« Kaw veut l'indépendance »
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RÉGINA

« Kaw veut l'indépendance »

Propos recueillis par Karin SCHERHAG
Carmélite Madère se veut être la voix de Kaw (KS)
Carmélite Madère se veut être la voix de Kaw (KS)

Carmélite Madère en a gros sur le coeur. Conseillère municipale de la nouvelle mandature, elle tire à boulet rouge sur le maire, Michel Quammie, mais réclame surtout l'autonomie du village de Kaw, rattaché à Régina en 1946.

Depuis la victoire de votre liste à l'élection municipale de mars dernier, des tensions sont apparues entre le maire Michel Quammie et vous. Que lui reprochez-vous ?
Je n'ai rien contre Michel Quammie. C'est son fonctionnement qui me dérange. Il gère la mairie seul ou presque, il n'y a jamais de concertation. Tout ce qu'on lui demande, c'est de communiquer. Ça fait... (elle compte sur ses doigts) six mois que notre équipe a été élue, il est temps de réagir avant que les mauvaises habitudes ne s'installent. Je lui reproche aussi son manque d'implication pour le village de Kaw.
C'est-à-dire ?
Pendant la campagne, il a fait beaucoup de promesses aux habitants de Kaw. C'est d'ailleurs grâce à la mobilisation du village que notre équipe est là aujourd'hui (Michel Quammie a obtenu près de 100% des voix à Kaw, ndlr). Mais depuis, il s'y est rendu en coup de vent et on se sent toujours délaissé. On a un combat à mener : faire valoir les droits des habitants de Kaw. Le conseil municipal vient par exemple de voter un prêt de 850 000 euros sur quinze ans mais on ne formule pas un seul projet pour Kaw. Il y a une politique à deux vitesses.
Et le débarcadère côté bourg promis depuis de longues années ?
On nous répond que c'est à l'étude mais l'étude n'en finit pas. C'est pourtant une priorité pour le village. Le problème, c'est que pour la première fois, aucun élu n'est délégué à Kaw. Moi qui suis la seule élue vivant au village, je ne suis même pas au courant des affaires de la mairie. J'en savais plus quand j'étais simple militante. Il nous faut un référent présent à Kaw. Samedi, lors du conseil municipal, je demanderai donc à ce que le premier adjoint (Simone Perlet, ndlr) s'y installe.
Vous ne souhaitez pas obtenir la délégation du village ?
C'est ce que j'ai revendiqué lors de l'installation de l'équipe. Le maire m'a répondu qu'il en prenait acte mais il n'est jamais revenu sur le sujet. Vous savez, le problème est plus profond.
Avant 1946, Kaw était une commune à part entière, avec son maire. Puis on a été rattaché à Régina, ce qui n'a jamais été cohérent. Je n'ai rien contre les gens de Régina, ma mère y est née, mais il faut être clair : on n'a aucun lien avec cette commune. Pourtant sur les cartes d'identité, il est précisé « né à Régina » et non à Kaw. Et ça, ça fait mal. On se sent dépouillé de notre identité.
Les habitants de Kaw souhaitent-ils un détachement ?
Bien sûr. On a déjà fait quelques tentatives d'ailleurs. Géographiquement, ce serait plus logique qu'on soit rattaché à Roura par exemple. Mais ce que les gens veulent vraiment, c'est l'indépendance.
Et Kaw pourrait survivre seul ?
Avec des projets de développement, oui. On a de nombreuses richesses. De la bauxite, de l'or, des diamants, des essences de bois, du caoutchouc. Avant, on avait même une usine de bois de rose. Et Kaw faisait partie des trois communes qui nourrissaient toute la Guyane.
Puis tout s'est arrêté, pourquoi ?
Parce que la relève n'a pas été assurée. Les jeunes ont quitté le village, on les a orientés vers d'autres métiers. Mais on peut repeupler Kaw. Il faut juste une vraie volonté politique.

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