Les maires ultramarins démunis face à la montée de l'insécurité et du narcotrafic
Les communes d'Outre-mer sont aujourd'hui confrontées à une criminalité et une délinquance inquiétantes, exacerbées par le narcotrafic, la prolifération des armes et l'insécurité grandissante.
Ce constat alarmant a été au cœur des discussions lors de la deuxième séance de la journée dédiée à l'Outre-mer, dans le cadre du 107e congrès des maires et des présidents d'intercommunalité de France, qui s'est tenu au Palais de Congrès d'Issy-les-Moulineaux.
Les élus ultramarins ont exprimé leur besoin urgent de liberté d'action face à une situation devenue hors de contrôle au cours des dix dernières années. Les territoires ultramarins, devenus des portes d'entrée pour les narcotrafiquants, voient la majorité des produits illicites destinés à l'Europe transiter par leurs plages et ports. Face à ce phénomène, les municipalités disposent de moyens limités pour contrer cette montée en puissance des trafics.
La table ronde organisée a permis d'explorer des pistes de collaboration entre les municipalités et les services de l'État pour faire face à cette montée de la violence. Les élus ont souligné que l'insécurité et le narcotrafic touchent l'ensemble des territoires ultramarins.
Jean-Baptiste Rotsen, 2e adjoint au maire de Sainte-Marie, a insisté sur l'importance d'adopter une approche globale : « La France doit élaborer une stratégie qui prenne en compte l'ensemble de son territoire et renforcer les moyens locaux. »
70 tonnes de cocaïne saisies
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : plus de 250 000 personnes vivent du narcotrafic, tandis que les forces de sécurité, estimées entre 235 000 et 240 000 agents au niveau national, peinent à faire face à cette réalité. Selon le sénateur Étienne Blanc, le narcotrafic représente un poids économique de 7 milliards d'euros, tandis que le budget du ministère de la Justice ne s'élève qu'à 10 millions d'euros. La situation est d'autant plus alarmante que le nombre d'homicides annuels en France oscille entre 130 et 150, avec des centaines de blessés liés à des violences sur les points de deal. Christian de Rocquigny, chef adjoint de l'Office antistupéfiants (Ofast), a confirmé que le narcotrafic fonctionne comme une entreprise bien organisée, posant ainsi des menaces considérables pour la société. Il a également annoncé un renforcement des moyens humains sur le terrain, notamment par l'augmentation des saisies de drogue, qui ont grimpé à 70 tonnes de cocaïne saisies dans la zone Caraïbe aujourd'hui, contre seulement 6 tonnes il y a dix ans.
Les élus ultramarins réclament des moyens supplémentaires pour lutter contre ces trafics : davantage de surveillance, de policiers, de ressources en matière de renseignement et de coopération entre les différents services. Jean-Baptiste Dulion, commandant en chef de la police nationale en charge de l'Outre-mer, a souligné la nécessité d'une collaboration étroite entre les forces de police et les élus locaux pour améliorer l'efficacité des opérations.
Face à cette violence endémique et à l'usage croissant des armes à feu, les maires se retrouvent en première ligne pour proposer des actions de prévention de la délinquance. Il est impératif que les actions menées soient globales, mobilisant tous les services afin de lutter efficacement contre l'insécurité et le narcotrafic.
Catherine Conconne, sénatrice de la Martinique
« Les narcotrafiquants font très vite et s'exonèrent de tout. Ils sont hors la loi et hors de tout droit. Ils ont toujours un coup d'avance. La loi contre le narcotrafic prévoit justement que l'on desserre l'étau sur des autorisations successives qu'il faut avoir dans un État de droit. Mais, il faut pouvoir aller plus vite en court-circuitant certains nombres des dispositifs légaux qui existent et qui sont totalement obsolètes face à la vigueur des réseaux des narcotrafiquants. Il faudra une vigilance extrême de tout le monde face à cette menace. C'est un combat totalement conjoint, citoyens, maires, élus, associations et de l'État dans tout son déploiement : police, gendarmerie et justice. Il faut être tous ensemble contre ces phénomènes qui sont sournois et vivaces. »

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