Trois cents personnes ont défilé du boulevard Jubelin à la place des Palmistes, hier, en hommage à Lucas (Henri Griffit)
L'ensemble des participants portait un portrait de Lucas. (Henri Griffit)
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La marche silencieuse organisée hier après-midi en hommage à Lucas Diomar a réuni près de 300 personnes. Elle a été marquée par un incident devant le tribunal. Des jeunes s'en sont pris au cousin du suspect qui se trouvait là.
Marie-Laure Phinéra-Horth, maire de Cayenne, aide à distribuer des roses blanches. L'évêque de Guyane, Emmanuel Lafont, fait la bise à Nicole Diomar, la mère de Lucas Diomar. Nous sommes boulevard Jubelin. Il est 17 heures passées de quelques minutes et tout commence bien. Presque trois cents personnes, vêtues d'un tee-shirt blanc, vont défiler dans les rues de Cayenne en hommage à Lucas Diomar, ce jeune homme de 18 ans mort sous les coups de couteau d'un homme, samedi soir à une soirée d'anniversaire. « On est là parce que Lucas était un de nos camarades de notre quartier. Il faut que ça s'arrête, ça ne peut plus continuer » , dit Stéphanie, 22 ans. « Ça » , c'est évidemment la violence.
Le cortège s'engage dans l'avenue De-Gaulle et Nicole Diomar rappelle à des jeunes près d'elle qu'il faut être silencieux. Régulièrement, des pauses sont marquées. Sept commerçants d'origine chinoise participent à la marche, à l'arrière du cortège. Comme Daniel, 48 ans. « Il y a beaucoup de problèmes d'insécurité. Les gens utilisent trop d'armes blanches ou d'armes à feu. Les lois françaises sont trop faibles. Les gens sont arrêtés, vont en prison, ne restent pas longtemps et sont relâchés. »
Les trois cents marcheurs passent devant des commerces dont les volets roulants sont baissés, signes de solidarité. Et puis soudain, un groupe de jeunes se précipite dans la cour devant le tribunal de justice. Il est 17 h 40. La mère de Lucas leur court après, essayant de leur faire entendre raison. Ils viennent de voir un jeune de Balata, cousin du suspect (lire ci-dessous) qui regarde le cortège derrière les grilles du palais de justice. Les jeunes veulent le frapper. Explosion de colère générale. Un journaliste de Guyane 1re et sa caméra qui filme la scène en font les frais. La police intervient, repousse les jeunes à l'extérieur du tribunal. Marie-Laure Phinéra-Horth essaie elle aussi de faire revenir le calme.
« FAR WEST »
L'incident prend vite fin. La marche se termine sur la place des Palmistes. Les cuivres et les percussions du groupe de carnaval Mayouri Tcho Neg, auquel appartenait Lucas, joue quelques airs. Sur la tribune mobile que la mairie a installée sur la place, les orateurs se succèdent. Le maire et l'évêque demandent le calme et saluent l'attitude « digne » de Nicole Diomar. Mais c'est surtout les mots de Sandra Pardonipade, l'une des organisatrices de la marche, qui ont retenu l'attention. « Oui, la Guyane c'est le Far West. On n'ira nulle part tant qu'on n'aura pas compris qu'on ne règle pas les problèmes en sortant un couteau ou une arme à feu. » Après la marche, Nicole Diomar nous confiera qu'elle a « une douleur très forte » , qu'elle est « meurtrie » mais que ces témoignages d'amitié lui ont fait « chaud au coeur » . Une fois les discours prononcés, un morceau de reggae a été diffusé par la sono, hier soir, place des Palmistes.
Dernier hommage à Lucas, lui dont la grande passion était la musique dancehall et le DJing. Voir la vidéo de la marche ici
- Un suspect en prison depuis hier soir
L'ensemble des participants portait un portrait de Lucas. (Henri Griffit)
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Pure coïncidence. Alors que la marche silencieuse passait devant le tribunal, Engenor Jean-Bart, un homme de 24 ans habitant à Balata, était présenté dans le bureau d'un magistrat. Arrêté lundi après-midi dans son quartier, placé en garde à vue, l'homme a été mis en examen hier pour le meurtre de Lucas Diomar mais aussi pour avoir infligé des violences avec ses camarades sur Yannick Cébret, 18 ans comme Lucas, dont il était l'ami. L'homme a été placé en détention provisoire dès hier soir.
Engenor Jean-Bart a nié être l'auteur des coups de couteau. Il a expliqué qu'il était présent lorsque la bagarre a éclaté devant la soirée d'anniversaire donnée cité Mortin, mais qu'il n'y avait pas participé. Il a ajouté avoir essayé de séparer les protagonistes puis qu'il avait quitté les lieux à scooter. Malgré ses déclarations et selon le procureur de la République, Ivan Auriel, il existe une jurisprudence de la Cour de cassation qui permet de mettre en examen et de poursuivre une personne qui a participé à une bagarre suivie d'un meurtre.
Samedi soir, six à sept jeunes hommes de Balata s'étaient présentés à la soirée d'anniversaire donnée pour les 16 ans d'une adolescente. Dans la soirée, Lucas s'était fait marcher sur les pieds par un de ces jeunes de Balata et avait demandé des excuses. Le marcheur ne les avait pas présentées mais, en plus, avait insulté Lucas. Quand, plus tard, avec son ami Yannick, il était sorti pour aller chercher un micro, il était tombé sur celui qui lui avait marché sur les pieds et toute sa bande. Lucas et Yannick avaient reçu des coups de poings avant d'être frappés de deux et trois coups de couteau. Yannick, toujours à l'hôpital, est désormais hors de danger. Les policiers ont pu l'auditionner. Pour ce qui est des autres personnes qui ont participé à ce déferlement de violences, en particulier le ou les auteurs des coups de couteau, « ce sera le rôle de l'instruction de les identifier » , concluait hier soir le procureur.
Trois cents personnes ont défilé du boulevard Jubelin à la place des Palmistes, hier, en hommage à Lucas (Henri Griffit)
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