La balle est dans leur camp
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MATOURY

La balle est dans leur camp

Karin SCHERHAG
Le timide Jean-Pierre s'entraîne, même avec un pouce dans le plâtre. Il est le meilleur joueur de la classe. (KS)
Le timide Jean-Pierre s'entraîne, même avec un pouce dans le plâtre. Il est le meilleur joueur de la classe. (KS)

25 élèves du collège Lise-Ophion ont été choisis pour intégrer une section golf. Et le premier bilan est probant : absentéisme en baisse et résultats scolaires en hausse. Mais les places sont chères...

Il n'y a peut-être pas de recette magique pour lutter contre le décrochage scolaire, mais au collège Lise-Ophion de Balata on a trouvé une formule efficace. Créée l'année dernière, la section sportive (1) regroupe 25 élèves de tous les niveaux autour d'une activité pour le moins originale : le golf. « C'est la troisième section domienne, après la Réunion et Mayotte, mais la seule des Antilles-Guyane » , souligne fièrement Loic Rubio, le professeur d'EPS à l'initiative du projet.
Deux matinées par semaine, il emmène ses élèves sur le practice de Matoury, à quelques centaines de mètres du collège. Une distance que le groupe parcourt à pied. Et personne ne se fait prier! « On a très peu d'absentéisme dans cette classe, poursuit-il. Alors pour nous, le contrat est rempli. Certains sont arrivés de primaire avec des problèmes de comportement, et dans une classe lambda ils n'auraient sans doute pas eu les mêmes résultats. Là, l'ambiance est vraiment bonne. Ils travaillent en groupe, progressent ensemble... »
Samithe est le parfait exemple de cette saine émulation. Très amie avec les deux têtes de la classe, Zoé et Flavie, elle avoue elle-même « apprendre et se concentrer davantage » . Et forcément, ses résultats s'en ressentent. Avec une moyenne générale de 12,80 l'année dernière, la section golf s'affichait même comme l'une des meilleures classes de 6e de tout l'établissement.
« LE GOÛT DU HAUT NIVEAU »
Car le contrat est clair : pour intégrer et garder leur place dans ce petit groupe privilégié, les élèves doivent se montrer assidus et travailleurs. « On a tenu à avoir une certaine mixité, avec des élèves de tous niveaux. On ne leur demande pas des 16 de moyenne mais s'ils ne font pas preuve de sérieux, ils sont exclus de la section » , explique Marc Taillandier, le principal de Lise-Ophion. « Et on est de plus en plus exigeant, insiste Loic Rubio. A la fin, ne resteront que ceux qui brillent sur le parcours de golf et en classe. Une petite dizaine d'élèves en classe de 3e, pas plus. » Cette année, trois enfants de 6e ont été intégrés, mais d'autres sont sortis du dispositif. En guise d'exemple. « Ils ont la chance de pouvoir faire du golf. Ils doivent donc mériter leur place. »
Preuve de son investissement, Jean-Pierre continue de s'entraîner avec une main dans le plâtre. Un pouce cassé suite à accident de football, c'est un comble. A 12 ans, le collégien montre déjà un vrai potentiel. « C'est assurément le meilleur joueur du groupe » , précise Patrick Rault, golfeur professionnel et professeur agréé par la Fédération nationale. Quatre heures par semaine, il enseigne aux collégiens de Balata et a rapidement repéré les futurs talents. Le gamin du Larivot, lui, savoure sa chance d'être là. « Ça demande beaucoup de travail et il faut s'accrocher, mais ça vaut le coup. Si je peux, j'aimerais continuer à jouer au golf plus tard. » Et pourquoi pas, atteindre des sommets ? « C'est clair que si on arrive à en sortir un ou deux des quartiers pour les envoyer en métropole, on aura gagné » , confie Loic Rubio. Bobeur qualifié pour les Jeux Olympiques de Turin en 2006, le professeur ne cache pas son envie de donner à ses élèves « le goût du haut niveau. »
Quatre heures par semaine, les collégiens s'initient au golf avec Patrick Rault, un joueur professionnel. (KS)
Quatre heures par semaine, les collégiens s'initient au golf avec Patrick Rault, un joueur professionnel. (KS)
Samithe, Zoé et Flavie s'entraident sur le terrain et en classe. (KS)
Samithe, Zoé et Flavie s'entraident sur le terrain et en classe. (KS)
(1) Un projet subventionné à 67% par l'Europe, via le FSE, et par le Cnes (25%). Le collège Lise-Ophion apporte 4 000 euros par an, sur un budget de 110 000 euros.
Le kayak, ça fonctionne aussi!
Avant le golf, il y avait... le kayak. A son arrivée à la tête de l'établissement il y a trois ans, Marc Taillandier cherche à mettre en place des projets innovants. Il peut alors compter sur la motivation de ses professeurs d'EPS et l'idée d'une classe kayak fait rapidement son chemin. « On a choisi une 4e car c'est une année un peu creuse, sans réel enjeu pour les élèves » , raconte le principal. Là encore, des gamins de tous les niveaux se retrouvent réunis. Et la sauce prend. « Les enfants ont appris à mieux se connaître et à s'entraider. Il y a eu un changement évident au niveau de leur comportement, la classe était beaucoup plus agréable. » Cette année, le dispositif a donc été généralisé à toutes les classes de 4e. Pour des raisons d'organisation, deux stages de kayak sont mis en place, en début et fin d'année scolaire. Le résultat sera-t-il aussi probant ? Réponse en juin prochain.

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