Gauthier Horth : “Dans d'autres pays, on m'aurait décoré pour ce que j'ai fait”
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Justice

Gauthier Horth : “Dans d'autres pays, on m'aurait décoré pour ce que j'ai fait”

Propos recueillis par Gérôme Guitteau, g.guitteau@agmedias.fr
Gauthier Horth, exploitant minier devait récupérer de janvier à juin 2015 les déchets des orpailleurs clandestins abandonnés à Grande Usine sur le Haut-Approuague après une intervention de l’État français.
Gauthier Horth, exploitant minier devait récupérer de janvier à juin 2015 les déchets des orpailleurs clandestins abandonnés à Grande Usine sur le Haut-Approuague après une intervention de l’État français. • G. GUITTEAU

Gauthier Horth , ancien président de la Fedom-G (Fédération des opérateurs miniers de Guyane) et ex-conseiller territorial d'opposition a été condamné en première instance par le tribunal correctionnel à 18 mois de prison avec sursis et 15 000 euros d'amende pour exploitation illégale d'or et blanchiment. Il assure au micro de France-Guyane qu'il fait appel de cette décision et qu'il ira jusqu'à la cour européenne des droits de l'homme s'il le faut.

Avant votre procès en juin, cela faisait des mois qu'on n'avait plus de nouvelles de vous. Vous avez été absent des dernières campagnes politiques par exemple. Où étiez-vous passé ?
 
J'ai choisi de faire un repli professionnel depuis mon départ de la Collectivité territoriale. J'ai repris la co-gérance de la mine exploitée par Kiko Rey [victime du Covid-19] au centre de la Guyane. Un projet ambitieux.
Parallèlement, je ne désespère pas d'obtenir le droit de retravailler en mon nom propre sur le Haut-Approuague ou ailleurs. Cela fait sept ans qu'on m'empêche travailler.
Par deux fois, l'Etat a préféré laisser les gisements que j'avais signalés et proposés d'exploiter aux clandestins plutôt qu'à moi. A Grand-Usine sur le haut Approuague, lieu présent dans le dossier d'accusation ou à crique nationale sur le Kourou.
Mais attention, il ne faut pas confondre silence et faiblesse. Mes convictions et mes intentions politiques restent intactes. Je reviendrai sur la scène politique prochainement. Je serai d'autant plus fort que je suis témoin de l'injustice qui existe en Guyane.

 
"Je n'ai pas été jugé en droit"
 

Le verdict de votre procès pour exploitation minière  illégale portant atteinte à l’environnement, blanchiment et travail dissimulé est tombé jeudi dernier. Vous avez été condamné pour blanchiment et orpaillage clandestin. Dans quel état d'esprit êtes-vous ?
 
Je prends cette décision plutôt avec le sourire. J'ai la conviction que je n'ai pas été jugé en droit. La procédure n'a pas été respectée. L'article de loi sur lequel les juges s'appuient n'existe plus. Il n'y a aucune base légale ou morale qui permet ma condamnation. Pour moi, il s'agit d'une condamnation temporaire riche d'enseignements politiques. Je pense que personne n'est dupe. Je ferai appel de cette décision. J'irai en cassation puis à la cour européenne des droits de l'homme s'il le faut.
Dans d'autres pays, on m'aurait décoré pour ce que j'ai fait à Grand-Usine. J'ai reçu des dizaines de menaces de morts. J'ai exposé ma famille, ma vie dans cette affaire afin de bouger les lignes. Je voulais prouver que les artisans guyanais avaient les compétences pour exploiter des gisements primaires. L'Etat pense qu'il n'y a que les clandestins et les grands projets miniers qui peuvent exploiter ces zones. C'est faux.
Cela fait sept ans, depuis cette affaire de Grand-Usine et la zone est occupée à cent pour cent par des clandestins mais je sens que mon combat commence à porter ses fruits. Les autorités compétentes commencent à comprendre qu'on agira pas concrètement contre l'orpaillage illégal sans positionner les artisans guyanais sur les gisements primaires.
 
"On ne peut pas voir autre chose qu'une utilisation politique de la justice"
 

L'exploitation alluvionnaire est terminée ? Il ne reste que les gisements primaires pour être rentable ?
 
Aujourd'hui, 50% de l'or produit en Guyane provient des gisements primaires, de puits ou de galeries. Les artisans tentent de survivre, victime d'un harcèlement judiciaire qui les vise et qui les exclut de ces placers. On ne peut pas voir autre chose qu'une utilisation politique de la justice.
Quand on voit toutes les polices mises en place contre notre activité et qui ne s'approchent jamais des sites illégaux...
Si l'objectif était que l'or de la Guyane rapporte à la Guyane, nous ne pourrions pas faire pire. Nous, artisans miniers, sommes totalement invisibles autant dans le champ social que dans celui économique.

Qu'est-ce que vous faisiez dans cette galerie ?
 
J'étudiais le site pour savoir s'il était rentable. Je descendais pour caractériser le gisement. Tout cela sous le regard des gendarmes.
Grand-Usine est considéré comme un poste opérationnel avancé temporaire (POAT). Quand il est en place, les clandestins disparaissent comme sur la photo. Actuellement, les témoignages confirment l'installation massive de garimpeiros sur le Haut-Approuague dans la commune de Régina. • G. Horth

Ils visitaient la galerie quotidiennement pour constater l'état des travaux. Finalement, tout cela a servi à faire un rapport contre moi pour orpaillage illégal. J'ai tout écrit, tout décrit de mes activités. Je n'accepte pas cette condamnation. J'ai agi en totale transparence. Je ne peux pas croire que je serai condamné. Ce n'est pas possible que le droit soit celui-là en Guyane. En tout cas, ce n'est pas l'idée que je me fais du droit même du droit français en Guyane. Je ne suis pas d'accord.

Nota bene : Nous avons interrogé par mail, madame la juge afin de connaître les conclusions du tribunal dans cette affaire ainsi que le Parquet. nous n'avons reçu aucune réponse des deux.