Portrait : Chealsea, l'influenceuse qui raconte les traditions bushinenge
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Portrait : Chealsea, l'influenceuse qui raconte les traditions bushinenge

Sabrina GUILLOT-ALONSO, stagiaire
@chealseadelphi combine 300 000 likes sur TikTok
@chealseadelphi combine 300 000 likes sur TikTok • SABRINA GUILLOT-ALONSO

Sur TikTok, Chealsea Valerius raconte les traditions bushinenge à une communauté de plus de 14 000 abonnés. Elle cumule aujourd'hui plus de 300 000 likes

L'air élégante et décontractée, Chealsea Valerius alias @Chealseadelphi sur TikTok, nous retrouve dans le centre-ville de Cayenne, où elle s'est installée il y a sept ans, après des études en gestion administrative et comptable à Rennes. Sous la pluie bretonne, la Guyane ne l'a jamais quittée. " J'aimais beaucoup Rennes, mais ma famille me manquait. Je voulais rentrer et travailler ici parce que c'est chez moi, je tiens vraiment à ce territoire ", raconte-t-elle.

Celle qui se surnomme " Madame Pourquoi ?" a décidé, il y a environ huit mois, de raconter les histoires de sa culture sur les réseaux sociaux. Originaire de Saint-Laurent du Maroni, cette vingtenaire a peu à peu endossé le rôle de " passeuse " de traditions. " Je me suis rendu compte que beaucoup de Guyanais, y compris des Bushinenge, connaissaient mal leur culture et leur tradition. Les gens reproduisent des gestes parce qu'ils ont toujours vu leurs parents ou leurs grands-parents les faire, sans forcément savoir pourquoi. ". Avant de s'intéresser aux traditions, Chealsea réalisait des vidéos sur les lieux emblématiques de Guyane. Puis un jour, elle s'est interrogée sur tous ces gestes qui rythment les moments de la vie au moment des naissances, des mariages, des deuils. " Je les ai toujours vus dans ma famille. Je me suis demandé pourquoi on faisait tout ça. Alors, je suis allée voir les personnes qui avaient les réponses. "

Rendre les traditions accessibles aux jeunes générations

Son objectif : rendre accessibles aux jeunes générations des traditions qui, jusqu'à présent, se transmettaient principalement à l'oral au sein des familles. " Si une vidéo pousse quelqu'un à aller poser des questions à sa grand-mère ou à son grand-père, alors mon objectif est atteint. ". Pour alimenter ses vidéos, la jeune femme s'appuie sur les récits de ses grands-parents, de ses grands-oncles et de ses cousins plus âgés et parfois même d'universitaires, comme Jean Moomou. 

 

 

 

Le véritable déclic survient il y a trois ans, lorsqu'elle fait face au décès de sa mère. Au milieu du deuil, Chealsea découvre avec un regard nouveau sur les rites qui entourent la mort. " J'ai vu des traditions auxquelles je n'avais jamais vraiment prêté attention. C'est là que je me suis mise à me poser énormément de questions. ". Parmi les cérémonies qui l'ont le plus marquée figure celle où un chef bushinenge interroge l'esprit du défunt avant l'enterrement afin de savoir s'il est parti en paix. Une planche est placée entre deux personnes avec un tissu et un objet ayant appartenu au défunt, parfois une mèche de cheveux. Les mouvements sont ensuite interprétés par le chef coutumier. " C'est un sujet qui me tient à cœur. Ma mère veille sur nous. Même si certains n'y croient pas, cela fait partie de notre culture. "

Son travail est salué par d'autres créateurs de contenus spécialisés dans la valorisation de la culture guyanaise. C'est le cas de Nadini Seedo, alias @Sabiboto, suivie par une communauté plus importante sur les réseaux sociaux. " C'est une très bonne chose de voir ce genre de profils sur les réseaux, car notre génération n'a pas eu la chance d'apprendre notre histoire à l'école ou même à la télévision. Pour les Bushinenge, il existe peu de livres qui racontent notre histoire. ", estime l'influenceuse.

Pour elle, Chealsea parvient à trouver le bon équilibre entre transmission et respect des traditions. " Il y a certaines pratiques qui relèvent du secret et qui ne peuvent pas être diffusées. Mais ce qu'elle partage, ce sont des choses que l'on voit tous les jours. Cela n'a rien à voir avec les traditions qui appartiennent à l'intime."

"Ce n'est pas parce que c'est différent que c'est faux"

Chealsea, elle, refuse de présenter ses vidéos comme des vérités absolues. Les traditions bushinenge diffèrent selon les familles et les territoires. " Je n'ai pas peur qu'on me dise qu'une information est différente. C'est comme la cuisine. Chacun prépare son colombo à sa façon. Certaines familles mettent de la mangue, d'autres non. Ce n'est pas parce que c'est différent que c'est faux. "

 

 

 

Au contraire, elle encourage sa communauté à partager ses propres pratiques afin d'enrichir cette mémoire collective.

La curiosité de Chealsea ne semble pas près de s'essouffler. Prochainement, elle consacre une série de vidéos aux soins traditionnels apportés aux nouveau-nés, un sujet qui lui est venu après une naissance dans sa famille. Pourquoi applique-t-on du caramel de canne dans la bouche des bébés ? Quels bains leur sont traditionnellement donnés ? Autant de pratiques encore largement répandues, mais dont beaucoup ignorent aujourd'hui l'origine.

Une chose est sûre, @chealseadelphi n'a pas fini de poser des questions à ses grands-parents.

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