Karam rejoint Patient au Sénat
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Karam rejoint Patient au Sénat

Pierre-Yves CARLIER
Antoine Karam à son arrivée au siège du PSG, hier soir après son élection (Henri Griffit)
Antoine Karam à son arrivée au siège du PSG, hier soir après son élection (Henri Griffit)

Georges Patient a été réélu au Sénat hier au premier tour. Il sera accompagné par Antoine Karam, qui a sorti Jean-Étienne Antoinette au second tour.

« Félicitations à @GeorgesPatient pour sa réélection et @AKaram973 pour son élection au Sénat. » Voici le sms facétieux et prémonitoire que l'écologiste Harry Hodebourg a envoyé samedi soir, à la veille des sénatoriales. Dans les cercles politiques, ce pronostic était largement partagé. Le bilan de Georges Patient est apprécié. Hier matin, il a été réélu dès le premier tour, avec 255 voix sur 227 nécessaires.
Celui de Jean-Étienne Antoinette paraît alors plus faible pour résister à Antoine Karam. Le conseiller général de Cayenne s'appuie sur le PSG, grand vainqueur des municipales en mars. Il conserve les réseaux tissés pendant ses dix-huit années à la présidence de la Région. Son adversaire, lui, a perdu la mairie de Kourou.
Pourtant, le premier tour est très serré. 14 2 voix pour Antoine Karam, 138 pour Jean-Étienne Antoinette. Hubert Contout (113 voix) et Jocelin Ho-Tin-Noé (108) refusent de se désister. Gamal Hooseinbux (71 voix), lui, appelle à voter pour ce dernier.
NÉGOCIATIONS À L'AMAZONIA
Chacun commente les difficultés d'Antoine Karam, y compris dans son parti. « Aux municipales, on ne l'a pas vu faire campagne » , relève une élue de Macouria. « Il a été dix-huit ans à la tête de la Région. Or, Alexandre a fait les contrats territoriaux (financement des projets des communes) en quatre ans » , ajoute un entrepreneur. « Il y a bien un problème » , confirme un cadre du PSG. Ce que nuance Georges Elfort, maire de Saint-Georges : « Il y a eu des débats dans le parti, c'est normal. Mais quand une décision est prise, tout le monde suit. »
À midi, ça négocie. Antoine Karam a installé son quartier général au sous-sol de l'Amazonia. Les élus du fleuve, eux, mangent à l'étage. Si Paul Dolianki (Apatou) et Paul Martin (Grand-Santi) émargent au PSG depuis longtemps, la présence de Jules Deie (Papaïchton) dans la soirée au siège du parti, en étonnera plus d'un.
LE FAUX SMS DE PATIENT
L'entre-deux tours est aussi un jeu de dupes. Un sms circule sur les portables des élus. Signé « Georges Patient » , il appelle à voter pour Jean-Étienne Antoinette. Le maire de Mana dément : « Je n'ai pas envoyé de sms. Je ne connais pas ce numéro. Je l'ai appelé mais ça n'a pas répondu » , nous dira-t-il dans la soirée.
Au second tour, Antoine Karam creuse l'écart sur Jean-Étienne Antoinette. Les quatre voix d'avance du matin deviennent quarante-cinq. Le PSG retourne au Sénat. Il l'avait quitté en 1989, avec la défaite de l'ancien maire de Saint-Laurent Raymond Tarcy.
La préfecture fait les poubelles
Hier après-midi, il a manqué de bulletins de vote pour le second tour des élections.
 
C'est à une scène hallucinante qu'ont assisté certains grands électeurs, hier après-midi, au second tour des élections sénatoriales : des agents de la préfecture en train de fouiller les poubelles pour récupérer les bulletins de vote utilisés le matin au premier tour. Le but : pallier le manque de bulletins.
Quand ils sont arrivés hier après-midi, des grands électeurs n'ont pas trouvé les bulletins de certains candidats. Hubert Contout a constaté qu'il n'y en avait plus à son nom sur les bureaux. « La préfecture m'a demandé de voir s'il ne m'en restait pas. Je ne suis pas le seul candidat. Je vais devoir déposer un recours. »
Tout a été fait pour trouver des bulletins. Les poubelles donc, mais pas seulement. La préfecture en a réimprimé. Certains candidats sont retournés en chercher chez eux. Le vote a même été suspendu dans un bureau. « Le président nous a demandé de ne prendre que deux bulletins sur quatre, pour les économiser » , raconte un élu cayennais.
Comment en est-on arrivé là ? C'est aux candidats d'imprimer leurs bulletins. Le code électoral leur impose de fournir « une quantité au moins égale au double du nombre d'électeurs inscrits. » Normal, puisqu'il y a deux tours. En pratique, la préfecture leur en aurait demandé 1 050.
Premier problème : les candidats auraient pu en fournir beaucoup plus, pour éviter tout risque.
Deuxième problème : la préfecture en a envoyé la moitié par courrier aux grands électeurs, qui ne sont visiblement pas venus voter avec.
Troisième problème : perpétuant une tradition enseignée dans tous les partis politiques, des électeurs ont pioché sur les bureaux des piles entières de bulletins de leurs adversaires, pour empêcher les grands électeurs de voter pour eux. Les recours devant les tribunaux ont peu de chances d'aboutir : la victoire d'Antoine Karam est large. Il est peu probable que le résultat aurait été différent sans cette péripétie.
P.-Y. C.
Karam : « On ne quitte jamais la politique »
« On savait que j'étais capable de fédérer. Ce pays est en pleine croissance, mais a des difficultés. Ma priorité sera de me battre pour que les collectivités retrouvent leurs capacités à agir et à investir. Je ne me suis jamais retiré de la politique. Tant qu'on a une âme de militant et qu'on aime ce pays, on ne sort pas de la vie politique. »
Camopi privé de 1er tour
Les cinq représentants de Camopi, conduits par leur maire René Monerville, n'ont pas voté au premier tour des sénatoriales mais seulement au second. L'avion privé que la commune avait affrété spécialement pour rejoindre le bureau de vote à la préfecture a eu une heure de retard. L'élection de René Monerville ayant été invalidée début juin par le tribunal administratif, les conseillers municipaux ne savaient pas s'ils devaient prendre part au vote ou pas. « Ce fut une question douteuse » , répond à ce sujet René Monerville qui regrette « que la préfecture n'ait rien dit au conseil municipal. On n'a eu les informations que grâce aux médias. » Un manque de communication de la préfecture que le maire estime « irrespectueux. La situation de Camopi n'est pas prise en compte. Ce n'est pas la porte à côté. Pour venir, il faut prévoir l'hébergement, le transport, la nourriture. »
Les résultats
PREMIER TOUR
Inscrits : 475, votants : 458, exprimés : 453.
GEORGES PATIENT : 255
ANTOINE KARAM : 142
JEAN-ÉTIENNE ANTOINETTE : 138
HUBERT CONTOUT : 113
JOCELIN HO-TIN-NOÉ : 108
GAMAL HOOSEINBUX : 71
SECOND TOUR
Inscrits : 475, votants : 468, exprimés : 457.
ANTOINE KARAM : 178
JEAN-ÉTIENNE ANTOINETTE : 133
JOCELIN HO-TIN-NOÉ : 112
HUBERT CONTOUT : 34
Georges Patient : « On a bien travaillé »
Que vous inspire cette victoire ?
C'est la victoire d'une équipe qui a su fédérer. Avec Marie-Laure Phinéra-Horth, nous avons la même façon de voir les choses.
Nous avons des équipes municipales très ouvertes. Les électeurs ont apprécié. Je continuerai de mener cette mission comme je l'ai fait depuis six ans.
Quels seront vos premiers chantiers ?
Mon premier chantier sera la continuation de ce que j'ai fait : les finances locales et la suite de mon rapport. Les propositions sont en train d'être étudiées par le gouvernement. Dès mardi (demain), j'ai une réunion sur le sujet. Le second chantier, ce sera l'adaptation des lois aux réalités guyanaises. L'an prochain, nous avons les élections à la collectivité unique. C'est l'occasion d'étudier le cadre institutionnel.
Confirmez-vous que vous abandonnerez votre fauteuil de maire de Mana en 2017 pour vous conformer à la loi sur le non-cumul des mandats ?
Je n'ai pas cessé de le répéter et je le répète : je ne garderai que le mandat de sénateur. J'ai pu mener ces deux mandats sans problème. C'est parce que c'est une mesure législative que j'abandonnerai mon poste de maire.
Cette réélection a-t-elle une saveur particulière ?
C'est un grand plaisir et une grande incitation à oeuvrer pour la Guyane. Quand on vous accorde un second mandat, c'est qu'on a bien travaillé. J'ai été réélu sur mon bilan. Je ne peux qu'être satisfait.

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