L'ARS met fin à la plateforme pour adultes handicapés de L'Ebène à Saint-Laurent
L'Agence régionale de santé pointe "des écarts importants avec le cahier des charges" mais nie un lien avec l'enquête pour violences sexuelles aggravées qui secoue la structure
Après cinq ans d'activité, l'Agence régionale de santé (ARS) n'a pas renouvelé l'autorisation attribuée à L'Ébène pour le fonctionnement de la plateforme ABC (Autonomie, bien-être, citoyenneté) de Saint-Laurent-du-Maroni. Elle reproche à la structure médico-sociale, qui accompagnait cinquante adultes en situation de handicap, de ne pas avoir mis en œuvre plusieurs dispositifs prévus au cahier des charges.
Dans la Lettre pro du 17 juillet, l'agence affirme qu'il s'agit d'une "décision distincte de l'événement indésirable grave dont elle a eu connaissance et d'une enquête judiciaire en cours."
Cette enquête vise en ce moment deux éducateurs pour violences sexuelles aggravées. Trois victimes potentielles - deux personnes en situation de handicap et une collègue de travail – sont accompagnées par l'Aduchog (Association des usagers du Chog) dans le cadre ce cette affaire. Selon l'association, "il n'y a pas le moindre doute à avoir sur le fait que ces décisions sont bien une conséquence directe des faits de violences sexuelles dénoncées. L'Aduchog salue ces sanctions quand bien même elles ne sont pas assumées comme telles. Elle veut y voir le premier acte de la "tolérance zéro" prônée par le directeur général de l'ARS."
Bertrand Parent, le directeur en question, aurait aussi annoncé à l'Aduchog le lancement d'un "audit général à 360° sur les activités de toutes les structures du groupe Ebène de Guyane, suite aux constats réalisés au cours de l'enquête."
Le directeur général du groupe, Eric Donatien, affirme à France-Guyane ne pas être au courant de cet audit.
"Des écarts importants"
L'ARS précise dans la Lettre pro avoir mené, en avril, une évaluation de la structure du médico-social. Elle a révélé "des écarts importants entre le fonctionnement observé, le cahier des charges et ce qui a effectivement été mis en œuvre." Parmi les dispositifs qui n'ont pas été mises en œuvre, l'ARS cite : "l'absence d'offre d'hébergement médicalisé de type foyer ou établissement d'accueil médicalisé ; l'absence de solutions de répit avec hébergement temporaire ; l'absence d'une offre médicalisée structurée ; et l'absence d'un accompagnement vers l'emploi conforme au projet initial."
Les évaluateurs mettent aussi en évidence "plusieurs fragilités organisationnelles" comme l'absence de direction dédiée ; cinq postes vacants ; un turn-over important ; le recours massif aux stagiaires (20 stagiaires en 2025 pour 8 ETP en poste) ; et l'absence de professionnels prévus au projet.
Aucune nouvelle orientation de personnes handicapées vers la structure
Dans sa décision, l'Agence demande à l'Ébène de "préciser le devenir des contrats de travail des salariés, les accompagnements en cours et les mesures envisagées pour garantir la continuité de l'accompagnement des personnes concernées".
Eric Donatien nous confirmait le 8 juillet dernier que les deux employés visés par l'enquête pénale, sous contrat depuis 2024 et 2025, ont fait l'objet de "mesures conservatoires de mise à l'écart. Ils ont été placés en congés provisoires." Le dirigeant confirmait aussi que des mesures de protection ont été prises à l'égard des victimes présumées. Contacté à nouveau ce 18 juillet, il n'a pas souhaité en dire plus pour le moment.
Concernant l'un des éducateurs, les agressions auraient été commises dans le cadre de ses fonctions, pendant les horaires de travail et à l'intérieur d'un véhicule de fonction.
La Maison départementale des personnes handicapées a été informée par l'ARS qu'aucune nouvelle orientation ne sera réalisée vers l'Ebène de Saint-Laurent. Une procédure d'appel à projets est envisagée en remplacement. Mais en attendant, des inquiétudes concernant des besoins non couverts dans l'ouest émergent déjà.

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