Une marche, et après ?
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Une marche, et après ?

Karin SCHERHAG

La famille de Mathieu Marchal a pris part au cortège (KS)

La marche contre la violence organisée hier dans le quartier de Balata, à Matoury, n'a pas suscité l'engouement souhaité. Ici, beaucoup attendent maintenant des actions concrètes.

Eddy et ses copains sont restés au terrain de basket de Balata-ouest tout l'après-midi d'hier. Vers 16 heures 30, ils ont vu le cortège de la marche blanche se disloquer doucement, devant l'église du quartier. « J'avais oublié » , se justifie le jeune homme. Il sourit. « Une marche, c'est un bon début, mais ce n'est pas ça qui va changer les choses. » À Balata, beaucoup partagent cet avis. Et la marche contre la violence organisée hier par les responsables des communautés religieuses et par le mouvement pour une alternative non violente n'a pas déplacé les foules. 70 personnes à peine. « J'attendais plus de monde, admet Monseigneur Lafont. Je ne comprends pas pourquoi les jeunes ne s'impliquent pas dans cette affaire. » L'affaire, c'est le meurtre de Mathieu Marchal, 26 ans, devant le libre-service du quartier, le soir du 1er octobre.
À 15 h 30, le cortège prend la route. Une heure de marche, sous un soleil de plomb. Les participants avancent dans le calme. Le maire, Gabriel Serville, a rejoint le mouvement. Certains portent haut des messages de paix et d'espoir. À l'instar de Marcos, 20 ans, l'un des rares jeunes mobilisés. « Je voulais montrer qu'à Balata, il y a aussi des jeunes qui veulent vivre bien » , déclare-t-il.
Au bout d'une demi-heure, le cortège s'interrompt pour aller saluer la famille de Mathieu Marchal. Le visage encore marqué par la douleur, la mère du jeune homme s'avance. La marche reprend autour d'elle. Dans un souffle, elle nous confie : « Cette initiative me touche... C'était mon seul fils et je ne souhaite à personne de vivre ça. » Sa voix se brise dans un sanglot. Monseigneur Lafont tente de trouver les mots : « La meilleure offrande que nous puissions faire à Marchal, c'est de nous rassembler davantage et de croire qu'il y a un meilleur avenir possible. »
Avant de partir, Gabriel Serville annonce plusieurs mesures : la fermeture des commerces à 20 h 30, l'interdiction de s'attrouper passé cet horaire et un contrôle plus strict des armes à feu. Un début.
« Tout le monde parle de Balata mais personne ne fait rien »
Darlène et Darcylène n'ont pas pris part au cortège. Mais lorsque celui-ci est passé devant chez elles, elles sont sorties. Comme pour affirmer leur soutien aux organisateurs. « On vient de perdre notre mère, c'est pour ça qu'on ne participe pas, expliquent les deux soeurs. On a grandi ici, c'était un quartier tranquille.
Aujourd'hui, on n'ose même plus laisser sortir nos enfants. »
Pour elles, « il est temps d'agir. Le phénomène prend de l'ampleur. Il y a des ghettos un peu plus loin (elles montrent la direction du lycée, en contrebas) et tout le monde sait ce qui s'y passe : la drogue, les armes à feu... Tout le monde parle de Balata mais personne ne fait rien. »

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