranger au rang des utopies ?
C’était une utopie. (Rires) Encore une fois, je ne regrette absolument rien. Les erreurs que j’ai pu faire, à l’époque, je pense que, je les referais, si c’était à refaire, parce que je ne peux rien faire, sans engager mon cœur.
Quel but poursuivez-vous dans la musique ?
Je pense qu'elle peut être en soi une forme de thérapie. Dans les pires moments, elle m'a sauvée. Je me dis pourquoi ne pas partager cet état d'esprit avec mon public.
Warren tient-il aussi à marquer sa génération ?
Sincèrement, que les gens se rappellent de moi, ce n'est pas mon leitmotiv mais faire de la bonne musique, oui, et la partager. Maintenant, si en le faisant, j'arrive à marquer l'histoire tant mieux, si je n'y arrive pas tant pis.
Vous avez un prochain concert en vue ?
Je travaille sur le deuxième (ndlr: prévu pour début octobre).
Ça va être difficile au regard de ce que vous avez pu proposer au public, il y a trois ans…
Difficile de faire mieux que le Stade de Baduel ?
De surprendre. D’autant que vous avez pris votre autonomie aujourd’hui…
Plus c’est dur, plus j’aime. À chaque album, c’est le challenge. Je me lasse et m’ennuie très vite, j’ai besoin de fortes doses d’adrénaline. Ne vous inquiétez même pas quant à la réalisation de ce concert. J’ai hâte d’y être.
Fanny a déjà fait l’Olympia ! Vous y songez ?
(Rires, puis silence) Son manager, Rolyane Tacita, prend la parole : C’est en projet !
Avec qui aimeriez-vous collaborer désormais ?
Ça va être dur maintenant.
Vous voulez dire après Jacob Desvarieux et K-Reen ?
Cet album, c’est vraiment une consécration pour moi parce qu’il est sorti sous le label Warner Music France. Il marque un changement de structure, de management, d’environnement aussi. Je renais de mes cendres avec mes envies, mes opinions, mon équipe. Quand on appartient à un circuit bien tracé, il est difficile d’en sortir et de se refaire seul. Il serait donc peut-être trop tôt aujourd’hui de commencer à parler de quelque envie de collaborer. J’ai vraiment envie de mettre en lumière ce travail fourni avec Jacob, K-Reen, Ali Angel et, peut-être, que d’ici un an ou deux mûrira l’envie d’autres collaborations. Pour l’instant, je suis encore sur mon petit nuage de « Musikothérapy ».
Vous êtes indépendant aujourd’hui. Restez-vous fidèle aux artistes que vous avez pu accompagner jusque-là ?
Oui, ils sont les mêmes : Fanny J, Axel Benth. Une équipe essentiellement guyanaise avec une autre artiste guadeloupéenne, Tayna.
Vous avez écrit une fois encore le scénario du clip de « Chacun son tour »…
Oui. Je n’ai pas changé à ce niveau-là, j’aime mettre mon nez partout.
Ça vous dirait de faire du cinéma ? Peut-être avez-vous même déjà été approché pour une guest ?
(Il rit. Après quelques instants de silence…) On va dire que c'est en cours, ça fait partie de mes projets. Vous m'avez devancé d'un an.
Vous ne nous en direz pas plus…
Non.
« Womm », c'était il y a bien longtemps maintenant. Où situez-vous le curseur du début de votre carrière ?
J'ai démarré avec Damaniak en 1995 avec qui j'ai fait quelques scènes et ça s'est concrétisé avec Womm en 1997. Donc, ça fait, ouh la, 18 ans ! Je suis un vieux en fait ! (Rires) Bientôt, je pourrais faire les soirées rétro …
À quand l’album best of de Warren…
C’est un truc qu’on peut penser en fin de carrière. Peut-être que vous souhaitez la précipiter. (Rires).
L’idée ne vous a donc jamais effleuré l’esprit ?
Non, je n’y ai jamais pensé mais merci pour l’idée.
Y a-t-il un jeune au péyi que vous aimeriez pousser musicalement ?
Il y en a deux. Je les suis de loin, j'aimerais bien leur donner un coup de main dans l'avancement de leur carrière : Lesna, un petit jeune au registre dancehall et Jaïhana King. J'aime vraiment ce qu'il fait. J'ai eu l'occasion d'écrire cinq ou six titres pour les gagnants du concours de chant de l'AAL (ndlr : le podium interlycées) dont Fanny était la première lauréate. J'aimerais bien recommencer à parainer ce genre de manifestation.
Hors « Musikothérapy, qu’écoutez-vous pour votre plaisir personnel ?
Les derniers albums de Maryloo Coopen, « Karma’Soultra », de Maître Gims, « Subliminal » (ndlr : jeune rappeur congolais de Sexion d’assaut) et de Justin Timberlake, « The 20/20 Experience ». « Musikotherapy », je pense que je recommencerai à l’écouter, d’ici deux mois.
Maryloo Coopen a elle aussi fait un album très personnel. Une démarche comme la vôtre, c’est prendre le risque de ne pas être suivi…
C’est vrai, c’est risqué. Elle commence à travailler à un deuxième album et je pense qu’elle avait besoin de se livrer sur celui-là. J’aime cet album dans son ensemble parce que Maryloo a un univers particulier, un karma envoûtant. En fait, j’ai toujours été fan de sa voix, de ses approches. Musicalement, on a déjà bossé ensemble aussi. Toute cette génération-là : K-Reen, Maryloo Coopen, Jean-Michel Rotin, Keisha, Ali Angel, on était dans la même mouvance, on a les mêmes influences et références musicales donc, forcément, quand il y a un copain qui sort un album, on l’écoute, on s’y intéresse. On vient du même moule, je trouve ça bien de s’entraider entre artistes.
Quelle consommation faites-vous de la télé ?
Sincèrement, je regarde plus les séries, téléfilms que l’information, en elle-même.
Y a-t-il des programmes que vous exécrez ?
Certaines téléréalités. J’aime bien « The Voice », voilà mais les autres, c’est juste plus possible.
Où vous ont mené exactement vos tournées à l’étranger ?
J’ai commencé par le Portugal, le Cap-Vert, le Mozambique, l’Angola, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, Joannesbourg (Afrique du Sud), les États-Unis, en partant de New York : Boston, Washington, Miami, Montréal, le Vietnam, la Réunion, Mayotte, la Nouvelle-Calédonie, Saint-Martin, Guadeloupe, Martinique, Saint-Barthélémy…
Dans des clubs ?
Oui, sauf l’Angola où je me suis aussi produit dans un stade.
Quel est le lieu qui vous a le plus marqué ?
Je ne citerai pas de pays mais j’adore l’Afrique.
Pourquoi ?
Je trouve que c’est un public très particulier, touchant, innocent. C’est un rapport direct très sain. Ce sont des gens qui vous donnent énormément d’amour et je « surfkiffe » cette affection particulière avec le public africain. On pleure très vite là-bas.
Vous pleurez ?
Si vous saviez… J’ai la larme facile.
Et le Vietnam, pouvez-vous nous en dire plus ?
C’est grave ça ! Disons qu’on prépare des petites choses. J’aime bien aller là où l’on ne m’attend pas.
« Musikothérapy »
Cinq ans après « E-Zouk », « Musikotérapy » est sans doute le plus intimiste des albums de Warren. Le jeune chanteur saint-laurentais déroule sans détour le fil d'une histoire douloureuse avec le public, son label, l'amour, la paternité. Une « grosse introspection » après s'être retrouvé « an chyen », concède-t-il. Sur ces quinze titres à dominante résolument plus R'N'B que les précédents, Warren prend le risque de ne pas faire l'unanimité auprès de son public habituel. Exception faite de « Chacun son tour » et son déjà célèbre refrain « Lavi-a bèl anba la bay, les fans le retrouveront davantage sur les titres « La vie en blues » mené en collaboration avec Fanny J avec qui il « a traversé les pires moments ». Au titre des bonnes surprises, le titre zouk rétro « Naomie » avec Jacob Desvarieux, le kompa zouk « La roue tourne » avec Nickenson Prudhomme, « Tromper, c'est détruire » avec K-Reen, et, enfin « Yana ». Une balade tout en créole, écrite par sa mère, Eliane Luap. Une première en 18 ans de musique ! À noter aussi, la réconciliation Warren/Ali Angel (aux guitares et sur une composition). Les fans y noteront aussi quelques clins d'œil à « E-Zouk ». “ Musicothérapy », 15 titres, mai 2013, production UM Music, chez Warner Music France.
Christelle Auguste
Ses prochaines scènes
- À Cayenne, le 21 juin à partir de 19 heures, Centre commercial Montjoly 2, pour la Fête de la musique, avec d'autres artistes : Fanny J, Jahyanaï King, Pompis. - Warren sera en concert en Angola le 6 juillet et entamera une tournée promotionnelle aux Antilles et en Guyane.
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