À Balata, une marche pour la non-violence
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À Balata, une marche pour la non-violence

Propos recueillis par Stéphanie BOUILLAGUET
Monseigneur Lafont et Franck Dubos souhaitent mener une large réflexion sur les causes et les mécanismes de la violence, pour apporter des solutions (SB)
Monseigneur Lafont et Franck Dubos souhaitent mener une large réflexion sur les causes et les mécanismes de la violence, pour apporter des solutions (SB)

Les responsables religieux et des représentants de la société civile (1) appellent la population à participer à une marche contre la violence, dimanche après-midi à Balata. Ils ont également rédigé un manifeste et préparent une table ronde. Monseigneur Lafont et Franck Dubos, membre du mouvement pour une alternative non violente, expliquent le sens de cette démarche.

Quelle est l'ambition de la marche de dimanche ?
Monseigneur Lafont. Son ambition, c'est d'abord de témoigner de notre solidarité avec ce quartier et avec toutes les victimes de ces violences. Nous sommes passés voir plusieurs familles ces jours derniers. Perdre un enfant est l'épreuve la plus dure pour un parent. Mais le perdre dans ces conditions, c'est encore pire. Par conséquent, ce sont d'abord des familles qui ont besoin de notre soutien. Certainement pas de notre jugement, de notre regard de suspicion, mais de notre soutien.
Vous souhaitez également ouvrir une réflexion plus profonde sur la question de la violence...
Mgr Lafont. Nous avons tous besoin de nous asseoir et de réfléchir. La violence ne sort pas de n'importe où, elle ne sort pas plus des jeunes que d'une autre partie de la population. La violence sort du coeur de la personne. Et elle sort aussi des conditions de vie qui ne permettent pas aux personnes de croître dans la confiance en eux, dans la confiance dans la vie, dans la confiance dans la société. Je prends juste un exemple : une société qui accepte que la moitié de ces jeunes n'ait pas de travail est irresponsable. Irresponsable.
Donc nous allons tous nous asseoir pour réfléchir aux sources de la violence, afin de trouver les remèdes qui conviennent. Parce qu'un bon médecin commence par établir un diagnostic pour trouver les remèdes appropriés. C'est aussi pour nous inviter nous-même à réfléchir à notre propre complicité avec la violence dont nous nous plaignons.
Franck Dubos. Une prise de conscience est nécessaire ; on voit la partie visible de l'iceberg, mais il ne faut pas oublier tous les registres de la vie dans lesquels la violence se manifeste : dans les relations interpersonnelles, professionnelles, les violences institutionnelles aussi. Il faut que chacun fasse un énorme travail sur soi pour savoir où on en est par rapport à cette violence qui se manifeste au quotidien.
Vous comptez organiser une table ronde fin novembre ?
Franck Dubos. Il faut ouvrir un véritable travail de fond, de réflexion. Il faut faire des propositions entendables, et entendues, par le maximum de gens.
Mgr Lafont. Les mécanismes de violence ne sont pas la solution. On ne vainc pas le mal par le mal, la violence n'est jamais un bien. Quelle que soit la colère dans laquelle je me trouve, ce n'est pas la colère qui doit dicter mes réponses, ce ne sont pas mes pulsions... C'est quelque chose qui doit être raisonné. D'où l'importance de devenir maître de son destin, « capitaine de son âme » , comme dit le poème que Mandela aimait tant (Invictus de William Ernest Henley, ndlr).
Notre effort de réflexion non violente cherche les mécanismes de résolution de conflit. Car il y aura toujours des conflits. Il faut éviter le conflit en amont, mais aussi, en aval, essayer de trouver des remèdes appropriés, qui n'augmentent pas le conflit, mais qui au contraire le résorbent.
Franck Dubos. Il y a des expériences menées dans d'autres pays : on parle beaucoup par exemple des « grands frères » , qui jouent le rôle de médiateurs. Je pense que c'est une piste de réflexion sur laquelle on peut travailler.
Retrouvez le manifeste sur www.franceguyane.fr.
(1) Monseigneur Lafont, évêque de Guyane, Imam Muhammad Basharat, C. Raharijaona, représentant de la communauté bouddhiste tibétaine de Guyane, et Franck Dubos, membre du mouvement pour une alternative non violente.
Salaires des prêtres : Mgr Lafont observe un jeûne
Depuis samedi dernier, l'évêque Monseigneur Lafont observe un jeûne. Une manière pour lui « d'appeler à la conscience de chacun » . L'évêque pense à l'arrêt de la rétribution des prêtres par le conseil général : « Nous avons besoin de temps pour trouver d'autres formules. On ne change pas les mentalités d'un peuple ou d'une société en un tour de main. »
Il en appelle aux fidèles : « J'essaie par tous les moyens d'alerter mes frères et mes soeurs pour qu'ils regardent la situation, en prenant toute leur responsabilité. Un jour ou l'autre, notre église doit être autonome financièrement. Je ne prends pas dans la poche des gens, j'en appelle à leur conscience. » Hier, sur sa page Facebook, l'évêque a publié : « Depuis le 3 octobre, j'ai demandé de l'aide pour faire vivre l'Église de Guyane à plus de 1 000 personnes. 25 ont répondu. Je les en remercie. Je continue ma prière et mon jeûne. »
PLUS D'INFOS
Marche contre la violence ce dimanche à 15 heures, à Balata Ouest. Départ au niveau du terrain de foot. Toute la population est invitée à y participer.
(Henri Griffit)
(Henri Griffit)

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