La nouvelle équipe de la réserve au grand complet. (De g. à d.) : Céline Frémaux, conservatrice, Mathilde Segers, Sébastien Bougreau, Landry Rino, Nicolas Joseph, Vincent Bertus et Maxime Gobigo (KS)
Nouveau gestionnaire de la réserve, le Parc naturel régional a constitué une équipe de gardes ultra-motivés. Mais les habitants se montrent méfiants...
Le geste est purement symbolique. Mais il annonce le changement. Mercredi matin, les gardes de la réserve naturelle de Kaw-Roura ont décroché l'affiche plastifiée qui était placardée depuis un an sur la porte de la maison de la réserve. On y lisait que celle-ci était fermée jusqu'à nouvel ordre. « Elle reste fermée quelques mois encore mais cette fois, on va pouvoir donner une date de réouverture (lire ci-dessous) . Et ça, ça fait du bien » , souffle Céline Frémaux, la nouvelle conservatrice de la réserve.
UNE MAISON DES GARDES DANS LE VILLAGE
Le 1er juillet 2013, la Deal mettait fin au contrat du gestionnaire de la réserve, l'Agep. Et c'est le Parc naturel régional de la Guyane (PNRG) qui était retenu pour prendre le relais. Une convention de cinq ans a été signée fin février et une nouvelle équipe a dû être constituée. Le 1er juin, Céline Frémaux a pris ses fonctions. Autour d'elle, quatre gardes (dont trois « anciens » reconduits par le Parc), un chef d'équipe et un adjoint administratif comptable. « Le recrutement a pris du temps parce qu'on ne voulait pas se tromper, justifie Pascal Gombauld, directeur du PNRG. On a choisi des gens motivés et opérationnels immédiatement. Des gens qui souhaitaient s'impliquer à Kaw, auprès des habitants. »
Une maison des gardes a été aménagée dans le village, juste derrière l'église. Les agents du Parc y effectueront des roulements afin d'assurer une présence continue auprès de la population. Dès aujourd'hui (samedi), ils effectueront des rondes de surveillance dans les marais et au débarcadère, et distilleront les informations utiles aux visiteurs. Car leur trop longue absence a eu de lourdes conséquences, comme la recrudescence du braconnage.
« CE NE SERA PAS FACILE »
Mais si ces sept agents affichent une détermination sans faille, ils savent aussi qu'ils sont attendus au tournant. Depuis la création de la réserve naturelle de Kaw-Roura en 1998, les incompréhensions et les tensions avec les habitants sont légion. Un cadeau empoisonné ? « Je les comprends. À leur place, je serais peut-être même pire, confie Pascal Gombauld. C'est à nous de faire nos preuves et de tenir la distance. »
Car lors de la présentation de la nouvelle équipe, mercredi, les habitants n'ont pas mâché leurs mots. « Je vous souhaite la bienvenue mais sachez que ce ne sera pas facile. Les gens d'ici sont devenus méfiants » , les a prévenus Claude Madère, un natif de Kaw de retour pour les vacances. Et d'enfoncer le clou : « On a vu défiler des soit-disant scientifiques qui sont venus imposer leur vision, changer nos habitudes. Kaw, c'était la poule aux oeufs d'or. Les gens venaient, se servaient et repartaient. »
« SERVIR DE RELAIS AUX HABITANTS »
Jacqueline, connue sous le pseudo de « la petite fille des savanes » , prend à son tour la parole. « Depuis que la réserve existe, notre environnement a changé. On nous interdit le brûlis. Et du coup, les moucous-moucous envahissent tout. Et la savane n'est plus jamais sèche. De même que les mauvaises herbes stagnent et ça sent mauvais. Il y a plein d'espèces de poissons et d'oiseaux qui ont disparu aussi. Nous, on a toujours vécu en communion avec la nature. La chasse et la pêche, c'est notre moyen de survie. Avant, on tuait un caïman pour les grandes fêtes. Même ça c'est interdit. Ce qu'il faut comprendre, c'est que si vous avez trouvé un beau site en arrivant, c'est parce qu'on s'en occupait. »
À Kaw, le ras-le-bol est général. Mais il en faudra plus pour entamer le moral de la nouvelle équipe de la réserve. « On entend leur colère. Et on est là pour les aider. Le décret n'interdit pas le brûlis, il le soumet à autorisation, précise Céline Frémaux. À nous de servir de relais aux habitants dans ce genre de démarche. »
La maison de la réserve devrait rouvrir en janvier
La maison de la réserve est fermée depuis un an. Le bâtiment a logiquement souffert du manque d'entretien (KS)
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Le bâtiment en bois qui abritait la maison de la réserve, à l'entrée du village de Kaw, est fermé depuis un an. Autant écrire une éternité. Guêpes, termites et autres chauves-souris y ont élu domicile. « Pour la présentation de l'équipe, on a fait un gros nettoyage et éliminé les nids de guêpes, mais la maison va avoir besoin d'une réhabilitation complète, indique Céline Frémaux, la conservatrice. Les travaux vont se prolonger pendant tout le second semestre de l'année, pour une réouverture en janvier 2015. »
Au-delà des travaux de remise en état (et aux normes d'électricité), la maison doit devenir un lieu plus interactif. Les anciens panneaux d'information, surchargés de textes, doivent être allégés et accompagnés d'objets plus ludiques. Un espace jeux pour les enfants, ainsi que des ateliers d'animation, doivent également être créés.
K. S.
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