[VIDÉO] Un blessé, chassé d'une manifestation de la communauté haïtienne le 16 juin
Alors qu’elle devait témoigner de l’union de la communauté haïtienne de Guyane, la manifestation organisée mercredi 16 juin à Cayenne a démontré tout l’inverse. Malgré un mot d’ordre en apparence consensuel - celui de la lutte contre l’insécurité en Haïti, de vifs débats ont secoué le rassemblement, allant jusqu’à l’expulsion manu militari d’un participant.
En cause, la prolifération massive des gangs armés dans la toute première république noire de l'Histoire qui se traduisent notamment par une explosion des kidnappings pour rançon. « Ces enlèvements concernent la France, car ils poussent toujours plus d’Haïtiens à s’exiler ici, mais aussi parce qu’ils frappent directement des Français » ajoute André-Yves Rameau, faisant allusion à l’enlèvement d’une dizaine d’ecclésiastiques en avril 2021, dont deux Français, par un gang armé en banlieue-Est de Port-au-Prince.
Mais derrière des revendications d’apparence non partisanes, les participants de la manifestation témoignent d’un soutien inconditionnel à l’actuel président de la République Haïtienne -Jovenel Moïse- et à son projet de référendum constitutionnel. « C’est l’opposition terroriste qui fout le bordel, et seul le maintien au pouvoir de Jovenel Moïse parviendra à la mater » mortelle l'organisateur de la marche.
Resté aux commandes malgré la fin de son mandat officiel le 7 février 2021, le Président de la République Haïtienne essuie depuis lors une crise de légitimité qui rappelle bien des fins de mandats de ses prédécesseurs. Le président Moïse cherche à entériner son maintien au pouvoir dans la constitution : la suppression du Sénat et du poste de premier Ministre, de même que la possibilité d’enchaîner deux mandats présidentiels consécutifs lui permettraient ainsi de faire taire les accusations d’inconstitutionnalité formulées par l’opposition. « Le renforcement du régime présidentiel est le seul moyen d’endiguer la violence » affirme Lysner Premier, président de l’AIDE, qui dit cependant se tenir à l’écart de la manifestation.
Un point de vue qui ne semble pas partagé par l’ensemble de la communauté Haïtienne en Guyane. Plusieurs de nos interlocuteurs sur place semblent en effet sceptiques à l’égard de la politique du gouvernement, allant jusqu’à l’accuser d’être à l’origine des kidnappings. Le jeune universitaire Rolph Jean (en blanc sur la vidéo), venu opposer ces arguments aux organisateurs de la manifestation, en aura fait les frais : violemment alpagué par des membres du service d’ordre de la manifestation, on le voit contraint de quitter les lieux en courant, sous les jets de pierre et les coups de ceinture d’une dizaine d’individus. Joint par téléphone, il affirme avoir été hospitalisé pour une contusion à la lèvre supérieure gauche et une entorse au genou ainsi qu'en témoigne son bilan d'hospitalisation. Il dénonce une "tentative d’assassinat".
« La communauté haïtienne n’a pas de chef, et nous refusons catégoriquement d’être représentés par quiconque s’auto-proclame notre représentant » affirme-t-il. Plusieurs dénoncent une mainmise des "anciens" sur la communauté haïtienne en Guyane, favorables au régime actuel, alors que les jeunes générations seraient plus enclines à critiquer le régime. Qu’ils soient pour ou contre, tous les militants présents s’accordent sur un point : la France, chargée d’une dette morale envers Haïti, ne devrait plus fermer les yeux sur la crise politique majeure qui s’abat sur la moitié occidentale de l’île d'Hispaniola qu'elle partage avec la République dominiquaine et qui pourrait avoir des conséquences majeures dans toute la Caraïbe.

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