«Je l'ai tuée sans faire exprès», Sylvain Kereneur jugé par la cour d'assises pour le meurtre de Karina
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"Je l'ai tuée sans faire exprès", Sylvain Kereneur jugé par la cour d'assises pour le meurtre de Karina

Anaïs MUSTIERE, a.mustiere@agmedias.fr

Depuis ce mardi matin, Sylvain Kereneur, âgé de 39 ans, est jugé par la cour d'assises de Martinique pour le meurtre de sa compagne, Karina Antunes Gama de Souza, âgée de 23 ans, en mai 2020, en Guyane. Pour ces faits, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité

Une carrure trapue, une démarche peu assurée et une élocution difficile… Sylvain Kereneur, âgé de 39 ans, est apparu affaibli, amoindri et en difficulté en raison de lourds problèmes de santé, ce mardi matin, face à la cour d’assises de Martinique, lors du premier jour de son procès, dépaysé pour des raisons procédurales.

Ce trentenaire, fils adoptif d’un entrepreneur breton aisé, installé en Guyane, est accusé du meurtre de sa compagne, Karina Antunes Gama de Souza. Le corps sans vie de cette jeune femme de 23 ans, a été retrouvé par des agents de la voirie, à proximité de la route nationale 2, près de la crique Tibourou, à environ une heure de Cayenne, le 15 mai 2020.

Sur place, les gendarmes en charge de l’enquête et les techniciens en identification criminelle (TIC) ont notamment relevé une forte odeur d’essence. Des morceaux des vêtements de Karina ont été retrouvés calcinés, tout comme un fragment d’une échographie réalisée peu de temps auparavant au nom de la jeune femme. Lors de l’examen du corps par un médecin légiste, ce dernier indique que la victime était enceinte de sept semaines au moment de sa mort. Les gendarmes de la section de recherches de Cayenne, chargés de l’enquête, passent au crible l’entourage de cette femme, en provenance du Brésil. Rapidement, les militaires mettent au jour une « relation toxique, tumultueuse, compliquée » avec un certain Sylvain Kereneur, décrit comme « un fils à papa ».

La maternité de la victime au cœur d’une dispute

Après plusieurs pistes familiales et celle d’un amant, explorées puis refermées, les soupçons se portent alors sur ce compagnon. Le principal suspect est interpellé de l’autre côté de l’Atlantique, sur la Côte d’Azur, à Antibes, un an après les faits.

Lors de son audition, cet homme, représenté par Me Archibald Celeyron et Me Boris Chong-Sit, admet rapidement qu’une dispute a éclaté avec Karina dans l’après-midi du 14 mai 2020. Une femme qu’il définit comme « possessive et jalouse », rencontrée lors de la finale de la Coupe du monde quelques mois auparavant. « J’ai tué mon ex sans faire exprès », déclare-t-il aux gendarmes, comme l’a rappelé le directeur d’enquête de l’époque, entendu en visioconférence ce mardi matin.

Selon l’accusé, une altercation violente aurait débuté autour de la question de l’enfant à naître. Karina souhaitait le garder, tandis que Sylvain voulait qu’elle avorte, « parce que notre relation n’était pas stable, nous venions de nous remettre ensemble ». Toujours selon les dires de celui qui se trouve désormais sur le banc des accusés, la jeune femme, face à l’opposition de son conjoint, se serait munie d’un couteau et l’aurait menacé. « Elle criait beaucoup. Pour ne pas alerter les voisins, je lui ai mis la main sur la bouche et elle a perdu connaissance », explique-t-il aux enquêteurs.

Manque d’empathie

Lors de ses aveux, il raconte ensuite qu’il prend conscience que Karina ne respire plus, qu’elle est morte. Il décide alors de glisser le corps de sa victime dans un sac de chasse et transporte la dépouille dans son pick-up à environ une heure de route de Cayenne. Là, il dépose le corps et tente d’y mettre le feu, « avant d’être pris de remords et d’interrompre la combustion ». L’autopsie confirme une mort par suffocation et l’absence de coups portés au visage ou sur le corps de Karina, dont la famille est représentée par Me Mustapha Khiter.

Depuis le début de ce dossier, l’accusé assure « qu’il s’agit d’un accident » et a fait part, dès l’ouverture de son procès, de ses regrets. L’un des médecins psychiatres entendus mardi matin dresse toutefois un portrait plus nuancé de ce trentenaire, victime de plusieurs accidents cérébraux et d’un infarctus du myocarde. En difficulté pour répondre aux questions en raison de son état de santé, il est décrit comme quelqu’un « manquant d’empathie » et présentant « des traits de personnalité pervers ». À l’inverse, ses avocats mettent en lumière un homme profondément investi dans l’éducation de son fils âgé de 15 ans. « Quand je sortirai, je veux ouvrir une entreprise avec lui. Je l’encourage comme je peux à poursuivre ses études, contrairement à moi qui ai abandonné à 16 ans », a-t-il déclaré, hier matin, à la barre.

Une vieille affaire ressurgit

Le mode opératoire du suspect remet en lumière une affaire plus ancienne dans laquelle Sylvain Kereneur apparaît : celle de Camilla Marques Pereira, une jeune femme d’origine brésilienne retrouvée morte, en partie calcinée, dans une décharge de l’île de Cayenne, en 2006. Sylvain Kereneur avait été mis en examen après avoir été dénoncé par une ancienne petite amie. Au cours de l’instruction, tout comme un autre suspect, il avait été placé en détention provisoire pendant six mois pour cet homicide, avant de bénéficier d’un non-lieu en septembre 2015.

Son implication dans la mort de Karina Gama de Souza a conduit à la réouverture de l’enquête concernant Camilla Marques Pereira en janvier 2022. Début février, l’accusé doit être entendu par la justice guyanaise à ce sujet. Depuis le départ, Sylvain Kereneur assure qu’il ne connaît pas cette victime et conteste toute implication.

Reste que vendredi, la cour d’assises de Martinique doit rendre son verdict dans l’affaire du meurtre de Karina, qui avait profondément bouleversé la Guyane.

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