La gérante enferme deux des braqueurs de sa station, attirés par le coffre-fort
Le 27 mars 2023, vers midi, la station-service Vito à Calvaire Baie-Mahault était la cible d'un violent braquage. Deux individus encagoulés et armés s'introduisaient dans le débit d'essence. Ils étaient finalement enfermés par la gérante dans la salle du coffre-fort. On apprenait que l'un des employés avait renseigné les autres. Finalement, sur cinq prévenus, les deux précédemment cités ont été condamnés à cinq ans d'emprisonnement, peines les plus lourdes.
Ils étaient bien renseignés. Ils savaient qu'en ce lundi 2 mars 2023 vers midi, le coffre-fort de la station-service Vito de Calvaire à Baie-Mahault renfermait encore la recette du week-end, soit 20 000 euros. Sans compter les gains de la matinée. Ce jour-là, alors que seul un employé et la gérante étaient présents, deux individus encagoulés et armés, l'un d'un pistolet Glock et l'autre d'un coutelas. Dès leur arrivée, ils demandent la clé du coffre. La gérante, des sanglots dans la voix, témoigne à la barre : « Ils ne le savaient pas. Ils l'apprennent donc aujourd'hui. Lorsque je les ai conduits dans la salle du coffre-fort, j'avais les clés dans la poche. Ils ont insisté pour savoir où étaient ces clés. L'un m'a giflé. Jusqu'à maintenant, je suis sous le choc. Je ne peux pas les regarder derrière la cage en verre ».
Une gérante héroïque
Après le rappel des faits et même lors de l'instruction, Brice Rigot, l'employé intérimaire de la station et à qui l'on reproche d'avoir fomenté ce braquage, en rencardant les quatre autres, ne s'est jamais excusé auprès de la gérante. Il décide juste de détailler sa situation difficilement vécue en détention à Basse-Terre. « Dans un dortoir de 15 personnes, en présence de violeurs et d'assassins. Tous les profils sont mélangés », explique-t-il. Lorsque c'est au tour de l'avocat de la partie civile de plaider, Maître Gérald Coralie soulève « l'admiration pour laquelle la gérante doit être louée. A la vue des circonstances de ce braquage, elle a su garder la tête froide face à de dangereux prévenu. Une femme d'honneur et de devoir », dit-il. « Elle vous a dit qu'elle n'a plus confiance en l'homme, cela vous montre la dangerosité de ce qui s'est passé dans cette station ; dont les six coups de feu qu'ils ont tirés pour tenter de détruire la serrure lorsqu'ils étaient enfermés. Pendant plus de deux mois, ma cliente est restée enfermée chez elle avec sa fille, avec la peur au ventre. Et lorsqu'elle a appris que l'un de ses employés intérimaire faisait partie de l'équipée, elle a eu le sentiment d'être trahie. Elle a le courage d'être présente aujourd'hui. Face au déterminisme de ses braqueurs, elle a été héroïque », plaide-t-il.
« Un braquage dangereux et bien organisé »
La procureure Alexandra Onfret débute ses réquisitions par mettre elle-aussi à l'honneur la gérante : « Elle profite du moment où deux des braqueurs s'affairent à rassembler la somme se trouvant dans le coffre-fort qu'elle vient d'ouvrir, pour sortir de la pièce et les enfermer tous deux. Ils tirent à six reprises sur la porte mais ne peuvent pas sortir. Lorsqu'ils sont maîtrisés par les gendarmes arrivés sur place, ils ont tenté de dissimuler leurs deux armes. Un braquage qui avait donc été préparé par son employé-intérimaire Brice Rigot qui, lorsque les militaires arrivent, demande à sa patronne de partir. Auparavant, il lui avait même dit de libérer les deux braqueurs. Il était alors démasqué, pour avoir donné toutes les ficelles pour commettre le braquage. C'est ce que révèleront les relevés téléphoniques par la suite. Losio est le conducteur du véhicule Clio faussement immatriculé, qui a déposé les deux autres à la station, avant de se cacher non-loin de là. Seules ses empreintes ont été mises à jour sur le volant. Même si l'on pourrait penser que ce sont des pied-nickelés, la situation n'a rien de cocasse, car ce braquage aura été dangereux et bien organisé ».
Puis, le ministère public hiérarchise les sanctions demandées. Plaçant Praima en tête, déjà condamné à cinq reprises, muni du pistolet glock, est demandé contre lui une peine de six ans d'emprisonnement. Une peine de cinq ans d'emprisonnement contre Lutin, le plus jeune de la bande mais qui a déjà été condamné lorsqu'il était mineur. Il était muni lui du coutelas. Contre Rigot, qualifié de générateur du braquage qui trahit sa patronne, est demandé une peine de cinq ans d'emprisonnement. Contre le chauffeur Losio, décrit comme celui qui assure la sécurité du braquage, est demandé une peine de 5 ans d'emprisonnement. Contre Gracchus, celui qui a fourni l'arme à feu est demandé la même peine d'emprisonnement de cinq ans.
Les avocats de la défense rendent hommage à la gérante
La première à plaider, Maître Lorenza Bourjac défend Lutin. « Dans ce dossier, semble-t-il, la justice n'est pas là pour passer, mais pour venger. Alors que l'on en est toujours au stade d'indices graves et concordants, et non de charges qui auraient été prouvées au terme de l'instruction pour mener à ce procès. Sur le quantum a prononcé, il fut certes condamné comme mineur, mais il se retrouve dans un système carcéral où il n'y a rien pour les réinsérer. Pire, la bibliothèque de Fond Sarail est d'une tristesse inouïe.
Avec des Oui-Oui ou des bandes dessinées pour enfants, censés intéresser ces adultes incarcérés ». Puis, Maître Bicharra-Jabbour défend Gracchus. L'avocat exprime d'emblée sa gratitude envers la gérante de la station pour son courage. « Mais je suis choquée par le manque de nuance des réquisitions, et sur le fait que l'on ne puisse pas se dire que l'on a pu se fourvoyer. Même s'il y a une majorité de pièces qui ne posent aucun problème, d'autres éléments sont troublants. La chambre de l'instruction avait d'ailleurs souligné le doute persistant concernant l'identité de celui qui aurait fourni l'arme à feu aux braqueurs. À savoir mon client. La chambre constate également plus tard que ce doute est encore présent ».
Retrouver foi en l'humanité
Aux soutiens des intérêts de l'employé Rigot, Maître Flore Jean-Philippe exprime elle aussi sa gratitude et celle de son client à la gérante. « Lorsqu'il a demandé sa libération lors de l'instruction, il voulait avoir la chance de montrer son vrai visage, avant d'être jugé. Or, il est présenté devant le tribunal alors qu'il est toujours en détention provisoire. Je demande une peine clémente ». À sa suite, Maître Georges Brédent défend le chauffeur Losio : « Certes, ses empreintes ont été retrouvées sur le volant. Mais toute la question est de savoir s'il a véritablement conduit ce véhicule pour déposer les braqueurs à la station, ou s'il l'a conduit dans d'autres circonstances. Il ne faut pas supposer qu'il ait été dans le premier cas. En fait, son rôle est ténu car, en tant que mécanicien, il a juste rapporté un véhicule ». Enfin, Maitre Edouard Lanthiez, pour évoquer le courage de la gérante, il n'hésitait pas à citer Jacques Cœur, « À cœur vaillant, rien d'impossible ». Il souhaitait de tout cœur qu'elle puisse retrouver foi en l'humanité. Et il revenait au dossier : « Vous, les juges du tribunal, vous colmatez les brèches face à des actes de violence de plus en plus graves. Les réquisitions sont fortes, mais c'est l'État qui est responsable. Il faut lui en faire le reproche. Car il ne fait rien ici pour juguler ne serait-ce que la prolifération des armes à feu. Concernant nos clients, n'oubliez jamais qu'en détention, les minutes passées paraissent deux fois plus longues. Il ne faut pas distribuer les peines ferme de façon désinvolte. Même si certes, les faits sont graves ».
Les peines...
Après un long délibéré, les trois juges ont différencié les peines envers les cinq prévenus. Condamnant Joël Praima à cinq ans d'emprisonnement assorti de son maintien en détention. Cinq ans d'emprisonnement envers Brice Rigot également assorti d'un maintien en détention. Anthony Lutin a écopé de quatre ans d'emprisonnement auxquels s'ajoutent six autres mois de révocation d'un précédent sursis, là aussi assortis de son maintien en détention ; Trois ans d'emprisonnement envers Mattias Losio assortis d'un mandat de dépôt ; Enfin, trois ans d'emprisonnement dont quinze mois avec sursis contre Jarode Gracchus, la partie de vingt-et-un mois ferme qu'il effectuera en semi-liberté.

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