Yé ka rélé mo : l'artiste Nikko signe un retour entre traditions et intelligence artificielle
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Yé ka rélé mo : l'artiste Nikko signe un retour entre traditions et intelligence artificielle

Propos recueillis par Nahomie PERIGNY
Nicolas Coralie allias Nikko a plus de 30 ans de carrière.
Nicolas Coralie allias Nikko a plus de 30 ans de carrière. • NC

L'artiste guyanais Nikko, en featuring avec Mickee 3000, a dévoilé en mai 2026 son nouveau titre, " Yé ka rélé mo ". Dans cet entretien, il revient sur plus de trente ans de carrière et ses nouveaux projets 

Qu'est-ce qui vous motive à créer et à monter sur scène après trente ans de carrière ?
La musique et la créativité me procurent un véritable bien-être. Ce qui me motive, c'est l'amour que me transmettent les jeunes comme les moins jeunes de mon pays, mais aussi d'ailleurs. J'espère continuer à faire découvrir, à travers ma musique, d'autres facettes de notre histoire et de notre identité guyanaises.

 



 

Vous venez de sortir Yé ka rélé mo qui fait la part belle au sifflement, pourquoi ?
Cette chanson m'a été inspirée par Domino de Joseph Mondésir. Le sifflement fait partie de notre patrimoine immatériel. Beaucoup de jeunes ne connaissent plus cette pratique, alors qu'elle a marqué le quotidien de plusieurs générations. Avant les téléphones portables, le sifflement était un véritable moyen de communication. J'aimerais rappeler que notre patrimoine ne se limite pas à la cuisine, à l'artisanat, aux monuments ou aux livres d'histoire. Il est aussi fait de gestes, de sons, de traditions et de souvenirs.  Yé ka rélé mo invite chacun à écouter cette mémoire, à en être fier et à la transmettre aux générations futures. Notre identité culturelle est une richesse et c'est ensemble que nous devons la préserver.

 

 


Le public peut-il s'attendre à de nouveaux titres ou à un nouvel album ?
Oui. Nous travaillons sur un nouvel album qui réunira les derniers titres sortis en singles ainsi que plusieurs chansons inédites.


Vos fans espèrent vous revoir en concert. Un retour sur scène est-il envisagé ?
Nous l'espérons. Avec toute l'équipe qui m'accompagne, nous souhaitons nous produire à Cayenne, dans une grande salle, ainsi que dans plusieurs communes de Guyane avant la fin de cette année. Si ma santé me le permet, une tournée est aussi envisagée en 2027 au Brésil, au Canada, dans l'Hexagone et dans le Pacifique.

 

 


Comment percevez-vous l'évolution de la musique guyanaise depuis vos débuts ?
À mes débuts, nous avions beaucoup moins de moyens pour enregistrer, produire et diffuser notre musique. Aujourd'hui, les artistes disposent d'outils modernes et des réseaux sociaux qui leur permettent de toucher un public beaucoup plus large. Les influences musicales se sont diversifiées : les rythmes traditionnels guyanais côtoient désormais le reggae, le dancehall, le zouk, le hip-hop et les musiques afro-caribéennes. Cette ouverture est une richesse, à condition de ne jamais oublier nos racines.


Y a-t-il des artistes de la nouvelle génération qui attirent votre attention ?
Je suis heureux de voir émerger une nouvelle génération d'artistes talentueux qui osent innover tout en mettant en valeur l'identité de la Guyane. J'écoute avec beaucoup d'intérêt Ken Vybz, Gifta, Bamby ou encore Mickee 3000, qui est d'ailleurs le créateur de la musique de mon dernier titre. J'apprécie aussi S Gang de Cayenne, Kater Karma (Reggilio Pinas) et LilYoung, ces deux derniers évoluent principalement au Suriname. Il reste des défis à relever, en matière de structuration de la filière musicale, de soutien aux artistes et de visibilité à l'échelle nationale et internationale.

 

 


Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui rêvent de vivre de leur passion ?
Je leur dirais d'abord de croire en leur identité. La Guyane est un territoire d'une richesse culturelle exceptionnelle et ce qui nous rend différents peut devenir notre plus grande force artistique, à l'image du chanteur Rickman. Je leur conseillerais de ne pas avoir peur de montrer leur travail. La musique est avant tout un travail d'équipe. Il faut utiliser les réseaux sociaux, les médias, participer à des concours, à des résidences et créer des collaborations avec d'autres artistes. Les opportunités naissent souvent des rencontres.


L'intelligence artificielle prend une place de plus en plus importante dans la création musicale. Est-ce une opportunité ou un risque pour les artistes ?
Selon moi, l'IA reste un outil, comme tant d'autres. Le clip de Yé ka rélé mo a été conçu en partie grâce à l'intelligence artificielle par la société Elo PIX. À mes yeux, le résultat est réussi, comme en témoignent les milliers de vues enregistrées ainsi que sa diffusion sur plusieurs chaînes de télévision dans différents pays. En plus de trente ans de carrière, nous avons dû nous adapter à de nombreuses révolutions technologiques. Beaucoup étaient réfractaires à l'informatique lors de l'apparition de la musique assistée par ordinateur (MAO) et certains en ont payé le prix. Il faut vivre avec son temps si l'on souhaite durer et évoluer.


Pensez-vous qu'une chanson générée par l'IA puisse transmettre autant d'émotions qu'une œuvre écrite par un auteur-compositeur ?
Avec mes musiciens, nous pensons que les auteurs-compositeurs s'appuient sur leur vécu, leurs émotions et leurs expériences. C'est cette dimension humaine qui donne à leurs œuvres une authenticité difficile à reproduire. L'intelligence artificielle ne ressent pas d'émotions : elle les reproduit à partir de modèles et de données. Cela me ramène à Yé ka rélé mo. Le succès de cette chanson n'aurait jamais été possible sans l'apport des percussions d'Anccy Clet ou de la guitare de Jean-Louis Théolade. Ce sont de véritables virtuoses. Leur sensibilité, leur interprétation et leur talent restent, à mes yeux, irremplaçables.

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