« La Guyane, c'est une passion que je porte en moi »
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« La Guyane, c'est une passion que je porte en moi »

Propos recueillis par Stéphanie BOUILLAGUET
Christiane Taubira lundi matin, à Cayenne. Selon elle, le pays « a raté des rendez-vous, il a loupé des occasions de démontrer sa maturité politique » . Elle n'a pas encore pris de décision concernant son avenir politique local (DSJ)
Christiane Taubira lundi matin, à Cayenne. Selon elle, le pays « a raté des rendez-vous, il a loupé des occasions de démontrer sa maturité politique » . Elle n'a pas encore pris de décision concernant son avenir politique local (DSJ)

Christiane Taubira a passé le week-end de la Toussaint en Guyane. Elle nous a accordé un entretien dans lequel elle revient sur les sujets d'actualité, notamment la future collectivité territoriale.

Les élections pour la collectivité unique auront lieu en décembre 2015. Quel rôle allez-vous jouer ?
Je serais bien en peine de vous répondre car je ne l'ai pas encore décidé. Je sens des impatiences ici ; on joue volontiers aux cabris, on saute les étapes. Mais je n'ai pas pris de décision. Je pense que le pays va mal. La classe politique a eu l'opportunité de faire valoir que nous sommes sur un territoire particulier avec des problématiques spécifiques. Cela appelle des réponses en terme de politiques publiques qui soient justement adaptées à cette réalité guyanaise et à son environnement. Il y avait le rendez-vous de la consultation populaire de 2010 : le choix entre l'article 73 et 74. Ce pays a raté des rendez-vous, il a loupé des occasions de démontrer sa maturité politique.
C'est ma terre, celle de mes enfants et je ne peux pas m'en désintéresser ; c'est une passion que je porte en moi. Et puis, j'ai pris tellement de coups ici... Mais a-t-on enfin rendez-vous avec la maturité politique ? Moi, si c'est pour gérer à la « petite semaine » et pratiquer la politique du gémissement... Il y a des gens qui sont beaucoup plus doués que moi pour cela.
Walwari est plutôt mal en point avec les deux récents revers électoraux subis par Jean-Étienne Antoinette...
D'autres partis sont mal en point. Le PSG connaît une éclipse de plus de vingt ans, et ce n'est pas dit qu'il ressurgisse maintenant. Des personnalités réapparaissent. Mais cela ne signifie pas que le PSG, en tant que parti politique avec une capacité d'influence, une vision de la société, une aptitude à donner des prescriptions - c'est-à-dire voilà le chemin qu'on doit prendre - ressurgisse. Ou alors, il faut le prouver.
Walwari peut offrir ça. Mais c'est vrai que Walwari arbore cette fragilité depuis longtemps déjà, car nous ne dirigeons pas de collectivité et n'avons du coup pas de forte emprise. C'est un parti qui a toujours vécu sur l'engagement de ses militants.
Walwari va aller aux élections ?
Oui, bien sûr.
Jeudi dernier, le journal d'extrême droite Minute a été condamné à 10 000 euros d'amende pour sa Une vous comparant à un singe. Quelle est votre réaction ?
Vous savez que je n'ai pas porté plainte, malgré la profusion d'insultes et d'agressions. Ce qui est intéressant, c'est que très vite le Défenseur des droits, mais aussi des associations, des personnes, comme Walwari ici, ont réagi de façon extrêmement civique.
Le racisme est un délit, ce n'est pas une opinion. C'est un délit puni par la loi et qui doit être sanctionné. Il est important qu'on rappelle qu'en République, il y a des règles, des limites, des lignes à ne pas franchir et que lorsqu'on les franchit, on ne peut pas compter sur l'impunité.
En Guyane, un sujet brûlant est la rétribution des prêtres par le conseil général. Ce système date d'une ordonnance royale de 1828. N'est-il pas temps de le dépoussiérer ?
Absolument. Mais il faut que les choses soient claires. Lorsqu'il y a une loi, il faut qu'elle soit appliquée.
Et lorsqu'on estime qu'elle ne correspond pas, il faut la modifier. On peut imaginer une proposition de loi qui modifie ce système, avec les conséquences financières que cela suppose. Il faut aussi que l'Église s'exprime là-dessus, et dise comment elle entend prendre en charge le clergé.
En général, c'est le diocèse qui s'en charge avec ses ressources. Je ne vais pas commencer à me mêler des budgets de l'Église.
Autre sujet d'actualité, l'utilisation du malathion, un produit fortement controversé, pour lutter contre le chikungunya. Guyane Écologie refuse d'ailleurs que la population guyanaise serve de « cobaye » . Entendez-vous cet argument ?
Lorsqu'il y a été question de l'usage potentiel du malathion, j'ai très vite demandé au ministère de la Santé tous les éléments d'information pour qu'il y ait une transparence totale. Ce qu'il apparaît, c'est d'abord que ce produit a été utilisé en Guyane jusqu'en 2009 sans aucune précaution particulière, ensuite que c'est un produit recommandé par l'OMS, et qu'il a fait l'objet d'une étude d'impact au Canada. Ce qu'on m'indique également, c'est qu'il est encore utilisé en Europe, dans le domaine phytosanitaire.
Voilà les éléments qui m'ont été donnés et ils seraient plutôt de nature à rassurer.
Le chikungunya cause une terrible épidémie qui doit être enrayée. Comment s'en débarrasser ? Avec quoi ? Le malathion, nous disent les experts, est efficace contre les moustiques adultes. Je n'apporte pas de garanties, ce n'est pas mon travail, cela ne relève pas de mes compétences. Mais je peux avoir une appréciation personnelle. Je ne viens pas dire : « Je vous rassure tous, il n'y a aucun risque » . J'estime qu'il n'y a pas de produit chimique sans risque pour la santé et l'environnement. Cela relève de la gestion des risques.

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