Ken Vybz donne une interview au California store, route de Montabo. Un magasin à son image : stylé et jeune. • K.ODAY
DJ, chanteur et producteur, Ken Vybz évolue dans la musique guyanaise depuis plus de quinze ans. Il revient sur ses influences, le dancehall guyanais, la nouvelle génération et les réalités économiques du métier.
Tu as commencé dans la musique comme DJ avec le Stereo Sonic Sound. À quoi ressemblaient tes débuts ?
Avant, j'étais en mode full DJ. Je mixais un peu partout, dans les quartiers, et les ghettos. J'étais aussi sur KFM le mardi et le jeudi soir. Les week-ends, j'avais des soirées dans les quartiers. J'ai aussi mixé dans plusieurs boîtes de nuit.
À quel moment as-tu eu envie de passer derrière le micro ?
L'argent m'a aussi donné envie de passer derrière le micro. En tant que chanteur, il y a plus d'argent. Mais j'avais aussi des artistes que je produisais. Quand ils rentraient chez eux vers 2 ou 3 heures du matin, moi, de mon côté, je chantais dans le micro. J'essayais. Quand j'ai vu qu'il y avait quelque chose qui me plaisait, je me suis dit que j'allais le sortir et voir ce que ça donnait. Ça a marché, donc j'ai continué.
Tu as beaucoup parlé de tes proches et de ton entourage. Quel rôle ont-ils joué dans ton parcours ?
La loyauté, la famille. On a toujours eu les mêmes camarades, les mêmes potes depuis tout petits. On m'a toujours aidé, on m'a toujours poussé. Partout où j'allais, on me suivait. Même à Saint-Laurent, à Saint-Georges, partout, on m'a montré ce que c'était de bouger en équipe et de travailler en équipe.
Tu es aujourd'hui identifié au dancehall. Qu'est-ce qui nourrit ton inspiration ?
J'ai ma vibe à moi, mais j'aime beaucoup les Jamaïcains. J'écoute beaucoup de musique jamaïcaine. Dès que je me lève, j'en écoute. Et puis j'ai aussi ma vibe avec ce que je vois dans la rue, avec ce qui se passe autour de moi.
Tu considères que le dancehall guyanais a une identité particulière ?
On est très " jam ". Quand j'écoute les Jamaïcains et quand j'écoute les Guyanais, peut-être que la seule chose qui change, c'est le créole. Même dans le décor, tu vois qu'on est jamaïcain, mais on est Guyanais. Au niveau de la musique, des flows, des mélodies, de la manière dont on pose depuis toujours, c'est " jam ".
Tu observes aussi l'évolution des goûts du public. Qu'est-ce qui a changé entre les anciennes et les nouvelles générations ?
Avant, la musique était moins difficile. Je pouvais raconter tout et n'importe quoi, ça passait. Aujourd'hui, c'est autre chose. Il y a un mood, des mélodies qui changent, une vibe différente. Avant, les chanteurs comme " Capleton " marchaient quand ils criaient dans le micro. Aujourd'hui, ça fonctionne moins.
Les réseaux sociaux ont-ils changé la manière de devenir artiste ?
C'est plus facile de buzzer, on va dire. Aujourd'hui, il y a TikTok, Instagram, les lives. Tu peux buzzer. Mais dire " artiste ", c'est autre chose. Il faut durer.
Quel conseil donnerais-tu aux jeunes qui veulent se lancer dans la musique ?
La persévérance. Aujourd'hui, c'est mieux pour eux parce qu'il y a TikTok et Instagram. Ils peuvent se faire connaître. Mais il faut travailler.
Tu dis aussi qu'être artiste demande d'investir. Est-ce difficile de vivre de sa musique en Guyane ?
Il y a beaucoup de dépenses. Aujourd'hui, les clips, ce n'est plus comme avant. Tu payais un clip 200 ou 300 euros, aujourd'hui les clips sont à 1 000 euros pour avoir un bon clip. Après, il faut acheter des vêtements pour le style, louer un Airbnb. Peut-être que tu veux une voiture pour faire rêver un peu les gens, il faudra la louer. Il y a beaucoup de dépenses. Si tu n'es pas à fond dedans, comment tu veux devenir artiste si tu n'investis pas pour gagner en retour ?
En plus d'être artiste, tu produis d'autres chanteurs. Comment arrives-tu à concilier les deux ?
Moi, j'aime ça et c'est ce que je sais faire. Je suis habitué. Si un artiste me dit qu'il doit passer à la maison, peut-être qu'à 18 ou 19 heures, on a une petite vibe, je l'enregistre. C'est naturel. Ce n'est pas comme si je programmais des choses, c'est la vie de tous les jours.
Après toutes ces années, qu'est-ce que tu retiens de ton parcours ?
Ce que je retiens, c'est que j'arrive à évoluer. J'arrive à vivre sans forcément aller chercher du travail.
Et si tu avais la possibilité de faire autre chose que de la musique ?
Si j'étais millionnaire, j'aurais fini avec ça. Je ferais une musique par an, voire deux, mais je ne persévérerais pas comme ça, comme un fou. À part la musique et la production, franchement, je ne me vois pas faire autre chose.
Nahomie Perigny et Ken Vybz lors d'un entretien avec l'artiste et producteur au California stor début septembre.
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Ken Vybz se confie sur sa carrière et ses ambitions.
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