Au terme de plusieurs mois d'enquête, de quarante-huit heures de garde à vue et de deux heures d'interrogatoire dans le bureau du juge d'instruction, Paul Dolianki a été mis en examen, hier matin. Il est ressorti libre sous contrôle judiciaire. Il est reproché au maire d'Apatou d'avoir attribué le marché de l'électrification du village de Niou Campoe à une association, sans appel d'offres. L'embauche de sa concubine par la mairie, en tant que femme de ménage, est également en cause. Enfin, la juge d'instruction l'a mis en examen pour l'achat, par la mairie, d'un 4x4 BMW de fonction. Selon elle, ce n'est pas autorisé dans une si petite commune. Le maire a aussi été placé sous statut de témoin assisté dans le volet de recel d'abus de confiance. Selon son avocat José Lobeau, cela signifie qu'il n'y a pas d'indice d'un enrichissement personnel. Une information judiciaire a été ouverte. L'enquête va donc se poursuivre. Le but sera notamment de savoir comment ont été utilisés les fonds de l'association Niou Campoe, chargée de l'électrification du village : les subventions de la mairie pour l'acquisition de matériel (400 000 euros) et les cotisations des habitants pour l'achat du carburant (70 euros par mois). Que répond votre client aux accusations portées contre lui ?
Me José Lobeau : Il ne nie pas qu'il est à l'origine de l'action de l'association Niou Campoe en matière d'électrification. Certes, c'est une association d'habitants et il l'a utilisée pour mener à bien l'opération. Mais il s'est renseigné, il a pris des conseils, ça a été voté en conseil municipal et ça a passé le contrôle de légalité. Il ne conteste pas avoir voulu accélérer les choses en utilisant cette association. Pourquoi n'a-t-il pas fait d'appel d'offres pour savoir qui voulait électrifier Niou Campoe ?
Parce que ce n'est pas une compétence communale. C'était à la communauté de communes de l'ouest guyanais (CCOG) de le faire. Il a fait appel à cette association, sinon ça n'aurait été fait qu'en 2015 ou 2016. Il ne cache pas qu'il a utilisé cette association pour ça. Mais l'association a été créée en 2010 pour mener des activités sportives et culturelles...
C'est sûr. L'association a un objet social classique. Elle est créée pour faire du sport et de la culture et, tout de suite après, est utilisée pour réaliser l'électrification du village. C'était donc le but dès le début...
Je ne peux pas dire. C'est d'abord l'association des habitants du village. En réalité, elle servait les intérêts des habitants. Le maire ne conteste pas que c'est une association qui servait l'action de la municipalité. Malgré l'action de l'association, les subventions versées par la mairie et les cotisations des habitants, l'électricité ne fonctionne pas. L'association n'a-t-elle pas été créée pour détourner cet argent ?
Ça n'apparaît pas du tout. Les comptes sont clairs. Les enquêteurs ont pu mettre la main très rapidement sur les comptes de l'association, qui étaient particulièrement bien classés. Tout se trouvait à la mairie. Pourquoi l'électricité ne fonctionne-t-elle pas à Niou Campoe ?
On n'a pas parlé de ça. Il a fallu remplacer un groupe électrogène qui avait brûlé. La mairie a versé des subventions pour des investissements. L'opération a été réalisée. C'est l'association qui gérait les équipements. L'enquête va-t-elle se poursuivre pour savoir si de l'argent a été détourné ou non ?
Le juge va étudier les documents. C'est une ouverture d'information judiciaire. Ça veut dire que ce n'est pas fini. Il y aura des auditions et des vérifications. Sur le volet recel d'abus de confiance, le maire est placé sous statut de témoin assisté. Est-ce bon signe ?
Oui, parce que c'est la seule accusation infamante. Elle mettrait en cause son honnêteté. Elle signifierait qu'il a touché de l'argent. Mais il n'y a que des rumeurs. Elles ne sont corroborées par rien. Si le juge d'instruction avait eu des indices sérieux et concordants, il l'aurait mis en examen. On ne demande pas des preuves, juste des indices. Il n'y en a pas. Le reste, ce n'est que de la maladresse. L'embauche de sa concubine par la mairie, c'est une maladresse ?
Il ne savait sérieusement pas qu'il ne pouvait pas le faire. Elle a été recrutée. Ça a été vérifié par le contrôle de légalité. Son indice est connu. Elle occupe vraiment son emploi. C'est une maladresse. Ce n'est pas un emploi fictif qu'on habille avec le titre de collaborateur de cabinet. Elle est femme de ménage, ça correspond à sa qualification et elle exerce son métier de femme de ménage. Sa voiture de fonction, un 4x4 BMW, c'est une maladresse ?
Non, c'est une nécessité. Mais, selon le parquet, ce n'est pas autorisé s'agissant d'une si petite commune...
Si! Il y a manifestement une confusion. Il a une voiture de fonction, attachée à sa personne, qu'il peut utiliser comme il le veut. Il utilise la même depuis le début de son mandat. Je récuse cette accusation. À quatre mois des élections municipales, estimez-vous qu'il s'agit d'un coup politique ?
Je ne reproche pas à la justice de faire son travail. Mais l'incrimination de recel repose sur de purs racontars. Les gens imaginent et accusent. Ce n'est pas propre à Apatou. Dans un contexte électoral, ça s'amplifie. Le PSG le soutient toujours
La mise en examen du maire d'Apatou ne devrait rien changer : le Parti socialiste guyanais (PSG) continuera de soutenir Paul Dolianki, candidat à un second mandat en mars. Hier matin, plusieurs cadres du parti sont venus au tribunal pour lui apporter « un soutien moral » . Il y avait là le secrétaire général adjoint Georges Elfort, le responsable des sections André Benth, le conseiller municipal de Cayenne Jean Parize, le probable candidat à Saint-Laurent Robert Viviès. Des habitants d'Apatou avaient aussi fait le déplacement. Georges Elfort n'a pas fait de commentaire après la mise en examen du maire. Mais avant son entrée dans le bureau du juge d'instruction, il avait dit que le maire gardera l'investiture du parti. Un communiqué devrait le confirmer aujourd'hui.
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