Suicides amérindiens : « La faute des adultes! »
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Suicides amérindiens : « La faute des adultes! »

Lima FABIEN
Yolande François, accompagnée de sa fille, raconte quand sa mère l'emmenait pêcher (LF)
Yolande François, accompagnée de sa fille, raconte quand sa mère l'emmenait pêcher (LF)

Le témoignage d'une Mananaise après le suicide d'un jeune homme de sa famille.

Yolande François est une Amérindienne Galibi de Mana. Dylan Tiouka, le fils de sa cousine, s'est suicidé le soir du vendredi 31 janvier ("Un Amérindien met fin à ses jours"). Il avait 23 ans. Il venait de se disputer avec sa petite amie. Il s'est pendu.
Ce n'est malheureusement pas la première fois que la communauté amérindienne compte un jeune suicidé. Yolande François ne prétend pas donner de leçon. Mais se désole du constat et voudrait crier de dépit. « C'est la faute aux adultes, lance-t-elle. Ils ne prennent pas leurs responsabilités. Ils n'éduquent pas bien leurs enfants. Je ne veux pas dire que je suis une mère parfaite. Mais avant, les Amérindiens emmenaient leurs enfants à la pêche, planter du manioc, faire un abattis. Mais maintenant, il n'y a plus ça. Moi, je venais pêcher avec ma mère là. Les gens ne vont plus à la pêche. Il n'y a plus cette envie-là parce que le gouvernement verse de l'argent pour eux. Ils attendent la fin du mois pour avoir leurs petits sous! » « Il y a de l'ennui dans la famille, poursuit-elle. Pourtant, il y a plein de choses à faire. Par exemple, les vanneries avec l'arouman ont disparu. Maintenant, ce sont les Amérindiens Palikours qui les font. Il y a aussi les gravures sur calebasse. Les femmes peuvent faire des hamacs en coton. Ça a complètement disparu. Tout comme faire des poteries et les peindre. Les chants traditionnels également. Les jeunes ne sont pas intéressés. Quand on leur dit de venir, c'est comme si on parlait à des murs. Quand on leur propose une activité, ils n'y vont pas. Ils préfèrent traîner dans la rue, rester devant le « Chinois » . Moi, je dis à mes fils de montrer l'exemple. Je leur dis que je ne veux pas les voir devant les magasins en train de boire. Je vois des jeunes filles amérindiennes qui boivent à 13 ans! On les laisse sortir! Moi, à leur âge, je ne sortais pas. »
Yolande François regarde sa communauté de l'intérieur. Dylan Tiouka n'était pas ivre le jour de sa mort mais, dans sa famille, il vivait l'alcool au quotidien. « Il avait aussi fait de la prison pour un problème avec un gendarme. Mais pas longtemps. »
Dans de telles conditions, la construction de l'avenir des jeunes semble compromis, estime-t-elle : « Ils abandonnent bien vite l'école par rapport au logement. On a beau en chercher, on n'en trouve pas. C'est trop cher. Les parents n'ont pas assez d'argent. » Pour les funérailles de Dylan Tiouka, la famille a été obligée de faire une quête.

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